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Dossier : L’école, laboratoire de fraternité ?

De qui apprend-on à devenir frère ?

Collège Flora Tristan, Carrières-sous-Poissy © Conseil départemental des Yvelines
Collège Flora Tristan, Carrières-sous-Poissy © Conseil départemental des Yvelines

Quand le terrorisme fait vaciller les fondements de la société française, vers qui se tourne-t-on ? L’école, encore et toujours. Réflexe bien français. En elle on imagine trouver tantôt le responsable de tous nos échecs, tantôt le creuset d’un pays réconcilié. La charge est commode, qui évacue toute réflexion sur les tensions qui traversent notre société et dont l’école est le réceptacle. On voudrait l’école fraternelle pour vacciner nos jeunes contre la folie djihadiste ? Sans doute l’attente est-elle disproportionnée. Et la fraternité n’est d’ailleurs pas nécessairement la réponse la plus efficace que l’école puisse apporter à la tentation du djihad (cf. D. Meuret).

Pourtant le défi demeure. Non seulement parce que la fraternité est inscrite au frontispice des écoles et parce que, bien plus qu’un supplément d’âme dans la devise républicaine, elle est le trait d’union entre la liberté et l’égalité (cf. J. Caron). Mais d’abord parce que ce défi date de bien avant les attentats. Au fond, il s’agit pour l’école de choisir sa fraternité : une fraternité entre nous, pour se rassurer – au risque d’exclure –, ou une fraternité avec le prochain – celui dont je me fais proche –, qu’il soit blanc, black ou beur, chrétien, musulman, ou athée ? La fraternité des murs ou celle des passerelles ? « Une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne » : l’avertissement du pape à Donald Trump s’arrête-t-il aux murs contre lesquels viennent mourir les migrants ?

Bien des obstacles se dressent sur le chemin d’une école fraternelle. La « barrière de méfiance » (Don Bosco) qui trop souvent prévaut dans la relation enseignant-élève (cf. A.-P. Gauthier et J.-M. Petitclerc). Les cloisons qu’on ne voit pas, liées à la peur ou au dégoût d’apprendre. Celles, parfois étanches, entre « tribus » juvéniles. Le mur des notes, quand celles-ci envoient aux élèves le message de leur manque de talent (cf. F. Delemazure), celui de la concurrence, quand elle est ressentie par les perdants comme un signe de leur inadaptation, la muraille des humiliations parfois. La prison des violences et du harcèlement, qui se poursuivent jusque sur les écrans (cf. C. Blaya). La falaise de la sélection opérée à l’entrée de certains établissements, qui peut rassurer parents et enseignants mais prépare un monde cloisonné, où il ne sera pas donné à chacun de contribuer également à la société.

Si la fraternité a toute sa place à l’école, si elle est au cœur de sa mission, c’est qu’elle n’est pas un donné. On chercherait vainement à l’inculquer comme on enseigne les triangles isocèles ou la bataille de Marignan : la fraternité n’est pas de l’ordre du savoir, mais de la vertu, une vertu qui naît d’abord de l’expérience (cf. F. Dubet). Les murs, eux, nous préexistent et le confort incite à nous abriter derrière. La violence les consolide, jusqu’à faire paraître irréconciliables des personnes ou des clans. Découvrir qu’il est d’autres réponses, plus fécondes, au conflit, que la violence, suppose un apprentissage par les jeunes eux-mêmes. Découvrir ce qui unit les profs aux élèves, les élèves entre eux, c’est aussi faire droit aux émotions, se reconnaître vulnérables. Si des circonstances tragiques ont pu récemment donner l’occasion d’exprimer et de ressentir en classe ce qu’il y a de commun entre tous (cf. A. Dubois et M. Sambe), n’est-ce pas aussi dans le quotidien de l’école que des moments sont à instituer pour vivre cette expérience (cf. M.-J. Deniau) ? Attention, reconnaître ce qui unit ne revient pas à nier les différences et il est heureux que l’Éducation nationale encourage non plus une « laïcité de précaution », mais une laïcité curieuse des croyances de chacun (cf. F. Lorcerie). Car si l’école est là pour construire des ponts, pour nourrir une culture commune, quelle plus belle manière de le faire qu’en se confrontant aux grandes questions humaines, par l’intermédiation de la culture, des mythes ou des religions (cf. S. Boimare) ?

Les défis sont considérables. Mais l’espoir est permis : de quoi témoignent l’énergie, l’inventivité et l’attention portée au devenir de chaque élève par tant d’enseignants et de chefs d’établissement, sinon d’une soif inextinguible de fraternité ?

À lire dans la question en débat
« L’école, laboratoire de fraternité ? »

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1 réactions pour « De qui apprend-on à devenir frère ? »

jean marie daru
22 June 2016

bonsoir
Je lis avec bonheur cette réflexion sur ce que l'école a à réinterroger dans ses pratiques. Merci pour votre pensée constructive qui donne envie à l'enseignant que je suis d'approfondir encore plus les moyens concrets pour avancer avec les élèves sur ce sujet ESSENTIEL.

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