Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site
Dossier : Où nous emmène la Chine ?

Relations France-Chine Au cœur du Sénat

Le quatorzième dalaï-lama lors d’une rencontre avec des parlementaires du groupe d’études sur la question du Tibet à Toulouse, en 2011. © François Damerval/CC BY-SA 2.0
Le quatorzième dalaï-lama lors d’une rencontre avec des parlementaires du groupe d’études sur la question du Tibet à Toulouse, en 2011. © François Damerval/CC BY-SA 2.0

Le sénateur André Gattolin témoigne de l’évolution des positions françaises devant une Chine de plus en plus offensive. Récit de douze ans à l’avant-poste des relations franco-chinoises.


Que peut un simple parlementaire face à l’irrésistible ascension de la Chine et ses pratiques toujours plus autoritaires ? Militant de longue date en faveur des libertés et de l’État de droit en Asie, c’est évidemment la question que je me suis posée en 2011 après mon entrée au Palais du Luxembourg.

J’avoue, à l’époque, avoir été frappé par l’étonnante bienveillance dont jouissait la République populaire de Chine auprès de mes collègues. Le contexte du début des années 2010 y contribuait beaucoup. L’Europe sortait à peine de la crise de 2008 ; la croissance était atone, l’endettement public et le chômage très élevés, la zone euro était menacée d’effondrement et certains pays du sud du continent étaient aux abois. Malgré un ralentissement de son activité, la Chine semblait moins touchée par les tumultes financiers, confortant son rang de deuxième puissance commerciale et de nouveau moteur de l’économie mondiale.

En France, la loi restreignant le cumul des mandats n’était pas encore en vigueur et beaucoup de parlementaires continuaient de diriger des exécutifs locaux fréquemment en proie aux fermetures d’entreprises et au chômage endémique. La perspective d’investissements chinois sur leur territoire prenait l’allure d’une bouée de sauvetage face au marasme généralisé. Les délégations venues de l’Empire du Milieu affluaient un peu partout et bénéficiaient d’un accueil très chaleureux, notamment dans les murs du Sénat.

Car, au-delà de Jean-Pierre Raffarin, dont l’attachement de longue date à la Chine était connu de tous, pas moins d’une quarantaine d’autres sénateurs entretenaient eux aussi de solides relations avec ce pays. Depuis 1964, Paris jouissait d’un indéniable capital de sympathie auprès des autorités de Pékin.

En 2011, les impitoyables répressions de 1989 à Tiananmen et de 2008 contre des Tibétains s’étaient déjà évaporées des mémoires. 

Grâce à la politique d’ouverture entreprise par Deng Xiaoping dans les années 1980, les échanges entre les deux pays ont rapidement dépassé le niveau gouvernemental pour se déployer à l’échelle des régions et des collectivités locales. Déplacements fréquents, signatures de partenariats commerciaux, industriels ou technologiques, jumelages de villes ou de régions, ouvertures d’instituts Confucius… Bref, une gamme très large d’initiatives visant à resserrer les liens. La Chine a ainsi pu consolider son influence et mettre en place un véritable maillage de sa présence sur tous nos territoires.

Au Sénat, beaucoup se pressaient d’adhérer au groupe d’amitié France-Chine, un des plus puissants vecteurs de coopération décentralisée entre les deux nations. Le régime chinois n’était certes pas un parangon de vertu et de respect des droits humains, mais chacun voulait croire encore au vieil adage propagé par le Fonds monétaire international (FMI) dans les années 1990 selon lequel libéralisation des échanges et développement économique allaient de pair avec une inéluctable transition démocratique dans les pays en développement.

En 2011, dans la mémoire de mes chers collègues, les impitoyables répressions de 1989 à Tiananmen et de 2008 à l’encontre des Tibétains s’étaient déjà évaporées. Amnésie ? Peut-être. Cynisme, certainement ! Je garde encore à l’esprit la réponse que me fit en 2013 celui qui fut l’inamovible président du groupe France-Chine entre 1998 et 2014, lorsque je l’interpellai sur le caractère totalitaire du régime de Pékin : « Oui, André, il y a des problèmes de droits de l’Homme en Chine, mais crois-tu sincèrement qu’un pays de plus d’un milliard d’habitants puisse être gouverné démocratiquement ? » La messe paraissait dite.

Tibet, îlot de résistance

Signe de la résignation qui s’était installée, le groupe d’information sur le Tibet de l’Assemblée nationale, qui avait compté jusqu’à 169 membres en avril 2008, vit ses effectifs réduits à peau de chagrin après les législatives de 2012. Même phénomène au Sénat à la suite du renouvellement de 2011.

