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Au temps de la destruction des écosystèmes, la forêt cristallise les questions écologiques et sociales. Comment renouer avec cet espace sacré et fragile, source d’imaginaires, de résistances et de spiritualités écologistes ?
Dans son encyclique Laudato si’ en 2015, le pape François expose ce constat : « Les écosystèmes des forêts tropicales ont une biodiversité d’une énorme complexité, presque impossible à répertorier intégralement, mais quand ces forêts sont brûlées ou rasées pour développer des cultures, d’innombrables espèces disparaissent en peu d’années, quand elles ne se transforment pas en déserts arides. […] On ne peut pas non plus ignorer les énormes intérêts économiques internationaux qui, sous prétexte de les sauvegarder, peuvent porter atteinte aux souverainetés nationales » (LS§38).
Depuis lors, malheureusement, l’actualité des forêts de France et surtout du monde ne change guère malgré l’action locale et le plaidoyer de tant de citoyens et d’associations. À l’heure du capitalocène, c’est-à-dire de la destruction des écosystèmes non pas par l’ensemble des êtres humains, mais bien par la prédation du système capitaliste qui rémunère les fruits du capital et non du travail, la forêt est une proie comme une autre.
Sécheresses, incendies, monocultures industrielles de résineux, prédation foncière et coupes rases qui défigurent des paysages autrefois vivants, vidant la forêt de sa biodiversité et de son mystère, constituent désormais son quotidien. De même, des mégafeux au Canada, en Californie, en Grèce ou en Australie… Ce sont cette fois nos quotidiens qui sont désormais gorgés d’images d’espaces grands comme des pays en proie à une dévastation aussi déchirante qu’injuste.
Ces phénomènes, sans conteste accrus par le système capitaliste, sont amenés à s’accroître si rien n’est fait. La forêt, en ce sens, devient un miroir de notre propre âme : exploitée, morcelée, réduite à ses « services écosystémiques », elle reflète notre incapacité à habiter le monde autrement que comme prédateurs.
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