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L’Europe face à la crise

Tommaso Padoa-Schioppa
Responsable politique

La sortie de la crise ne se fera pas dans l’isolement. L’Europe est la première expérience institutionnelle, encore incomplète, pour affronter les enjeux d’une croissance durable. La sortie de la crise ne se fera pas dans l'isolement L'Europe est la première expérience institutionnelle encore incomplète pour affronter les enjeux d'une c...

Quelle gouvernance mondiale ?

Gaël Giraud
L'équipe de rédaction

Pour articuler les réponses aux enjeux monétaires, énergétiques, climatiques et alimentaires, l’article propose de mettre en place une devise internationale ancrée dans la réalité, sur des critères écologiques. Pour articuler les réponses aux enjeux monétaires énergétiques climatiques et alimentaires l'article propose de mettre en pl...

Dette : que nous réserve 2012 ?

Gaël Giraud
L'équipe de rédaction

La perte du triple A français est une très mauvaise nouvelle Mais pour d'autres raisons que celles généralement invoquées elle ne devrait pas avoir d'impact immédiat sur les conditions d'emprunt de la France qui tenaient déjà compte de la médiocre qualité de sa dette Le Fonds européen de stabilité financière FESF censé emprunter à d...

Comment répondre aux changements climatiques?

Bettina Laville
Acteur de terrain

Répondre aux changements climatiques La première pensée qui vient à l'esprit face à cette question concerne l'expression elle même changements climatiques devons nous nous réjouir qu'elle soit préférée à celle de réchauffement climatique N'est ce pas au contraire une victoire sournoise des écolo sceptiques qui auraient peu à peu dist...

Croissance verte ou développement humain ?

Bernard Perret
Acteur de terrain

La croissance économique n'est elle pas condamnée à se briser tôt ou tard sur le mur des contraintes écologiques Quiconque prend le temps de réfléchir à l'avenir de la planète et donc aussi à celui du pays et de nos enfants sans s'arrêter à ses intérêts immédiats ou aux soubresauts de la conjoncture économique rencontre inévitable...

Le microcrédit, pour sortir de la pauvreté

Alain Bernard
Acteur de terrain

C'est une situation méconnue cinq à six millions de personnes en France sont exclues de tout ou partie des services bancaires Le sentiment général est qu'en ce domaine on ne prend du temps qu'avec ceux qui ont de l'argent Mais les racines de cette exclusion bancaire ne sont pas uniquement dans l'accès au crédit ou dans la clôture ou le refu...

Innover, grâce au commerce équitable

Benoit Sebaut
Acteur de terrain

Pour aborder un sujet aussi complexe que le commerce équitable il est indispensable de décrire le paysage politique social et économique dans lequel il agit Le concept même de commerce équitable a pour finalité de modifier ce paysage et de mettre le commerce au service du développement 1 Les effets pervers de la mondialisation sont de plus ...

Entre changements personnels et changements politiques

Antoine de Salins
Acteur de terrain

La question du changement de modes de vie évoque pour moi un texte de 1982 Déjà à l'époque les évêques français lançaient un appel qui a rencontré un véritable écho pour de nouveaux modes de vie Certes ce texte s'inscrit dans un contexte politique ou sociétal qui n'est plus le nôtre On n'y trouve pas de référence à la mondialisati...

Ouverture: La croissance autrement

Christian Mellon
L'équipe de rédaction

Autrement l'adverbe irrite ceux qui ne pensent qu'en termes binaires il faudrait être pour ou contre la croissance Pourtant prôner le retour à la croissance sans plus c'est mépriser le grave risque de voir revenir les errements d'hier annonciateurs de catastrophes plus graves encore Prôner la décroissance dans un monde qui doit d'ici 2050 ac...

Réformer le capitalisme

Denis Clerc
Chercheur

La crise que nous venons de vivre et qui n'est peut être pas terminée illustre les dysfonctionnements de notre système économique le capitalisme Loin que la recherche par chacun de son intérêt personnel permette d'améliorer le sort de tous comme ses défenseurs le prétendent des millions de chômeurs supplémentaires payent aujourd'hui l'e...

