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Dossier : Écologie : mobiliser les indécis

Et que durent tes aventures !

Photo de Eric Sanman provenant de Pexels
Photo de Eric Sanman provenant de Pexels

Ce qui suit n’est ni une recette, ni une liste exhaustive. Un témoignage plutôt, quelques conseils pour éviter l’essoufflement. Pour faire durer ses engagements, joyeusement et collectivement.


Voilà, tu y es. Les deux pieds dedans. Et même les jambes, le torse, les bras, la tête et tout ton être. Ta prise de conscience fut progressive ou subite. Qu’importe le déclic. Ton combat, c’est le zéro déchet, la condition animale ou la justice climatique. Qu’importe la cause écologique. À présent, tu entends faire bouger les lignes et avancer vers cette vision qui t’inspire et te porte.

Tout ceci est excellent. Mais ce qui importe, de plus, c’est de te demander : « Comment mon engagement va-t-il durer ? » Car aussi aiguë que soit l’urgence, soyons lucides, ton sprint sera un marathon. On parle d’années, au moins. Et un marathon, ça ne se court pas à peine réveillé, après avoir avalé un café. Quelles sont les ressources pour inscrire ton action dans le temps ? Nulle recette n’est ici offerte.

Plutôt, un partage de réflexions basées sur sept années d’engagement chrétien pour le climat. Puis, à toi de vivre ton chemin.
S’engager, c’est consacrer de ton temps, de tes compétences et de ton énergie pour des personnes ou des êtres vivants dont tu te soucies. À la mesure de ta passion, ton altruisme risque de dévier vers un service oublieux de toi-même. Elles planent alors, les ombres de la fatigue et du burn-out. Or un militant épuisé, c’est un militant arrêté.

Une saine militance est d’itinérance. Savoir se retirer, et être bien ; savoir revenir, et faire du bien.

Aussi, la meilleure façon de faire, c’est de s’obliger à ne pas faire. Sagesse du shabbat : s’arrêter et se reposer, régulièrement. Au-delà du sommeil, du temps libéré et de l’ennui, elles sont diverses, les fraîcheurs qui nous revitalisent le corps, l’âme et l’esprit. Pour ma part, je réjouis mes papilles de cuisine fine, vois mes amis footeux qui ne parlent pas d’écologie et suis accompagné par une pro de l’écoute. Juger qu’on ne prend bien soin d’autrui qu’en prenant, d’abord, bien soin de soi est ardu. Pourtant, une saine militance est d’itinérance. Savoir se retirer, et être bien ; savoir revenir, et faire du bien.

Ces allers-retours requièrent une discipline, surtout quand tu es mû par une volonté farouche de faire changer les choses et guidé par l’ambition de maximiser les résultats. Des dispositions qui portent en outre le risque de voir l’insatisfaction et la frustration instiller leur amertume, tant, souvent, nos moyens sont faibles et les progrès peuvent paraître lents ou dérisoires. Or un militant découragé, c’est un militant proche de quitter.

Lâcher prise ne revient pas à se désintéresser ; il s’agit de se libérer de ce qui ne m’appartient pas. C’est me remettre à ma juste place : je ne suis pas le monde. Le monde a ses responsabilités.

C’est pourquoi il importe d’ajuster la vision de sa mission. La militante féministe Caroline de Haas suggère, ayant pris une feuille, de lister à gauche d’un trait ce qui relève de ta responsabilité et à droite ce qui dépend d’autrui. Prends à cœur ce qui te concerne et lâche prise pour le reste, ou le fardeau sera trop lourd. Pour moi, accompagner la conversion écologique d’Églises, oui. Fermer les quatre dernières centrales à charbon de France, non ; c’est le job d’Emmanuel Macron. Lâcher prise ne revient pas à se désintéresser ; il s’agit de se libérer de ce qui ne m’appartient pas. C’est me remettre à ma juste place : je ne suis pas le monde. Le monde a ses responsabilités.

Prolonger son action ne revient pas simplement à éviter ces deux écueils clés et classiques. On dure également, et peut-être d’abord, parce que l’action a du sens, qu’elle célèbre ses avancées et est vécue en relations. Consciente de la positivité de ces expériences, une culture attentive embrasse le beau de l’activisme : la durée est d’envie.

Ton engagement a un sens, en tant que signification et en tant que direction. Qu’il est bon d’être ainsi orienté ! Phagocytée par l’économie, notre société ne se demande plus vers où elle roule. Seul compte de rouler plus vite, plus haut, plus fort. Loin de cette absurdité, contempler la signification que tu confères à ton action est non seulement juste, mais enracinant, motivant et ressourçant. Elle peut d’ailleurs évoluer. Car l’engagement est parcours. L’expérience, les lectures et les discussions interrogent le sens. Se laisser interpeller et continuer à penser permet de l’habiter et d’en renouveler la pertinence.

Et si le défi écologique nous présente des sommets, dont le gravissement serait l’ultime fête, il importe de savoir célébrer chaque pas en avant, petit ou grand.

Toute action tend vers un accomplissement. Et si le défi écologique nous présente des sommets, dont le gravissement serait l’ultime fête, il importe de savoir célébrer chaque pas en avant, petit ou grand. L’œil fixé sur le haut de la montagne, on risque de manquer les réjouissances légitimes de l’ascension, et de s’imbiber de l’aigreur du jamais assez. Or l’engagement se nourrit de joies et du sentiment d’utilité. Il faut du temps et du rite pour en éprouver la réalité. Publie donc l’annonce de tel mieux sur les réseaux, lève ton verre à la nouvelle de tel moindre mal, arrête-toi pour réaliser et pour sourire.
Et il n’est de bonheur que partagé, qu’il s’agisse du changement progressif de ton mode de vie, qui se raconte, ou de ta part dans une association ou une communauté, qui se vit ensemble. En ce cas, l’idéal est de cultiver un engagement convivial, voire amical. L’action est une aventure humaine. La persévérance vient d’elle-même quand on bâtit des relations fortes, qu’on se crée des souvenirs, qu’on s’entraide pour les coups d’éclat, qu’on se soutient dans les coups durs et qu’on finit par boire des coups. Pour les croyants, la communauté s’élargit de Dieu. Il soutient, inspire, vivifie et collabore. Parle et marche avec Lui.

Il y aurait encore à dire. Plus que l’exhaustivité, ce qui compte est de porter cette question, d’être attentif aux dynamiques qui te traversent et de trouver tes propres réponses. Car tout ceci, en dernier lieu, t’appartient. Et que durent tes aventures !

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