Lorsque je rejoins ce groupe, il ne compte plus qu’une quinzaine de membres, tout juste de quoi lui permettre de subsister. En mars 2012, avec Jean-François Humbert, son président, nous décidons de nous rendre à Ottawa où se tenait l’Assemblée interparlementaire mondiale en faveur du Tibet. Notre délégation fait bien pâle figure au regard de celles des autres pays, mais l’adversité nous regonfle et nous pousse à l’action.

En septembre 2012, nous déposons une proposition de résolution demandant la nomination d’un représentant spécial de l’Union européenne sur le Tibet. D’ambition modeste et de nature non contraignante, le texte provoque néanmoins d’âpres réactions en interne et l’hostilité des autorités chinoises. L’ambassadeur de Chine à Paris n’hésitera pas à appeler certains sénateurs pour leur demander expressément de rejeter la proposition. Erreur.

Sa maladresse va provoquer une réaction d’orgueil chez mes collègues et faciliter une adoption qui, au départ, était loin d’être acquise ! Portés par ce succès, nous organisons colloques ou rencontres officielles avec des spécialistes et des représentants de l’administration tibétaine en exil. Parallèlement, je réponds présent à toutes les manifestations auxquelles on me convie en France ou en Europe.

Au pays de la Déclaration universelle des droits de l’homme, les parlementaires peinent à se mobiliser pour défendre l’État de droit ailleurs.

Mon souhait cependant est de ne pas me cantonner à la seule défense de la cause tibétaine. Dès 2012, j’établis des contacts avec la communauté ouïghoure et avec les victimes des prélèvements forcés d’organes en Chine, où cette effroyable pratique prend une dimension quasi-industrielle. Par deux fois, j’invite au Sénat des membres du Congrès mondial ouïghour et notamment la militante des droits humains et de l’ethnie ouïghoure Rebiya Kadeer, leur figure emblématique réfugiée aux États-Unis.

Jamais, jusque-là, ils n’avaient été conviés dans un des hauts lieux de la République. Évidemment, l’ambassade de Chine ne manque pas d’exprimer son très vif mécontentement. Conséquence : Matignon et le Quai d’Orsay me demandent d’annuler l’événement. Je ne cède pas et Jean-Pierre Bel, alors président du Sénat, me couvre avec bienveillance.

J’envisage alors de créer un groupe d’étude sur le Turkestan oriental, mais j’échoue à trouver les soutiens nécessaires. Il faut dire que, au pays de la Déclaration universelle des droits de l’homme, les parlementaires français peinent à se mobiliser pour défendre les libertés et l’État de droit ailleurs dans le monde. Notre gallocentrisme forcené, mais plus encore le mode d’élection au scrutin majoritaire par circonscription, n’incitent guère les élus à s’investir sur ces questions.

Aux yeux des électeurs, un parlementaire est un élu territorial comme un autre : il doit se concentrer sur leurs préoccupations locales et immédiates. En oubliant que leur rôle réel est de légiférer sur des textes nationaux et internationaux ; ces derniers représentant en volume plus de la moitié des textes étudiés chaque année au Parlement. Combien de fois ai-je dû expliquer qu’en me préoccupant de la situation en Chine ou ailleurs, j’agissais au présent pour préserver ici nos libertés pour demain ?

Le désastre Xi Jinping

En quelques mois, de novembre 2012 à mars 2013, un homme jusque-là inconnu des Occidentaux va conquérir tous les postes clés du vieux régime communiste. La soudaine émergence de Xi Jinping va exercer une étrange fascination auprès des élites européennes. Sa relative jeunesse, son apparence affable et sa volonté affichée de lutter contre la corruption suscitent un engouement teinté d’espoir à l’endroit de celui qui incarne une Chine nouvelle, déjà auréolée de ses succès économiques et technologiques.

Dès cette époque, j’ai conscience du danger qui se profile : les ambitions de Xi pour son pays sont à présent planétaires et la rivalité qui s’instaure avec l’Occident dépasse largement la question des droits humains. Nous sommes désormais face à un défi global et de nature systémique, et les attentes de la Chine à l’égard de la France se commuent à présent en exigences.

