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Quand les Égyptiens se mettent à voter

Jean-Jacques Pérennès
Chercheur

Le 25 janvier 2012 l'Égypte commémorait le premier anniversaire de sa Révolution On n'ose dire que les Égyptiens l'ont célébré L'heure est plutôt à la morosité à l'inquiétude voire au pessimisme Pour la majeure partie de la population les fruits de la Révolution ne sont pas à la hauteur des espérances suscitées tant s'en faut Le re...

Tunisie, après la révolution, la désillusion

Thierry Brésillon
Acteur de terrain

Sur le papier c'est une séquence de rêve Décembre 2010 soulèvement populaire 14 janvier 2011 départ du tyran Ben Ali et arrestation du clan Trabelsi sa belle famille 5 mars adoption du principe d'une nouvelle constitution sous la pression des manifestations puis mise en place d'instances de transition et préparation des élections 23 octobre...

Congo-Kinshasa, les ratés de la démocratie

Rigobert Minani
Vu d'ailleurs

Les observateurs des élections présidentielle et législatives du 28 novembre 2011 en République démocratique du Congo RDC ont déploré les défaillances de la Commission électorale nationale indépendante dans la maîtrise de la logistique et de l'administration du scrutin Le désordre qui a suivi a ouvert la porte à de multiples irrégula...

Observations électorales

Cyril Kulenovic
Chercheur

Une fois acquis, le droit de vote paraît évident. La Charte universelle des droits de l’homme ne confère pourtant que depuis 1948 une légitimité internationale au droit de vote à bulletin secret et au suffrage universel. Les années 1960 et 1970 ont vu l’assistance électorale et l’internationalisation des principes du vote dit « démo...

Primaires, les raisons d’un enthousiasme

Jérôme Brouillet
Chercheur

En septembre 2011 le Parti socialiste estimait qu'un à deux millions d'électeurs étaient susceptibles de participer aux primaires citoyennes Au final la participation atteindra près de 3 millions d'électeurs Comment expliquer ce succès Il est d'abord celui de la mobilisation des militants du Parti socialiste Plus ils étaient nombreux plus l...

« Difficile d’intéresser les gens à la politique »

Rodrigue Lohier
Acteur de terrain

J'ai 35 ans je suis enseignant en sciences économiques et sociales Je suis entré en politique en militant pour l'UDF à la fin des années 1990 En faisant à Paris la campagne pour François Bayrou en 2002 j'ai découvert combien il était difficile d'intéresser les gens à la politique Nous sommes d'abord en concurrence que ce soit pour tracte...

« On leur parlait enfin du programme »

Marie-Gabrielle Lucas
Acteur de terrain

J'ai 32 ans je travaille comme ingénieure dans la recherche développement sur les énergies renouvelables Je me suis intéressée de plus près à la politique en 2007 non satisfaite d'en être réduite à choisir le moindre mal aux législatives C'est en témoignant lors d'une session de La Politique une bonne nouvelle en 2008 que j'ai décidé...

Lâchez prise, votez!

Alain Cugno
Question de sens

RésuméLe vote, pour Rousseau, rappelle l’existence en nous de la volonté générale. Pour Hobbes, il est plus encore une « autorisation » : un acte de foi dans ses contemporains, au point de se dessaisir de sa part de souveraine puissance à leur profit. RésuméLe vote pour Rousseau rappelle l'existence en nous de la volonté générale ...

Le politique n'est pas soluble dans la communication

Dominique Wolton
Chercheur

RésuméEntretien – Pour quoi vote-t-on à la présidentielle : pour un projet, une personne, un rêve? « Cette élection, majeure chez nous, est la plus difficile de toutes. J’admire les personnalités qui se soumettent à cette épreuve. Et les Français s’y intéressent. Non seulement parce qu’ils aiment la politique, mais parce qu’...

Voter en période de clivages flottants

Pascal Perrineau, Myriam Revault d’Allonnes et Michel Wieviorka
Chercheurs

Résumé Entretien croisé – Les électeurs sont plus volatils, mais plus critiques. L’abstention n’exprime pas qu’un désintérêt pour la chose publique, mais l’inadéquation de l’offre et un manque de clivage clair. Résumé Entretien croisé Les électeurs sont plus volatils mais plus critiques L'abstention n'exprime pas qu'un dési...

Une démocratie à réinventer

Yves Déloye
Chercheur

Résumé La légitimité des grands partis est entamée par le nombre croissant d’électeurs qui votent contre eux ou préfèrent s’abstenir. Mais le renouveau démocratique ne viendra pas de la représentation. L’enjeu est de donner toute leur place aux expériences participatives, témoins d’une citoyenneté qui s’exerce plus qu’elle ...

Le vote en France : histoire d'un désenchantement

Michel Winock
Chercheur

RésuméEntretien - Socle de la République dès 1848, le suffrage universel (qui le deviendra vraiment en 1944) s’est progressivement banalisé. Le déclin économique, l’indécision des politiques favorisent la montée de l’abstention et du populisme. Mais les Français restent attachés à la clarté du scrutin présidentiel. RésuméEntre...

Pourquoi vote-t-on encore ? (introduction)

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

L’abstention progresse. Au point, devant le flou des clivages, le formatage du discours et le sentiment d’impuissance du politique, d’être revendiquée comme un mode d’expression. Mais alors, pourquoi une majorité se rend-elle aux urnes? Par tradition, par devoir, par réaction, par adhésion à une personne, à un projet, ou encore par i...

L'électeur incertain

Anne Muxel
Chercheur

RésuméLes nouvelles générations d’électeurs, libérées des affiliations traditionnelles, opèrent leur choix de plus en plus tardivement. Elles revendiquent aussi le droit de ne pas voter. La légitimité acquise dans les urnes s’en trouve-t-elle affaiblie ? Non, selon Anne Muxel, qui voit le vote se réarticuler à d’autres formes d...

