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La géopolitique du moment a de quoi rassasier les cassandres. La prédation des grandes puissances défait les équilibres mondiaux. Le droit international se fracasse du Donbass à Caracas. L’autorité onusienne est passée de la léthargie à l’agonie. Les grands mots d’ordre de « coopération » et de « développement » passent sous les radars.
Le retour aux commandes de Donald Trump a porté le coup de grâce. Le démantèlement de l’USAID1 plombe un peu plus une aide publique au développement (APD) qui ne cesse de se réduire globalement. Alors que l’indigence économique touche désormais 700 millions d’individus. Fermez le ban ?
Moins que jamais. Un monde aussi interdépendant ne saurait se passer de coopération. Question de survie. Et il est trop commode d’attribuer à la seule brutalité des empires (États-Unis, Russie et Chine) les failles d’un système déjà sclérosé.
Ces deux raisons justifient ce dossier commun de la Revue Projet et du CCFD-Terre Solidaire. Formons un vœu avec un troisième argument : une solidarité internationale apte à se réinventer.
Asymétries, expertises surplombantes et biais coloniaux entachent trop souvent les intentions généreuses.
C’est tout le sens de l’aggiornamento que recommande Anna Diaz à l’attention des ONG. Victimes d’un contexte défavorable, ces dernières le sont aussi de leur crise de légitimité. Asymétries, expertises surplombantes et biais coloniaux entachent trop souvent les intentions généreuses, à l’image du mécanisme de l’APD au sein des États bailleurs, relève Alan Anic.
Une petite révolution s’impose, autrement dit, explique Charlotte de Poncins, un décentrement du pouvoir de décision auprès des partenaires du Sud. Des financements plus équitables et flexibles doivent soutenir un tel processus.
Une fiscalité internationale reposant sur une juste répartition des efforts est ici déterminante. Et utopique ? Pas si l’on note, avec Quentin Parrinello, que la question de la lutte contre l’évasion fiscale n’a jamais été partout aussi prégnante.
La solidarité internationale participe de la vitalité démocratique de nos territoires.
La solidarité internationale peut être réactivée localement. Mais sa coordination suppose une gouvernance à la hauteur d’enjeux globaux, prévient Henri Rouillé d’Orfeuil, tels que le climat, les déséquilibres d’emplois et, bien sûr, des inégalités socioéconomiques alarmantes. Mais qu’en disent les acteurs du Sud eux-mêmes ?
Coordinatrice régionale de Focus on the Global South, Anusha Lall souligne les initiatives de solidarité transfrontalière tout en pointant les freins à une coopération digne de ce nom : la mainmise d’entreprises sur les États et l’éternel poids de la dette.
Philosophe et responsable associatif togolais, Ekoué Roger Folikoué insiste sur la nécessité d’une reconnaissance par le Nord de ce que le Sud peut apporter. À ce titre, Delphine Hyvernaud-Pradeaux rappelle combien la solidarité internationale participe de la vitalité démocratique de nos territoires. La perdre, c’est risquer notre humanité.
1 United States Agency for International Development.