Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
La période de l’été est propice à la redécouverte des forêts et des mers. Tous ces lieux de repos et de vacances ont un effet énergisant et réparateur. Ils font du bien au corps et à l’âme. Et à la planète. En effet, les forêts et les océans captent chacun 25 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Et pourtant, ils sont en grand danger.
Ce dossier vous emmène au cœur de la forêt, écosystème vivant complexe. L’espace forestier couvre actuellement 4 milliards d’hectares à la surface du globe, soit environ 30 % contre un peu plus de la moitié avant l’ère industrielle. Ce signal inquiète en cette époque de dérèglement climatique. Le « poumon planétaire » est menacé.
La forêt ne peut se résumer à la matière « bois », elle n’est pas qu’espace de production sylvicole. Elle est lieu de vie, pour la faune, les insectes ou la flore. L’image du havre de paix et de silence se percute à celle d’hectares ravagés par les incendies, de l’Amazonie au Cône Sud en passant par la Californie et les rives de la Méditerranée.
La forêt est aussi lieu mystique et divin [A. Louandre]. L’arbre est totem sacré, croix du supplice, lieu de palabres, chêne ou baobab, témoin centenaire des ancêtres. Or, sans protection, la forêt se retrouve plongée dans la spirale de la productivité immédiate, dont le système des coupes rases est le fer de lance [K. Perlman].
Il y a tellement d’idées reçues, et induites par la sylviculture productiviste, que des associations telles que Canopée [C. Lesot] se battent pour mieux informer les propriétaires de forêt sur les dérives d’une gestion à court terme de leur bien, en termes de bilan carbone [A. Karsenty] ou de biodiversité. La tâche est immense, quand on se rend compte que les quelques 17 millions d’hectares forestiers hexagonaux relèvent à 75 % du domaine privé, à raison de plus de 3 millions de parcelles.
Retrouver le temps long, restaurer l’écosystème, repenser la forêt comme un bien commun, toutes ces pistes coexistent et se renforcent mutuellement. Pro Silva [A. Cadoret] promeut la sylviculture mélangée à couvert continu. Le Bois Landry [B. Monthuir] a instauré la « traque-affût » comme régulation de la colonie de cervidés, mais aussi des tensions entre chasseurs et randonneurs. Dans le Vercors, Green-Forest [B. Coulée] encourage des groupements forestiers et une formation collective, tout comme le Réseau pour les alternatives forestièress et le fonds de dotation Forêts en vie [N. Naulet].
De lieux de ressourcement, les forêts sont devenues, par nécessité climatique, de véritables laboratoires écologiques, sentinelles de notre futur désiré ou subi [Ch. Glinel]. Le temps long des forêts sera notre bâton de pèlerin ou notre croix.