Changer de comportements, tout un programme

Dominique Bourg
Acteur de terrain

Projet Changer de modes de vie est ce un programme concret ou un slogan Dominique Bourg Changer nos modes de vie n'est pas un slogan Cela pourrait être un programme mais nous en sommes encore loin il faut faire en sorte qu'il le devienne Beaucoup ne voient derrière le mot environnement que des questions liées à la pollution de l'air ou de l'ea...

Changer de référentiels

Marie–Anne Montchamp
Acteur de terrain

Changer de modes de vie Je prends appui pour répondre sur deux composantes de ma vie publique au gouvernement et au parlement La première est la responsabilité que j'ai exercée en 2004 2005 lorsque j'étais en charge de la politique du handicap Non seulement le handicap physique sensoriel ou mental mais aussi le handicap cognitif je pense en p...

Ouverture: D'autres modes de vie

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Nous sommes sortis d'une ère où dominait la figure de Prométhée celle d'un rêve de puissance où l'homme arrachait aux dieux le pouvoir sur l'énergie sur l'information pour un progrès indéfini Ce mythe n'est plus guère porteur aujourd'hui d'un projet qui ait un sens pour la construction d'un vivre ensemble Il est devenu une mécanique qui...

Sortir de la démesure

Patrick Viveret
Question de sens

Ce qu'on appelle la crise n'est que la loupe grossissante de mutations plus profondes qui viennent de beaucoup plus loin dans le temps La première vague de ces transformations conduit à la crise systémique actuelle Systémique car il ne faut pas isoler la crise financière de la crise écologique de la crise sociale et même d'une crise qu'on p...

Introduction générale

Françoise Terrel-Salmon
L'équipe de rédaction

Ce numéro spécial qui reprend en grande partie les interventions de la dernière session du Ceras février 2010 aurait pu s'intituler comme celle ci De la crise sortir changés Mais autant l'on envisageait en préparant cette session il y a plus d'un an que la sortie de crise semblait proche autant cette perspective s'est éloignée Le changemen...

Homo viabilis

Michel Griffon
Chercheur

Crises pétrolières crises bancaires boursières et bulles spéculatives crises économique et écologique crises diplomatiques De crises en crises ne sommes nous pas en réalité dans un processus continu dans une grande transformation qui ne constituerait en réalité qu'une seule et même crise Quel en serait alors le sens L'empreinte écologi...

Travailler et apprendre ensemble

David Régnier
Acteur de terrain

La crise économique provoque de multiples prises de conscience sur les limites sociales et écologiques du productivisme sur le mal être et les suicides au travail sur la contradiction entre les bénéfices des entreprises et les licenciements Une catégorie en particulier se retrouve presque systématiquement mise à l'écart par l'entreprise c...

L'économie solidaire est-elle à la hauteur ?

François Soulage
Acteur de terrain

L'enchaînement entre crise financière, crise économique et crise sociale et, en soi, un mécanisme auquel le développement de l'économie sociale et solidaire peut apporter une réponse, en ouvrant une véritable alternative et en posant des questions essentielles. L'enchaînement entre crise financière crise économique et crise sociale et en...

De Prométhée à Noé (éditorial)

Françoise Terrel-Salmon
L'équipe de rédaction

Le climat politique n'est pas sain en France et l'on peut se demander si la maladie n'est pas plus grave qu'on ne le dit depuis quelques mois Lors des récentes élections régionales par exemple les électeurs socialistes du Languedoc ont préféré une personnalité populiste au candidat de leur parti Ce comportement paradoxal l'abstention encor...

Dossier : De Prométhée à Noé
©Wetwebwork/Flickr/CC
©Wetwebwork/Flickr/CC

Changer de comportements, tout un programme Entretien avec Dominique Bourg


Projet – Changer de modes de vie, est-ce un programme concret ou un slogan ?

