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Affronter les questions ultimes

Bertrand Hériard Dubreuil
Question de sens

La crise écologique questionne, de manière fondamentale, le destin de l’humanité sur la planète terre. Elle invite à relire les textes fondateurs de la tradition judéo-chrétienne qui sont déjà au cœur des débats contemporains. La crise écologique questionne de manière fondamentale le destin de l'humanité sur la planète terre Elle i...

Assujettir ou veiller sur la création ?

Alfred Marx
Question de sens

La Genèse offre aux chrétiens des ressources pour penser la protection de leur environnement naturel, animal et végétal. À condition de lire le mythe de la création jusqu’au bout ! La Genèse offre aux chrétiens des ressources pour penser la protection de leur environnement naturel animal et végétal À condition de lire le mythe de la cr...

La religion est dans le pré

Mathieu Gervais
Chercheur

Opter pour des pratiques agricoles alternatives n’est pas un choix anodin. Pour un certain nombre d’agriculteurs paysans, la spiritualité intervient, offrant un cadre pour penser les rapports entre l’homme et la nature. Opter pour des pratiques agricoles alternatives n'est pas un choix anodin Pour un certain nombre d'agriculteurs paysans la ...

Des bouddhistes engagés pour l’environnement

Somboon Chungprampree
Vu d'ailleurs

La recherche de l’harmonie entre l’homme, la nature et l’ensemble du vivant est au cœur de la sagesse bouddhiste. En témoigne, en Asie, l’engagement de religieux et de mouvements. La recherche de l'harmonie entre l'homme la nature et l'ensemble du vivant est au cœur de la sagesse bouddhiste En témoigne en Asie l'engagement de religieux ...

Construire une sagesse commune ?

Catherine Eveillard, Elena Lasida et Salima Naït Ahmed
Question de sens

Table ronde - Dans l’attention à la terre et au règne du vivant, les traditions religieuses ont des ressources à partager. Une musulmane, une bouddhiste et une chrétienne discutent par exemple interdépendance, responsabilité, sobriété, bonté. Table ronde Dans l'attention à la ter...

Décroissant parce que chrétien

Martin Kopp
Chercheur

Entretien – Croyant et engagé pour le climat, Martin Kopp explique l’origine de sa prise de conscience des enjeux environnementaux. Le mode de vie du Christ, nous dit-il, invite à la radicalité. Et à une simplicité joyeuse. Entretien Croyant et engagé pour le climat Martin Kopp explique l'origine de sa prise de conscience des enjeux envir...

« Le niveau de radicalité nécessaire au changement, c’est celui où la foi est engagée »

Alain Cugno et Gérald Hess
Question de sens

Que devient l’engagement spirituel au-delà de la sphère privée ? Il peut questionner la relation de l’homme à la nature, refonder ses représentations politiques, imprégner l’intelligence collective. Un risque à prendre mais, surtout, une chance à saisir. Que devient l'engagement spirituel au delà de la sphère privée Il peut questio...

Nature et (re)découverte

Marie Drique et Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Ce que disent les plus lucides fait froid dans le dos En 1992 le sommet de la terre de Rio voulait prendre soin des générations futures aujourd'hui elles sont nées et nous n'avons rien fait cf D Bourg La catastrophe écologique n'arrivera pas soudainement elle est déjà en cours cf C Larrère La biodiversité est en régression rapide Un réch...

L’écologie profonde, une nouvelle spiritualité ?

Éric Charmetant
Question de sens

Parfois caricaturée, l’écologie profonde porte en elle une transformation du rapport de l’homme à la nature. Une démarche éthique, politique, mais aussi spirituelle : un décentrement. D’Arne Næss à Hans Jonas, en passant par John Baird Callicott et Aldo Leopold, le philosophe Éric Charmetant invite à se laisser interpeller par les p...

Climat : quand les religions parlent d’une même voix

Guillermo Kerber
Chercheur

Depuis des décennies, des dignitaires de différentes religions réfléchissent ensemble aux enjeux climatiques. Avec une même foi : l’espérance ! Depuis des décennies des dignitaires de différentes religions réfléchissent ensemble aux enjeux climatiques Avec une même foi l'espérance Encore peu connu l'engagement des acteurs religieux su...