C’est ainsi qu’en 2013, le Sénat inscrit subrepticement à son ordre du jour la ratification d’un dangereux traité d’extradition judiciaire entre nos deux pays. Je tente un baroud d’honneur pour le faire rejeter, mais j’échoue de peu dans mon entreprise, car l’examen du texte en séance est retardé le temps de permettre aux amis de la Chine d’affluer dans l’hémicycle… Échaudé par cet échec, je mets en œuvre une veille quasi-systématique de tous les textes législatifs se rapportant à la Chine.

En 2014, le Gouvernement a dû renoncer à son projet d’autoriser la police chinoise à accompagner des touristes sur notre territoire. 

En 2014, avec l’appui d’ONG et de quelques journalistes, je parviens in extremis à convaincre le Gouvernement de renoncer à son projet d’autoriser la police chinoise à accompagner des groupes de touristes sur notre territoire afin, soi-disant, d’assurer leur protection.

Mais la grosse affaire, c’est l’injonction faite à l’Europe à partir de 2015 d’accorder le statut d’économie de marché à la Chine en lieu et place du statut d’économie de transition qui était le sien depuis son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en 2001. En cas d’acceptation, les conséquences seraient graves pour notre économie, qui se verrait déshabillée d’instruments majeurs de sanction face au dumping auquel Pékin recourt fréquemment pour imposer ses produits sur le marché international.

Aidé par quelques spécialistes, je dépose une contribution très détaillée lors de la consultation publique organisée par la Commission européenne à ce sujet. À plusieurs reprises, j’interpelle directement le Gouvernement à l’occasion de séances de questions publiques télévisées. En coulisse, un ministre me fait savoir que mes interventions sont gênantes et affectent nos relations avec la Chine. Je lui rappelle la séparation des pouvoirs qui régit les relations entre le Parlement et l’exécutif. Gentiment, il m’explique que cette notion n’a aucune valeur pour les dirigeants chinois et que « les parlementaires et le Gouvernement se doivent d’être soudés et cohérents » !

Par chance, et sans doute par excès de confiance, la Chine engage à la même époque une maladroite offensive commerciale sur le marché européen de l’acier qui va provoquer un vif émoi chez nos industriels. Le ton change soudainement et l’Union décide de surseoir aux discussions concernant l’OMC. Dans les allées du Sénat, un membre du Gouvernement viendra même me féliciter pour ma vigilance sur ce dossier.

Changement de ton

Au Sénat, l’image de la Chine n’est plus aussi immaculée que par le passé. Malgré les pressions insistantes exercées par Pékin, le dalaï-Lama en visite en France en septembre 2016 est reçu au Palais du Luxembourg. Quelques jours plus tard, je facilite sa rencontre avec le candidat Emmanuel Macron qui souhaite ardemment échanger avec lui. La démission de Jean-Pierre Raffarin de son poste de sénateur en octobre 2017 va également faciliter la libération de la parole, notamment parmi les membres de sa famille politique.

Son successeur à la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées fait preuve de bien moins de mansuétude et plusieurs rapports à tonalité critique sur la Chine sont mêmes publiés. Les règles éthiques désormais instaurées au Sénat mettent fin aux nombreux déplacements de sénateurs qui étaient parfois financés par des fondations aux ressources assez obscures.

Je me rappelle que, de retour d’un de ces voyages à visée proprement propagandiste, un de mes collègues, dépité, m’avait dit : « On est foutus, ils ont vingt ans d’avance sur nous. Nous n’avons pas d’autre choix que de coopérer. » Dorénavant, les anciens zélateurs de l’Empire du Milieu vont se faire plus discrets.

En mars 2019, la Commission européenne publie une analyse stratégique où elle qualifie la Chine de « rival systémique ». 

L’année 2019 marque l’accentuation de la prise de distance avec Pékin. Il faut dire que la mobilisation massive des étudiants à Hong Kong et la répression qui s’en suit ont un retentissement planétaire. Au Parlement français, je deviens avec quelques autres le point de contact régulier des militants pro-démocratie de l’enclave. Mais, dans les milieux diplomatiques, on me dit déjà qu’il n’y a plus rien à faire et que l’affaire est malheureusement pliée. Quelques-uns de mes amis parviennent à se réfugier au Royaume-Uni, d’autres sont malheureusement arrêtés et internés dans des camps en Chine continentale.

En mars 2019, la Commission européenne publie une analyse stratégique où elle qualifie la Chine de « rival systémique » en même temps qu’elle la considère comme un partenaire et un concurrent économique. C’est un petit pas pour les experts en géopolitique, mais un grand pas pour des institutions européennes qui rechignent généralement à dire de quoi le régime de Pékin est véritablement le nom.