Dominique Bourg – Changer nos modes de vie n’est pas un slogan. Cela pourrait être un programme, mais nous en sommes encore loin : il faut faire en sorte qu’il le devienne. Beaucoup ne voient derrière le mot environnement que des questions liées à la pollution de l’air ou de l’eau. Et l’on s’en remet aux nombreuses techniques qui existent déjà pour y répondre : les filtres pour les usines, les moteurs basse consommation… On n’envisage pas de changer de mode de vie, puisque c’est la technique finalement qui résoudra nos problèmes environnementaux ! Pourtant, nous devons faire face à des constats qui devraient alerter l’opinion publique. - On a franchi une limite dans notre confrontation aux régulations de la planète (cycle du carbone et climat,  cycle de l’azote, biodiversité, etc.). - Des ressources, dont nous disposons encore à bas prix (pétrole, certains métaux semi-précieux, etc.) deviendront plus en plus rares et chères. - Tous les services écologiques auxquels nous sommes attachés deviennent de plus en plus coûteux (accès à l’eau douce, pêche…). Bien des conflits géopolitiques pourraient y trouver leur origine. - Nous assistons à une succession de crises qui montrent que ce contre quoi on nous avait mis en garde finit par arriver. L’annonce du pic pétrolier, notamment, a fait prendre conscience qu’il sera impossible de poursuivre sur le même mode de consommation. Sa réalisation pourrait avoir une valeur pédagogique. L’amélioration des techniques ne permet qu’un gain de productivité (accéder à un service à un coût moindre), elle ne résout pas la question de la croissance de la consommation de ressources. L’argent économisé est investi dans d’autres consommations. Si, par exemple, les ordinateurs consomment moins qu’il y a dix ou quinze ans, le nombre d’utilisateurs a considérablement augmenté, et les appareils sont plus puissants ; leur usage s’est transformé et démultiplié. La consommation d’électricité relative à l’informatique triplera d’ici à 30 ans à l’échelle de la planète. Il en est de même pour l’alimentation. Les élites indiennes ou chinoises sont en train de changer de comportement alimentaire. Si la consommation de viande des Indiens atteint 40 kg par an – soit seulement la moitié de ce que consomme un Américain aujourd’hui –, il faudra doubler la surface consacrée aux cultures céréalières. On pourrait multiplier les exemples : tous soulignent que la véritable solution se situe du côté des changements de comportements, non de l’amélioration des techniques.

Projet – Est-ce l’individu ou le collectif qui est invité à ces changements de comportement ?

Dominique Bourg – En démocratie, le collectif et l’individuel vont de pair. Nos comportements sont enracinés dans un environnement, une culture. Pour n’importe quel enfant vivant d’un pays industrialisé il suffit d’ouvrir le réfrigérateur à la maison : il trouve tout à portée de sa main. Nous avons nous-mêmes, par nos conduites, inculqué à nos enfants cette notion du monde infini. Des règles collectives sont essentielles. Mais pour envisager de les appliquer, une prise de conscience est nécessaire, sans laquelle seuls les plus « vertueux » mettront en pratique des actions concrètes. Il est toujours plus facile de suivre une règle à laquelle tout le monde se soumet. Et ici le rôle des politiques et des lois est insurmontable : si des règles sociales ne sont pas mises en place, on ne peut compter que sur la vertu des hommes ! Établies en fonction de l’évolution des mentalités, les règles collectives font elles-mêmes évoluer les mentalités. Il est plus facile de faire faire un geste quand le premier a déjà été fait !

Projet – La régulation par les prix peut-elle amener à cette prise de conscience ?

Dominique Bourg – La question est très délicate. Sans doute inévitable, la régulation par les prix peut mener à de graves injustices. Elle suppose que les conduites soient bornées réglementairement, c’est-à-dire qu’il y ait des maxima bien définis, qui laissent un éventail de choix assez important. Car dans un système fortement inégalitaire, toute régulation par les prix est injuste : elle donnerait une sorte de « droit de détruire » à ceux qui ont de l’argent. La solution serait plutôt dans une taxation associée à un système de redistribution : moins vous consommez, plus vous en tirez d’avantages. Par exemple, quelle que soit votre consommation de carburant et de combustibles, le même chèque vert vous serait remis. Les personnes moins aisées recevraient ainsi plus que ce qu’elles dépensent. Avec une telle redistribution, la taxe ne serait pas pénalisante pour les plus modestes. Tel était le sens de la Contribution climat énergie abandonnée par le gouvernement.