« Environnement : ne pas ignorer les conflits »

Catherine Larrère
Question de sens

Entretien - La catastrophe écologique a déjà commencé. Elle bouscule nos représentations du monde, où la nature avait été abandonnée à la science. De là à convoquer les religions ? Leur rapport à l’écologie est controversé. Pour la philoso...

Amazonie : aux sources d’une résistance universelle

Fernando Lopez
Acteur de terrain

La lutte des peuples indigènes d’Amazonie pour leur terre est portée par un lien fondamental à l’autre, à la nature et au cosmos. Autant que les dégâts environnementaux auxquels ils tentent de résister, leurs conceptions du monde peuvent nous interpeller. La lutte des peuples indigènes d'...

« Laudato si’ », charte chrétienne de l’écologie

Christian Mellon
L'équipe de rédaction

Très attendue, l’encyclique publiée par le pape François le 18 juin 2015 n’a pas déçu. À six mois de la Conférence climat à Paris, « Laudato si’ » donne des enjeux écologiques une lecture globale et sans concession. Un texte révolutionnaire. Très attendue l'encyclique publiée par le pape François le 18 juin 2015 n'a pas déçu ...

« L’âme du monde est malade »

Nicolas Hulot
Responsable politique

Dans une intervention prononcée au Sénat, le 21 mai 2015, lors du colloque « Le climat : quels enjeux pour les religions ? », Nicolas Hulot exhortait les représentants religieux à s’emparer pleinement du défi. Extraits. Dans une intervention prononcée au Sénat le 21 mai 2015 lors du colloque Le climat quels enjeux pour les religions Nico...

« Les générations futures… c’est vous »

Dominique Bourg
Question de sens

Entretien – Pour le philosophe Dominique Bourg, nous n’éviterons pas la catastrophe écologique. Il est donc urgent de se préparer à l’affronter. À cet égard, les spiritualités offrent de vraies ressources pour résister. Entretien Pour le philosophe Dominique Bourg nous n'évi...

L’écologie, lieu d’une renaissance spirituelle

Jean-Philippe Pierron
Question de sens

Après avoir relégué la nature au rang de matériau, l’homme contemporain, étouffé par le consumérisme et désireux d’authenticité, la redécouvre. Prenant conscience qu’il vit par elle, avec elle et en elle, il fait l’expérience de quelque chose qui le dépasse. Les religions se laisseront-elles déplacer par cette quête spirituell...

© Apprenti3 Bébert
© Apprenti3 Bébert

Des bouddhistes engagés pour l’environnement


La recherche de l’harmonie entre l’homme, la nature et l’ensemble du vivant est au cœur de la sagesse bouddhiste. En témoigne, en Asie, l’engagement de religieux et de mouvements.

Avec son enseignement centré sur l’interconnexion de tous les êtres, l’harmonie avec la nature, la diminution de la souffrance et la satisfaction, le bouddhisme développe une approche intrinsèquement écologique. Cet engagement prend différentes formes. Nous décrirons ici celui de deux grandes organisations, après avoir évoqué une figure marquante, celle de Phra Prachak.

Défendre les forêts thaï

Fondateur d’un mouvement luttant contre la déforestation en Thaïlande, Phra Prachak travaille, à partir d’enseignements bouddhistes, à la prise de conscience des défis écologiques planétaires. Ce moine pérégrine pieds nus depuis plus de dix ans, d’une forêt à l’autre et d’une jungle à l’autre. Il est célèbre pour avoir mendié en faveur de la forêt de Dong Yai, dont les villageois coupaient les arbres. Ils acceptèrent pourtant d’en faire don, en faisant ainsi un monastère forestier. Phra Prachak célébra la consécration des arbres avec des chants bouddhistes et en attachant les robes couleur safran des moines autour des troncs. La forêt était devenue un palais sacré aux yeux des villageois. Depuis lors, les groupes de défense de l’environnement ont souvent eu recours à de telles cérémonies pour protéger les forêts. Phra Prachak a aussi organisé des marches dans la jungle profonde pour méditer et construire avec la nature une relation source de croissance personnelle et d’approfondissement du soin pour l’environnement.

La forêt de Dong Yai était cependant liée aux intérêts de la mafia locale, de policiers corrompus et d’avides fonctionnaires. Cible d’attaques, Phra Prachak fut arrêté et affronta de longues années de procès. Pourtant, le mouvement continue : des consécrations d’arbres ont lieu régulièrement, ainsi que des marches en forêt auxquelles participent aussi bien des tudong traditionnels thaï (moines forestiers errants) que des militants de l’écologie profonde.

Figures de bouddhistes engagés

Le Réseau international des bouddhistes engagés1 s’inspire de l’expérience de ses fondateurs, dont l’apport a été essentiel pour définir le cadre de l’engagement social et écologique du mouvement à ses débuts. Maha Ghosananda (1929-2007) fut considéré comme le « Gandhi du Cambodge ». Les bouddhistes pratiquants connaissent bien Pas à pas, son seul livre. Dans le chapitre « Le présent est la mère de l’avenir », il rappelle que l’élaboration d’un nouveau modèle nous contraint à nous centrer sur le présent, sur la manière dont nous pouvons changer nos sociétés afin de les rendre plus pacifiques, plus justes et en meilleure harmonie avec la nature. Buddhadasa Bhikkhu (1906-1993), peut-être le plus connu des moines bouddhistes du Siam, déclarait que, pour atteindre l’éveil, il fallait transformer son avidité en générosité, sa haine en amour bienveillant, l’illusion en sagesse et en réelle compréhension : apprendre à être moins égoïste et à respecter davantage les autres êtres doués de sensations.

L’influence de ces éminents sages bouddhistes intéresse au premier chef notre société moderne, fortement marquée par la consommation à outrance, la pollution, le changement climatique et les désordres sociaux. Leur apport a aussi une portée interreligieuse : pour Maha Ghosananda et Buddhadasa Bhikkhu, il ne fallait pas considérer la religion de nos amis comme inférieure à la nôtre. Chaque religion est unique, mais nous pouvons coexister en harmonie. Si nous savons traduire le langage profane en langage religieux, nous respecterons les écritures (la Bible ou le Coran) telles qu’elles sont, comme des guides pour devenir de meilleurs êtres humains et servir les autres plus que nous-mêmes. Lors de sa création voici plus de vingt ans, le Réseau international des bouddhistes engagés a offert aux kalyanamitra (amis spirituels) un espace de partage d’expériences et d’étude des questions contemporaines à partir d’enseignements bouddhistes. Récemment, des programmes collaboratifs ont rassemblé ses membres autour de questions d’intérêt commun, comme le changement climatique et les conflits interethniques.

À l’initiative du Réseau des bouddhistes engagés, naissait en 2012 le « Réseau interreligieux pour le climat et l’écologie ». Ce réseau pan-asiatique de diverses communautés spirituelles vise le partage d’expériences locales et l’acquisition d’une sagesse capable de construire une résilience et de promouvoir la guérison dans un monde où la lutte contre les inégalités et les vulnérabilités est rendue plus difficile par le changement climatique. De même, à l’initiative des bouddhistes japonais, des visites d’étude ont permis aux membres du Réseau des bouddhistes engagés d’entendre des témoignages de première main sur la catastrophe nucléaire de Fukushima.

« Comme l’abeille qui tire le miel de la fleur sans nuire à sa couleur ni à son parfum, ainsi le sage doit-il interagir avec son environnement. »

Face à l’émergence de violences entre bouddhistes et musulmans, en particulier au Myanmar et au Sri Lanka, plusieurs groupes internationaux, parmi lesquels le Mouvement international pour un monde juste (Just), ont organisé une série de débats sur les racines de ces conflits. En 2013, se réunissait en Malaisie le Forum international spécial bouddhistes et musulmans sur la paix et le développement durable, qui allait aboutir à la publication, en mars 2015, de la « Déclaration de Jogjakarta », qui s’inspire des valeurs partagées par nos écritures respectives et d’autres textes canoniques sur la vie en harmonie avec l’environnement. Voici quelques exemples tirés de la tradition bouddhiste : « Comme l’abeille qui tire le miel de la fleur sans nuire à sa couleur ni à son parfum, ainsi le sage doit-il interagir avec son environnement » (« Dhammapada » 49). « Un jour, un dieu demanda au Bouddha : ‘Quelle est, parmi ceux dont le mérite croît jour et nuit, le juste et le vertueux qui entrera au royaume de la félicité ?’ Et le Bouddha répondit : ‘Le mérite de ceux qui plantent des bosquets, des parcs, construisent des ponts, créent des étangs, des demeures, etc., croît jour et nuit et ces êtres religieux vont au ciel.’ » (« Vanaropa Sutta »).

Bonheur national brut

Fondé en 1995 en Thaïlande, le Mouvement d’éducation spirituelle (« Spirit in education movement ») est un « frère » du Réseau international des bouddhistes engagés. Il fait appel à la sagesse bouddhiste tout en accueillant d’autres influences. Par des programmes de sensibilisation, le mouvement engage des groupes de la société civile à travailler sur la question des besoins et sur les moyens de les satisfaire ensemble. Ces projets visent à bâtir la résilience des communautés face aux pressions de la mondialisation économique, de la consommation, de la pollution et du changement climatique. Des structures (comme Suan Nguen Mee Ma) soutiennent également l’entreprenariat social et l’investissement responsable. Suan Nguen Mee Ma a notamment lancé le « Thaï green market network » (« Réseau thaï des marchés verts ») qui rassemble des fermes biologiques familiales et des consommateurs soucieux de l’environnement.

Le concept à l’origine de l’indicateur du « bonheur national brut »2 (concept présenté lors d’une conférence internationale à Thimphu en février 2004) provient aussi de la sagesse bouddhiste : le développement durable doit adopter une approche holistique en accordant une importance égale aux aspects non économiques du bien-être. Le Réseau international des bouddhistes engagés, le Mouvement d’éducation spirituelle et Suan Nguen Mee Ma ont d’ailleurs rejoint le mouvement du bonheur national brut, structuré autour de la « School for Wellbeing Studies and Research ». En lien avec des experts tels que Joseph Stiglitz, Helena Norberg-Hodge ou Matthieu Ricard, ce think tank effectue des recherches sur la société du bien-être, le bonheur, les limites de la croissance et le développement durable. Sous l’inspiration de l’indienne Vandana Shiva, la School for Wellbeing Studies and Research a également lancé, avec ses partenaires de la région du Mékong, le programme « Vers une Asie biologique » dont la principale réalisation est la mise en route d’un réseau de jeunes agriculteurs biologiques.

Toute cette dynamique s’appuie sur l’interconnexion d’initiatives à petite échelle. Fondateur de la « Right Livelihood Foundation », Jakob von Uexküll a cependant entrepris de leur donner une audience mondiale. Il a ainsi lancé le World Future Council, qui réunit 50 personnalités du monde entier et constitue un groupe de pression en faveur des droits des générations futures en plaçant leurs intérêts au centre de l’élaboration politique.

Les consécrations d’arbres, le bonheur national brut, les réseaux verts et le réseau interreligieux pour le climat et l’écologie s’inspirent tous de la sagesse bouddhiste. L’interconnexion, le respect de tous les êtres, la reconnaissance et le travail pour remédier à la souffrance font partie de leur esprit et de leur efficacité. Offrir la vision d’un monde qui prend soin des aspects sociaux, écologiques, culturels et spirituels ainsi que de l’activité économique constitue une voie vers une planète plus harmonieuse et plus équilibrée.

Cet article a été traduit de l’anglais par Christian Boutin. Il reprend des passages d’articles de Sulak Sivaraksa (« Seeds of Peace », vol. 30, n° 1, janvier-avril 2014) et de Pracha Hutanuwatr et Jane Rasbash (« Wilderness & Spiritual Growth », 2001).



1 International network of engaged buddhists (Ineb). C’est l’une des principales organisations du Forum international des relations entre bouddhistes et musulmans.

2 Cf. Patrick Viveret, Hans et Wallapa van Willenswaard, « Bhoutan : c’est quand le bonheur ? », Revue Projet, n° 331 [NDLR].


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