C’est, pour reprendre l’expression utilisée par Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer dans leurs travaux pour l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), le « moment machiavélien » où la Chine privilégie désormais la menace à la séduction, l’agressivité à l’assertivité.

Taïwan, le catalyseur

La question de Taïwan va rapidement devenir un élément déterminant dans la prise de conscience du caractère totalitaire de la Chine de Xi Jinping au Parlement français. Depuis 2020, la République populaire ne cache en effet plus sa volonté de mettre au pas l’île de Formose : ses succès, aussi bien sanitaires face au Covid-19 que technologiques en matière de semi-conducteurs, font de l’ombre à son image. L’angélisme d’antan ne fait plus recette et mes collègues sénateurs s’inquiètent à présent de voir la Nouvelle-Calédonie faire l’objet de certaines convoitises de la part de Pékin.

Au début de la pandémie, en 2020, bien peu de médias relaient le fait que c’est Taïwan qui, en premier, a donné l’alerte auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la dangerosité du nouveau virus et que les mesures sanitaires mises en œuvre par l’île s’avèrent de loin les plus efficaces de la planète. Sollicité par un groupe d’étudiants et de chercheurs, j’accepte en plein confinement de mener campagne auprès de mes collègues. L’objectif : qu’ils signent un appel pour que Taïwan soit admise à participer aux travaux de l’OMS.

Un travail de fourmi, car je fais le choix de contacter mes interlocuteurs un par un, sans passer par les états-majors politiques afin d’éviter d’éventuelles consignes négatives à l’encontre de mon initiative. En trois semaines, je recueille la signature de plus de cent parlementaires français. Jamais Taïwan n’avait connu un tel soutien en France ! Fort de ce succès, je décide d’élargir la campagne et obtiens l’engagement de nombreux collègues britanniques, italiens, allemands et lituaniens.

Si l’agressivité de Pékin incite souvent l’exécutif à la retenue, elle tend à produire l’effet inverse parmi les parlementaires.

Au Sénat, le groupe d’études et d’échanges sur Taïwan, qui vivotait depuis sa création en 1984, va connaître un étonnant regain de ses effectifs. Signe des temps, celui-ci compte aujourd’hui quarante membres, soit autant que le groupe d’amitié France-Chine ! Sous la houlette de son président, Alain Richard, le groupe fait savoir qu’il se rendra sur l’île en mars 2021. Cette annonce va provoquer l’ire de Lu Shaye, l’ambassadeur de Chine à Paris, un des plus virulents « loups guerriers » de la diplomatie du pays.

À la suite de son retentissant déplacement, le groupe Taïwan dépose une proposition de résolution en faveur de la participation de Taïwan à quatre grandes institutions onusiennes. Le 6 mai 2021, la résolution est adoptée à l’unanimité au Sénat. Présentée à l’Assemblée le 29 novembre 2021, elle est également votée à une écrasante majorité. Si l’agressivité déployée par Pékin incite souvent l’exécutif à la prudence et à la retenue, elle tend à produire l’effet inverse parmi les parlementaires.

Fin 2021, plusieurs propositions de résolutions condamnant le processus génocidaire en cours contre les Ouïghours sont déposées. Inquiet à l’idée de subir un nouveau revers, l’ambassadeur Lu Shaye demande alors à être auditionné à huis clos par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée. Sa prestation assez surréaliste le 11 janvier 2022 aura l’effet boomerang de faciliter l’adoption de ce texte neuf jours plus tard, à la quasi-unanimité.

Parlementaires unis

Face à l’inquiétante évolution du régime de Pékin, agir à l’échelle d’un seul pays trouve rapidement ses limites. D’autant que les démocraties peinent à œuvrer de manière ferme et coordonnée. Leurs positions fluctuent en fonction de leurs intérêts spécifiques et des changements politiques qui les affectent. C’est sur la base de ce constat qu’un groupe d’une cinquantaine de parlementaires de tous bords politiques et issus d’une dizaine de pays décident en juin 2020 de créer l’Alliance interparlementaire sur la Chine (Ipac).

Elle compte aujourd’hui plus de 240 membres, répartis dans 26 pays, et conseillés par de nombreux experts internationaux. Si d’autres réseaux interparlementaires consacrés à la défense de diverses populations opprimées en Chine existent déjà, ceux-ci sont trop disparates pour répondre efficacement à l’offensive systémique et multisectorielle de la Chine partout dans le monde.

