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« Les religions diffèrent, mais les questions sont universelles »

Maurice Godelier
Question de sens

Pour l’anthropologue Maurice Godelier, l’idée que les religions puissent disparaître de nos sociétés n’est pas crédible. Elles occupent une place unique, sans concurrencer directement le politique. Pour l'anthropologue Maurice Godelier l'idée que les religions puissent disparaître de nos sociétés n'est pas crédible Elles occupent un...

Aux frontières de la liberté de religion

Clive Baldwin
Acteur de terrain

La liberté de religion, énoncée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, implique la possibilité d’exprimer publiquement ses convictions. La France a parfois tendance à l'oublier. Cette liberté n’est cependant pas sans limites. La liberté de religion énoncée dans la Déclaration universelle des droits de l'homme impliq...

Religions et modernité : du particulier à l’universel

Claude Dagens
Question de sens

Pour Claude Dagens, évêque d’Angoulême, le souci de ce qui est commun à notre humanité ouvre les chrétiens à un universel. À la fois dans le champ politique, si l’engagement dépasse l’affirmation de particularismes, et dans la relation interpersonnelle. Pour Claude Dagens évêque d'Angoulême le souci de ce qui est commun à notre h...

La sécularisation, une thèse crédible ?

Franz-Xaver Kaufmann
Chercheur

Longtemps perçu comme un mouvement irrémédiable de la modernité, le déclin de la religion apparaît désormais comme une bizarrerie européenne. Que recouvre la notion de « sécularisation » ? Où trouve-t-elle ses racines ? Longtemps perçu comme un mouvement irrémédiable de la modernité le déclin de la religion apparaît désormais com...

S’adresser à l’ensemble de la société sans se renier

Pascal Balmand, Jean-Marc Boisselier et Antoine Dulin
Acteur de terrain

Table ronde – Dans le champ éducatif comme dans le champ social, nombreux sont les acteurs confessionnels. Suscitent-ils des méfiances ou au contraire des attentes spécifiques ? Leur identité religieuse est-elle pleinement assumée ? Table ronde Dans le champ éducatif comme dans le champ social nombreux sont les acteurs confessionnels Suscit...

L’épiscopat catholique dans l’espace politique français

Philippe Portier
Chercheur

En un siècle, le rapport de l’Église catholique au politique a changé du tout au tout. Longtemps soudé dans la résistance à la République laïque, l’épiscopat s’est mû, dans la seconde moitié du XXe siècle, en soutien du pluralisme et de la citoyenneté républicaine. Sans pour autant renoncer à peser, au nom de la loi divine. En ...

Du besoin public des religions

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Chez les catholiques il fut un temps où pour ne pas être taxé de prosélytisme l'on enseignait à vivre en chrétien sans pour autant s'en réclamer Un témoignage dont la discrétion devait faire la force Aujourd'hui l'heure est davantage à l'affirmation visible de son identité Les musulmans eux aussi revendiquent le droit à vivre selon leu...

Informer, désinstrumentaliser le religieux

Geneviève Delrue
Acteur de terrain

Entretien – Journaliste spécialiste des religions, G. Delrue considère que son rôle est notamment de désamorcer les tensions, en particulier politiques, qui se cristallisent autour des religions. Entretien Journaliste spécialiste des religions G Delrue considère que son rôle est notamment de désamorcer les tensions en particulier politiqu...

L’Europe face à l’islam

Valérie Amiraux
Chercheur

Au fil des années, une stigmatisation de l’islam et de ses pratiquants (réels ou supposés) s’est opérée, en France et en Europe. Quelle place est faite aux musulmans dans l’espace public ? Au fil des années une stigmatisation de l'islam et de ses pratiquants réels ou supposés s'est opérée en France et en Europe Quelle place est fait...

La laïcité à l’italienne

Giacomo Costa
Vu d'ailleurs

En Italie, la frontière entre héritage culturel et tradition religieuse est poreuse. La présence du Vatican y donne à la laïcité une coloration bien particulière. En Italie la frontière entre héritage culturel et tradition religieuse est poreuse La présence du Vatican y donne à la laïcité une coloration bien particulière Certes tous l...

Redonner leur place aux oubliés, l’expérience de « Diaconia »

Étienne Grieu
Question de sens

Avec la dynamique « Diaconia », une partie de l’Église catholique a voulu redonner aux plus petits et aux plus fragiles une place et les écouter. Car sans eux, l’Église n’est plus elle-même. Cette démarche interroge : qui est autorisé à participer au débat public ? Avec la dynamique Diaconia une partie de l'Église catholique a voul...

L’expression des religions, une chance pour la démocratie

Jean-Paul Willaime
Chercheur

Un temps reléguées dans la sphère privée, les religions se font à nouveau plus visibles. La laïcité est-elle menacée ? À quelles conditions la vie de la cité peut-elle bénéficier de l’apport des religions ? Un temps reléguées dans la sphère privée les religions se font à nouveau plus visibles La laïcité est elle menacée À que...

Dossier : Religions, une affaire publique ?

Du besoin public des religions


Chez les catholiques, il fut un temps où, pour ne pas être taxé de prosélytisme, l’on enseignait à vivre « en chrétien », sans pour autant s’en réclamer. Un témoignage dont la discrétion devait faire la force. Aujourd’hui, l’heure est davantage à l’affirmation visible de son identité. Les musulmans, eux aussi, revendiquent le droit à vivre selon leurs traditions. Dans une société « liquide », où l’individu a le choix infini de ses repères, de ses affiliations, les religions proposent une réponse éthique, une appartenance d’autant plus utile que les liens entre les êtres sont fragiles. Dans une Europe sécularisée (cf. F.-X. Kaufmann), les pratiquants, devenus minoritaires, éprouvent un besoin accru d’affirmer l’enracinement de leurs paroles, de leurs gestes.

La laïcité comme principe n’est pas contestée. Il est loin le temps où l’Église prétendait soumettre l’État à ses valeurs (cf. P. Portier). Les associations confessionnelles assument désormais tranquillement leur identité et leur originalité, le plus souvent en bonne entente avec l’État (cf. J.-M. Boisselier et P. Balmand). Pourtant, dans un monde laïc, la visibilité accrue des religions ne va pas de soi. En attestent le licenciement de la salariée de la crèche Baby-loup qui portait le foulard islamique (licenciement dont la validation par la Cour de cassation a suscité un tollé chez les magistrats), le débat autour des crucifix dans les écoles en Italie (cf. G. Costa), ou la controverse suscitée, en France, par la mobilisation de nombreux catholiques contre le mariage pour tous. Cet été encore, Nadine Morano et Harlem Désir formaient un étonnant duo pour s’émouvoir que des femmes puissent porter le voile à la plage… La première en appelant même à la création d’un « observatoire du mépris de la culture française » ! Sur le terreau d’une ignorance croissante vis-à-vis des religions, les affaires et les tentatives d’instrumentalisation se multiplient, exacerbées par la massification des réseaux et des médias (cf. G. Delrue). Un peu partout en Europe, on voudrait faire de l’islam, en particulier, un facteur de risque (cf. V. Amiraux). Et reléguer la religion dans la seule sphère privée.

Ces conceptions frileuses de la laïcité heurtent notre socle de valeurs. La liberté de religion, inscrite dans la Déclaration universelle des droits humains, suppose la possibilité d’une expression publique, toute restriction à cette liberté devant être proportionnée et non discriminatoire (cf. C. Baldwin). Balises essentielles, qui disqualifient, par exemple, l’interdiction des minarets en Suisse, les droits et libertés inscrits dans nos textes fondamentaux n’épuisent pourtant pas la question. Car la tension entre religions et État moderne est récurrente. Comment définir précisément le « vivre ensemble », au nom duquel la Cour européenne des droits de l’homme donne raison à la France quand elle bannit le voile intégral ? Comment un débat démocratique pluraliste peut-il s’accommoder de l’affirmation de vérités absolues, fût-ce au nom d’une loi « naturelle » ?

S’il appartient aux religions de faire entendre dans l’espace public une voix que l’on n’entend pas, ce n’est pas en adoptant une position de surplomb qu’elles seront les plus audibles, mais en allant à la rencontre, en cheminant aux côtés de celles et ceux qui souffrent (cf. C. Dagens). En cherchant à faire éclore au cœur du débat politique une parole née des blessures, du handicap, de l’exclusion sociale (cf. É. Grieu), mais aussi en donnant vie au troisième pilier de la devise républicaine : la fraternité. Les religions ne trouvent-elles pas leur sens premier, étymologique (re-ligare), dans les liens à renouer ? Alors il ne pourra plus s’agir, pour l’humanisme laïc, de s’en affranchir, mais, tout au contraire, d’y trouver un lieu précieux de renouvellement démocratique (cf. J.-C. Willaime).

À lire dans la question en débat
« Religions, une affaire publique ? »

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1 réactions pour « Du besoin public des religions »

Pénélope MAVOUNGOU
05 November 2014

J'apprécie beaucoup le recours à l'étymologie du mot "religion". En effet, la religion qui implique la relation est aussi une rencontre, C'est pourquoi il me semble important que les religions se re-fondent sur cette idée comme dénominateur commun, sans se départir, bien sûr, de leur dogmes ou doctrines principaux. Je pense que si la laïcité considère que l'expression religieuse doit être reléguée dans la sphère privée, c'est simplement pour permettre à la diversité de s'exprimer. Donc, théoriquement, elle devrait favoriser l'exercice religieux.
Il me semble aussi que le "vrai problème " de la décadence laïque vient des "extrémismes" religieux qui en réalité, inquiètent ces mêmes religieux, parce que tout ce qui vise l'extrémisme sacrifie la liberté. Or la laïcité est effectivement le corollaire de la liberté. Mais la laïcité ne peut résister au temps. Elle doit désormais conjuguer avec la diversité religieuse et culturelle, tout en essayant de rester fidèle à sa spécificité, le domaine de l’Etat étant défini avec précision et fermeté. Chaque nation, en se fondant sur son histoire doit réfléchir à une forme de laïcité qui correspond à son contexte, à son histoire et elle doit s’ouvrir à la diversité et à l’altérité. Si la laïcité est une fabrication, marque déposée française, désormais, parce qu’elle tend à s’exporter ou à être importée par les sociétés qui la désirent, elle doit tout en s’incarnant dans ses sociétés apprendre à intégrer les valeurs de ses sociétés, toujours dans une perspective d’accommodement. Si cela est valable pour la laïcité, cela est aussi valable pour toutes les religions qui n’ont en rien besoin de se radicaliser dans des sociétés démocratiques ou de chercher à imposer leur propre juridiction.

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