Dossier : Pourquoi vote-t-on encore ?

Congo-Kinshasa, les ratés de la démocratie


Les observateurs des élections (présidentielle et législatives) du 28 novembre 2011 en République démocratique du Congo (RDC) ont déploré les défaillances de la Commission électorale nationale indépendante dans la maîtrise de la logistique et de l’administration du scrutin. Le désordre qui a suivi a ouvert la porte à de multiples irrégularités et des fraudes, provoquant des violences et jetant un discrédit sur ces élections.

En 2006, lors des premières élections libres, l’enthousiasme de la population est manifeste. 32 millions d’électeurs sont inscrits et la majorité vote (70 % au premier tour, 65 % au deuxième). Le scrutin a entre autres pour mission de départager les ex-belligérants qui, à l’issue de négociations politiques, s’étaient partagé le pouvoir et l’exerçaient comme par défi. Une même motivation anime les Congolais : l’espoir que le pays se remettra d’une guerre qui, en une décennie, a fait plus de 4 millions de morts et que les élus travailleront à l’amélioration de la condition sociale de la population. Ils se sont trompés…

Depuis 1960, la RDC n’avait pas connu de consultation multipartite. Au lendemain de l’indépendance, le pays bascule dans une grave crise politique pendant laquelle le Premier ministre élu, Patrice Lumumba, est arrêté, déporté et exécuté. Certains de ses partisans entrent en rébellion. Le chaos s’en suit et le 24 novembre 1965, Mobutu organise un coup d’État. Durant trente-deux ans (1965-1997), le pays est dirigé par une dictature kleptocrate, qui ruine un des pays prometteurs du continent. Quand en 1990 le vent de la démocratie souffle sur l’Afrique, les espoirs estompés des indépendances et les frustrations de la dictature sont ravivés. L’avenir est incarné par un mot magique scandé à toutes les occasions : démocratie. Pour beaucoup, cela signifie : « élections libres, démocratiques et transparentes ». L’Église catholique fait de l’éducation électorale sa priorité pastorale. La société civile met en place des coalitions pour un vote utile. Le nombre des partis politiques grimpe en flèche.

Mais les Congolais se rendent compte après 2006 que les élections ne suffisent pas à installer la démocratie et la bonne gouvernance. Vidées de leurs prérequis historiques, elles peuvent être une dangereuse formalité qui met en crise légalité et légitimité. L’analyse du vote montre qu’à côté des raisons exprimées – mettre fin à la guerre, sanctionner les responsables ou ceux considérés comme tels –, la plupart des électeurs s’étaient déterminés selon des accointances partisanes, leur appartenance régionale et par affinité tribale et ethnique1. Ainsi, au premier tour de la présidentielle en 2006, sur les 33 candidats, 25 n’obtenaient même pas 1 % au niveau national, mais recueillaient plus de 80 % dans leur territoire ou leur village. Ces élections témoignaient aussi d’une fracture entre l’Est et l’Ouest du pays. Joseph Kabila ralliait plus de 90 % des votants dans plusieurs provinces de l’Est, tandis que Jean-Pierre Bemba obtenait des taux allant de 60 % à 98 % à l’Ouest, dont 68 % dans la capitale Kinshasa.


Carte I : élection présidentielle 2006 . République démocratique du Congo


BBC et Wikipédia © Kingruedi et Projet

En 2011, les deuxièmes élections (présidentielle et législatives) ont souffert des mêmes maux. Le vote ne s’est pas fait en fonction d’un projet de société avancé par les partis politiques, ni d’un programme de gouvernement, encore moins du bilan des candidats. Et comme la situation sociale ne s’est pas améliorée, certains électeurs se sont montrés simplement pragmatiques, en accordant leur suffrage à ceux qui payaient le plus ou donnaient des cadeaux.

Le taux de participation est descendu à 58 % en 2011. Le retrait de beaucoup est motivé par la désillusion face au « vagabondage politique » (terme consacré depuis 1990, les acteurs politiques congolais passant avec une facilité déconcertante d’un parti à un autre). D’autres affirment que la démocratie ne sert à rien, car elle n’a aucun effet sur le quotidien des citoyens. Nombreux parmi ceux qui ont voté en 2011 n’ont choisi ni la compétence, ni l’expérience. Comme en 2006, Kabila a fait le plein des voix à l’Est. Tshisekedi est majoritaire au centre et à l’extrême Ouest, dans le Bas-Congo et la province de Kinshasa. La surprise est venue du Bandundu (Ouest), basculant dans le camp Kabila avec 73 %.

Il ne faut pas chercher là des forces sociales et politiques organisées, ni l’expression d’une popularité (ou impopularité) fondée sur les faits. Ce clivage révèle un vote non éclairé, un tribalisme primaire, un déficit criant de conscience nationale. De plus, l’inflation du nombre de partis en compétition (plus de 400) et celui de candidats aux législatives (19000 pour 500 sièges), suggère une dérive de la pratique démocratique. Dans ces « élections-loteries », des politiques de toutes les tendances recourent à la corruption et à la fraude pour augmenter leurs chances. La contestation des résultats, les appels à la grève et au boycott font partie des règles du jeu électoral. La confusion règne aux yeux d’une majorité de la population.

Les dernières élections en RDC ont confirmé les ratés de la démocratie en Afrique. Mal comprises, travesties, confisquées, elles sont, dans plus d’un pays, porteuses des gènes du conflit. De toute évidence, si l’on veut construire les nations au-delà des ethnies, une politique digne de ce nom reste à construire et la démocratie à réinventer. Ce chantier commence par une éducation civique et politique renouvelée. Et le chemin à parcourir est encore long et accidenté…

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