Projet – Outre les exemples de la consommation de viande ou de carburant, dans quels autres domaines devraient s’opérer des changements ?

Dominique Bourg – Toute la consommation de ressources est à revoir. Les iPhones, par exemple, contiennent beaucoup de métaux semi-précieux, difficiles à isoler et à recycler. Leur « espérance de vie » est très faible par rapport à tout ce qui est utilisé pour les fabriquer. La plupart de ces gadgets, techniquement, peuvent durer cinq ans. Mais chacun veut en changer tous les deux ans pour avoir le dernier modèle… Nous consommons bien plus de matière et d’énergie que ce qui nous est vraiment utile. Pour garder le confort auquel nous sommes habitués, sans renforcer les inégalités déjà existantes, il faudra accepter qu’une partie du support matériel de ce confort soit « mutualisée ». Bon nombre des objets dont nous avons besoin ne seront plus notre propriété individuelle. Une bonne stratégie passe par une « économie de fonctionnalité » : la vente de l’usage d’un bien se substitue à la vente du bien lui-même. Michelin a été l’une des premières entreprises à mettre en place ce genre de système : au lieu de vendre plus de pneumatiques pour augmenter son chiffre d’affaires, il vend le service que rendent les pneus. Il peut alors imaginer des pneus qui durent plus longtemps, car cela n’altère pas la rentabilité de l’entreprise : ce qu’elle perd en production, elle le récupère en location. Mais si des entreprises y sont prêtes, le client individuel préfère disposer en permanence de quelque chose qu’il n’utilise qu’occasionnellement. On achète une perceuse qui ne sera utilisée qu’une ou deux fois l’an, plutôt que de la louer.

Projet – Ces changements se feront-ils sous la seule contrainte de la nécessité ? Une dimension éthique ne peut-elle y contribuer ?

Dominique Bourg – Nous avons le choix entre deux sortes d’éthique1 : celle du repli, qui engendre de la violence, et celle du partage. C’est vers celle-là que nous devons tendre, même si dans nos pratiques c’est souvent la première qui prévaut. Tout un travail sur soi est nécessaire, pour nous inciter à vivre de manière moins « excitée », sans pour autant sacrifier tous nos plaisirs quotidiens. Ce changement passe par des gestes très concrets : consommer moins de viande rouge, prendre moins souvent sa voiture, consommer moins d’eau… On peut se demander si de telles initiatives ne se traduiront pas par une diminution du Pib. Le problème est en effet d’autant plus grave que de telles décisions doivent être prises dans une conjoncture politico-économique mondiale difficile. Nous ne savons pas encore comment faire fonctionner une société avec un modèle macroéconomique qui ne soit pas tiré par la consommation. On commence à peine y réfléchir, mais l’économie de fonctionnalité constitue un début de réponse : une entreprise peut alors augmenter son chiffre d’affaires sans augmenter sa consommation de ressources.

Projet – Quels autres objets que les voitures, les bicyclettes ou les outils pourrait-on mutualiser ?

Dominique Bourg – La seule limite est l’imagination. On peut mutualiser des vêtements ! Ceux qui aiment en changer souvent recevraient une nouvelle garde-robe chaque semaine… On peut autoriser des restaurants à récupérer les plats préparés mais non servis dans des établissements de standing, afin de proposer des plats gastronomiques à des prix modestes. Dans les pays industrialisés, environ 40 % des denrées alimentaires sont gaspillées ! On peut mutualiser des « résidences secondaires » inoccupées pendant une partie de l’année, etc. Si une part de la fiscalité reposait sur la consommation de ressources plutôt que sur le travail, on aurait un système favorisant l’économie de fonctionnalité : moins vous utiliseriez, plus vous seriez au prorata remboursés. Bien des évolutions sont possibles sans avoir recours à des moyens extravagants. Mais la première condition est de changer notre comportement de consommateur vorace des ressources.


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