Grâce à nos initiatives combinées, nous avons largement contribué à mettre en lumière le processus génocidaire mené par Pékin à l’encontre des Ouïghours et des Tibétains. Nos mobilisations contre la répression qui frappe les Hongkongais pro-démocratie et en faveur des institutions démocratiques de Taïwan constituent également deux des fils rouges de notre travail législatif.

La pertinence de nos relations avec la Chine est devenue un débat vis-à-vis duquel se dérober n’est plus possible.

Au-delà de la défense des droits en Chine et à sa périphérie, une des particularités de l’Ipac est de prendre à bras-le-corps l’ensemble des questions économiques, technologiques, juridiques ou diplomatiques qui enserrent nos pays dans des liens de dépendance démesurés avec Pékin. Nous avons ainsi joué un rôle majeur dans le blocage d’un accord global d’investissements avec la Chine qui avait été discrètement conclu fin 2020 par la Commission européenne.

L’Ipac est également un formidable centre de ressources pour ses membres. Nommé rapporteur par le Sénat sur les influences étrangères dans le monde scientifique et universitaire en juillet 2021, je ne disposais que de trois mois pour finaliser mes travaux et les faire adopter par mes pairs. Grâce à l’apport notable de collègues ayant conduit des investigations similaires dans plusieurs autres pays, je suis parvenu à produire un rapport conséquent, mettant en lumière le niveau très élevé des ingérences chinoises dans le domaine de la recherche.

Salué et très commenté par les médias, il a créé un petit électrochoc dans les milieux institutionnels concernés. Plus de dix-huit mois après sa publication, je dois cependant déplorer qu’aucune des recommandations formulées n’ait encore été mise en œuvre. De la prise de conscience au passage à l’action, la France est un pays qui se meut lentement.

Au terme de douze années passées au Sénat, je préfère regarder le chemin parcouru plutôt que me désoler de la distance qui est encore devant nous. De débat interdit, la question de la pertinence des relations que nous entretenons avec la Chine est devenue un débat vis-à-vis duquel se dérober n’est plus possible.

Les plus lus

Les Marocains dans le monde

En ce qui concerne les Marocains, peut-on parler de diaspora ?On assiste à une mondialisation de plus en plus importante de la migration marocaine. On compte plus de 1,8 million de Marocains inscrits dans des consulats à l’étranger. Ils résident tout d’abord dans les pays autrefois liés avec le Maroc par des accords de main-d’œuvre (la France, la Belgique, les Pays-Bas), mais désormais aussi, dans les pays pétroliers, dans les nouveaux pays d’immigration de la façade méditerranéenne (Italie et ...

L’homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des...

Un héritage tentaculaire

Depuis les années 1970 et plus encore depuis la vague #MeToo, il est scruté, dénoncé et combattu. Mais serait-il en voie de dépassement, ce patriarcat aux contours flottants selon les sociétés ? En s’emparant du thème pour la première fois, la Revue Projet n’ignore pas l’ampleur de la question.Car le patriarcat ne se limite pas à des comportements prédateurs des hommes envers les femmes. Il constitue, bien plus, une structuration de l’humanité où pouvoir, propriété et force s’assimilent à une i...

Du même dossier

La chasse aux ONG

Pékin met tout en œuvre pour faire taire les ONG de défense des droits humains sur son sol et à l’international. Un éclairage d’Amnesty International, directement concernée. Fin 2021, après plus de quarante ans de travail sur place, l’ONG Amnesty International est contrainte de quitter Hong Kong en fermant ses bureaux : sa section locale d’abord, puis son bureau régional, relevant directement du secrétariat international. Ce départ est le dern...

L’UE fait la force

Alors que la Chine entend imposer un nouvel ordre international, l’Union européenne revoit sa stratégie diplomatique, entre exigences éthiques et réalités économiques. Regard sans concessions d’un ancien ambassadeur. Comment qualifier la nature du régime chinois ?Je suis arrivé en Chine en juillet 2017, juste avant le 19e congrès du Parti communiste, qui a vu l’instauration du régime autoritaire de Xi Jinping. Disons les choses clairement : c...

Le rêve de Xi Jinping

Le président chinois rêve d’un nouvel ordre international. Sa stratégie s’affine, mais les obstacles se multiplient. La Chine parviendra-t-elle à se placer au centre de l’échiquier mondial en 2030 ? Retour sur ce dossier en quatre points saillants. S’il est une affirmation de Xi Jinping difficilement contestable, c’est bien celle – soulignée dans l’introduction de ce dossier – que « le monde se trouve à la croisée des chemins ». Reste ce...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules