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Dossier : Le numérique, une chance pour l’école ?

Pour un dialogue école et numérique : le festival Infilmementpetit

À travers le festival Infilmementpetit, collégiens et lycéens s’interrogent sur leurs usages numériques en devenant producteurs d’images. L’événement ouvre aussi un dialogue entre culture scolaire et culture numérique.

Infilmementpetit, créé en 2012 dans la lignée des festivals de films de poche et à l’initiative du Secrétariat général de l’enseignement catholique, est un concours annuel de photos, de vidéos et de détournements de jeux vidéo (machinima) destiné aux lycéens et aux collégiens (de 4e et de 3e).  L’événement, présenté comme un dispositif pédagogique et éducatif, réunit les producteurs de films (réalisés sur téléphone portable et caméras embarquées), des artistes et des professionnels lors d’une journée de rencontres et d’ateliers. Depuis sa création, le festival a accueilli plus de 300 productions élaborées par plus de 500 lycéens de toute la France. Certains établissements (le lycée La Merci de Montpellier, le collège Saint-Charles à Vienne, le lycée Saint-Étienne à Cahors) participent chaque année, d’autres ponctuellement. Tous les ans, une thématique est choisie en fonction de l’observation des usages actuels des réseaux sociaux et des jeux vidéo : « À partager », « À l’intérieur », « Pour quelques instants », « Sans intérêt »… L’appel à projet ouvre des espaces de pratiques créatives et suscite la mise à distance et la réflexion. Ce travail de fond, terrain d’observation des pratiques contemporaines de création, interroge les usages pédagogiques de l’école.

Questionner les images

Le téléphone portable est devenu un objet emblématique de la culture numérique : on en compte davantage sur la planète que d’êtres humains ! Une occasion sans précédent de disposer d’un appareil photo et d’une caméra dans toutes les poches. Et la démocratisation de la production d’images s’accentue avec l’arrivée d’autres caméras embarquées, dans les consoles de jeux, les ordinateurs, les drones. Les générations qui naissent avec ces outils produisent et utilisent un grand nombre d’images dans leurs interactions sociales. Au-delà de ces comportements, des emplois plus créatifs, plus inventifs, témoignent d’une appropriation de la caméra embarquée et d’un certain détournement de celle-ci. Face à des pratiques très marquées par l’instantané, le festival Infilmementpetit propose de prendre de la distance entre le « shoot » (la prise d’images) et le « share » (le partage immédiat sur le net) et d’aider à construire du sens en résistant à la dictature de l’immédiateté.

Chaque année, la qualité des productions interpelle l’équipe du festival : elle reflète une nouvelle grammaire de l’image, de nouveaux modes de narration visuelle, plus proches, par moments, de l’exploration plastique que de l’inscription dans un certain héritage cinématographique. On assiste au métissage des langages et des codes culturels lorsque les auteurs mêlent dans leur création techniques traditionnelles (celles de dessins à l’aquarelle par exemple) et procédures numériques de traitement de l’image. Les esquisses, le dessin, le découpage, la peinture trouvent parfois leur place dans des dispositifs d’images hérités du cinéma d’animation.

Y a-t-il un sens à notre consommation d’images quotidiennes ? Où sont les intentions, les choix, les engagements ? Durant la journée annuelle d’ateliers et de rencontres, on confronte les points de vue, on débat des images produites avant et pendant le festival. On aborde l’intergénérationnel quand adultes et lycéens travaillent ensemble sur un projet. On fait aussi dialoguer des cultures. Car la culture numérique est encore peu présente à l’école, bien que les lycéens en soient porteurs. Or elle questionne les modes d’apprentissage, les relations sociales et l’accès même aux savoirs, et doit pouvoir dialoguer avec la culture scolaire. À l’heure où l’école française a du mal à rejoindre tous les élèves, certaines pratiques créatives, sources de lien social et productrices de sens, gagneraient à pouvoir progresser (cf. dans ce dossier notre article sur les jeux vidéo). Sortir les arts et les pratiques artistiques au lycée de leur caractère optionnel pourrait permettre de développer des espaces d’expression et de création indispensables à la construction d’une personnalité.

Sortir du moule scolaire ?

En plus d’apporter à l’école une meilleure compréhension des élèves dont elle a la charge, cette initiative interroge les orientations professionnelles. La participation au festival illustre trois types de cheminement. Elle peut conforter un parcours artistique, en offrant un premier « passage à l’acte ». Elle peut servir de révélateur  en questionnant un parcours dépourvu jusque-là de visée artistique ou encore, en offrant des expériences marquantes, elle peut inviter à envisager d’autres voies professionnelles non artistiques.

Le festival est devenu un terrain de repérage pour ceux qui ne rentrent pas dans le moule de l’école et qui se révèlent lors des mises en situation de production.

Sur trois ans, la parole des lycéens montre à quel point le passage par la production d’images pleines de sens, le développement d’un monde et d’une vision du monde ont permis à certains de raccrocher dans leurs études. Le festival est devenu un terrain de repérage pour ceux qui ne rentrent pas dans le moule de l’école et qui se révèlent lors des mises en situation de production. Il contribue à ce que l’école puisse s’adresser à tous et prendre en compte les singularités.

Le jury d’Infilmementpetit, composé d’artistes et de professionnels de l’image1, souligne chaque année l’intérêt de convoquer une telle démarche à l’école. Il est souvent surpris par la place des écritures poétiques dans l’ensemble des films et des photos, par l’agilité de la créativité et la capacité à s’affranchir des standards et des références filmiques du moment.

La culture numérique et la culture de l’école ont encore bien des choses à se dire. Une expérience comme Infilmementpetit interroge la place des espaces de liberté et de créativité dans les lycées français, celle des pratiques artistiques dans le développement global de la personne et dans les enseignements généraux. L’école peut-elle croire dans les potentialités d’une culture qui la dépasse ? Quelle est sa part de responsabilité dans l’éducation aux écrans ? Si les nouvelles pratiques de production d’images réinventent des espaces sociaux, voire des espaces artistiques, pourquoi n’aideraient-elles pas à inventer d’autres pratiques pédagogiques ?



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1 Le jury vidéo est composé de Serge Tisseron, Benoît Labourdette, l’illustrateur Paco, et Florentine Grelier. Le jury photo est composé des photographes Camille Millerand et Pierre-Yves Brest.


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