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Dossier : Monde cherche citoyens

Désobéir pour le climat

Yes we can ©Peter Blanchard
Yes we can ©Peter Blanchard
Si elle n'est pas née activiste, Clémence Dubois nous raconte son parcours d'engagement. Il démarre en 2008, par la faillite d'une grande banque d'investissements américaine.

J’ai eu 18 ans – devenant pleinement citoyenne – quand Lehman Brothers a fait faillite. La quasi-absence de régulation en réponse à la crise financière a clairement exposé la défaite de nos gouvernements, incapables de garantir un avenir commun juste et durable. Par la suite, j’ai pris conscience, brutalement, de la temporalité de la crise climatique : j’ai ressenti un profond sentiment d’insécurité physique quant au futur.

« Si nous ne changeons pas radicalement notre système énergétique et économique rapidement, tout progrès sera vain », avance Bill McKibben, le co-fondateur de 350.org. En d’autres termes, gagner lentement, c’est perdre. Pourtant, au mépris de cette réalité physique et de leurs engagements, nos gouvernements, quand ils décident d’agir, le font au mieux de manière incrémentale. Comment les pousser à agir beaucoup plus rapidement ?

Une condition m’est apparue évidente : cesser d’agir seule. Je me suis engagée dans une campagne de désinvestissement pour demander à mon université, en Angleterre, de retirer de son portefeuille tous les actifs détenus dans les énergies fossiles. Nous lui demandions de cesser de collaborer avec l’industrie fossile. La destruction du climat ne se ferait ni en notre nom, ni avec notre argent. Un an après, le jour du début de la Cop21, l’université choisissait de désinvestir et rompait publiquement ses liens avec l’industrie fossile. Cette décision prise par un cercle d’influence de premier plan a démultiplié l’impact politique de la quinzaine d’étudiants que nous étions. Cet effet boule de neige ne doit pas être minimisé: ainsi, peu de temps après que l’université de Californie a choisi de désinvestir, sous la pression étudiante, c’est le fonds de pension de l’État qui suivait.

Plus de 600 institutions ont rejoint le mouvement zéro fossile. Au-delà de la non-coopération avec l’industrie fossile exigée de nos institutions, nous nous sommes engagés dans une stratégie de résistance face aux projets destructeurs. En mai dernier, rejoignant une vague de désobéissance civile sur tous les continents, nous étions plus de 4000 pour bloquer, pendant 48h, la mine de charbon la plus polluante d’Allemagne, montrant concrètement aux gouvernements ce que nous attendions d’eux : laisser les fossiles dans le sol.

Je ne suis pas née activiste. J’ai été amenée à sortir de ma zone de confort pour me confronter, directement, à l’industrie fossile. Grâce à ces mobilisations citoyennes, de plus en plus nombreuses, je nourris l’espoir qu’un jour, nous réussirons à renverser le statu quo et à préserver ce que nous aimons.



L’accord de Paris implique que plus aucun projet lié au pétrole, au gaz ou au charbon ne voie le jour. Il faut même anticiper la fermeture de certaines exploitations. Mais l’industrie fossile demeure toute puissante. Elle ne se contente pas de marginaliser les énergies renouvelables, elle freine depuis des décennies toute régulation climatique ambitieuse.

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