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Mooc : quel rôle pour le prof ?

Dominique Boullier
Chercheur

Par-delà l’effet de mode, les « Mooc », ces cours en ligne, annoncent une industrialisation de la formation et une exacerbation de la concurrence. Si la menace est grande pour les enseignants, l’opportunité ne l’est pas moins : il s’agit pour eux de redéfinir et de réaffirmer leur rôle dans la relation aux étudiants. Par delà l'eff...

Classes inversées : fossilisation des pratiques ou innovation à l’ère numérique ?

Marcel Lebrun
Acteur de terrain

Classes inversées flipped classrooms L'appellation d'abord en anglais plus tard en français apparaît vers 2007 quand deux enseignants de chimie1 Jonathan Bergmann et Aaron Sams dans l'équivalent de notre secondaire aux États Unis découvrent le potentiel pédagogique de vidéos PowerPoint commentés screencasts2 Il s'agissait pour eux de moti...

Quand éduquer devient une industrie

Pierre Moeglin
Chercheur

Plan après plan, le numérique à l’école commet les mêmes erreurs. Malgré tous les avertissements. En toile de fond, une tentative d’OPA de l’approche productiviste en éducation aux dépens de l’approche culturelle. Derrière la difficile quête d’un successeur au bon vieux manuel scolaire, ce sont bien les fondamentaux de l’écol...

Éduquer à l’écran, éduquer par l’écran

Françoise Maine
Chercheur

Quand 90 % des enfants jouent sur console, ordi, tablette ou portable, il revient à l’école d’apprendre à s’interroger sur ce que cachent les écrans. D’autant que la conception des jeux est tout sauf neutre. Mais l’usage et la création de vidéos peuvent aussi devenir les alliés de celles et ceux qui veulent (re)motiver leurs élèv...

Pour un dialogue école et numérique : le festival Infilmementpetit

Françoise Maine
Acteur de terrain

À travers le festival Infilmementpetit, collégiens et lycéens s’interrogent sur leurs usages numériques en devenant producteurs d’images. L’événement ouvre aussi un dialogue entre culture scolaire et culture numérique. À travers le festival Infilmementpetit collégiens et lycéens s'interrogent sur leurs usages numériques en devenant...

La classe inversée : prendre en compte les spécificités de chacun

Pascal Bihouée
Acteur de terrain

Après avoir enseigné la programmation informatique à l'université j'ai eu l'occasion d'intervenir dans le secondaire lycée et collège Et j'ai rapidement préféré les activités avec les collégiens au cours magistral devant un amphithéâtre d'étudiants Mes compétences en code informatique m'ont naturellement orienté vers une réflexion...

Numérique à l’école : enthousiasme et lucidité

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Creuset théorique de la mobilité sociale l'école laisse partir chaque année 140 000 jeunes sans diplôme Parmi eux sont surreprésentés les enfants d'ouvriers ceux issus de familles nombreuses ou ceux dont les parents sont séparés Les rouages de l'ascenseur social sont grippés Dans ce contexte l'apparition du numérique est elle une chance...

Miser sur l’intelligence collective des élèves

Murielle Szac
Acteur de terrain

En haut c'est la nuit et en bas c'est le jour Alexia se lève et montre au tableau numérique interactif grâce au stylo pointeur les zones qu'elle a identifiées sur le tableau de Van Gogh L'église d'Auvers sur Oise Mohammed la rejoint Il zoome sur un détail pour montrer que dans tous ses tableaux ce peintre fait plein de traits partout Valenti...

Quand les tablettes numériques s’invitent à l’internat

Valéry Auchère
Droit de cité

Les élèves de 3e du lycée professionnel Victorine Magne à Lisieux Calvados avaient un devoir à faire sur la Première Guerre mondiale1 Leur éducateur Franck Leblond responsable au lycée du projet tablettes numériques eut l'idée de leur montrer l'émission C'est pas sorcier Après l'avoir vue sur leur tablette tout était clair et beaucoup...

Internet contre l’échec scolaire ?

Sandra Enlart
Chercheur

Non, le numérique ne sortira pas les décrocheurs de l’échec par enchantement. Pour mettre à profit un savoir éclaté, encore faut-il lui donner un sens. Accompagnement, pédagogie adaptée, reconnaissance des apprentissages… Internet ne fournira une deuxième chance aux recalés de l’école qu’à certaines conditions. Non le numérique...

Contre la « fracture numérique », pas de coup de tablette magique !

Pascal Plantard
Chercheur

Face aux enjeux du numérique pour l’école, les pouvoirs publics répondent par de grands plans d’équipements. Ils font fausse route, ignorant que les vraies inégalités résident dans les usages et que les meilleures réponses sont territoriales. Face aux enjeux du numérique pour l'école les pouvoirs publics répondent par de grands plans...

Devenir des pros au lycée

Anne-Claire Barbet-Massin
Acteur de terrain

Maxime s'installe devant son ordinateur ouvre sa session puis sa messagerie Il est gestionnaire des achats dans l'entreprise Hortus Lyon Son chef de service lui a envoyé ce matin des emails lui demandant de créer sur le progiciel de gestion intégré Open ERP une commande de trois palmiers et deux hortensias destinée au fournisseur Touvert Un a...

La pensée du numérique

Denis Thouard
Chercheur

Lire, corriger, expliquer, juger. Ces quatre piliers de l’enseignement induisent tout le reste. La technique numérique ne saurait s’y substituer. Elle suppose, en amont, d’avoir appris à réfléchir et à raisonner dans la temporalité. Sauf à renoncer à promouvoir la capacité de penser en chacun. Lire corriger expliquer juger Ces quatre...

Un modèle scolaire à réinventer

Bruno Devauchelle
Acteur de terrain

Venant perturber l’enseignant dans son espace (la classe), contester le monopole de l’école dans la transmission des savoirs, interroger les pédagogies traditionnelles, le numérique est souvent vécu comme une agression dans le monde scolaire. À ne pas s’adapter à cette transformation de la société, l’école laisserait le champ libre...

Numérique : « On a encore plus besoin du professeur »

Michel Serres
Question de sens

Entretien - Le philosophe Michel Serres voit dans le numérique une révolution comparable à l’apparition de l’écriture et de l’imprimerie. Un séisme dans la relation entre les êtres, le rapport à la connaissance, à l’espace et au temps, qui ébranle nos institutions (dont l’école) et invalide leur schéma pyramidal. Les réponses ...

Dossier : Le numérique, une chance pour l’école ?

Miser sur l’intelligence collective des élèves


« En haut, c’est la nuit et en bas, c’est le jour ». Alexia se lève et montre au tableau numérique interactif, grâce au stylo pointeur, les zones qu’elle a identifiées sur le tableau de Van Gogh L’église d’Auvers-sur-Oise. Mohammed la rejoint. Il zoome sur un détail pour montrer que « dans tous ses tableaux, ce peintre fait plein de traits partout ». Valentin intervient : « Moi, je dirais que c’est une cathédrale un peu bizarre. » Inès complète : « Si, une église, elle était comme ça en vrai, je ne suis pas sûre qu’elle tiendrait debout… » Nous sommes en CM2, dans la classe de Stéphane Coutellier-Morhange1. L’enseignant affiche alors une photo de l’église d’Auvers-sur-Oise, à côté du tableau. De rebondissements en rebondissements, d’interpellations du maître en observations des enfants, la séance se déroule jusqu’à ce que les élèves aient eux-mêmes découvert et expliqué la lumière, le rapport au réel et le style de Van Gogh. Il n’y a plus qu’à élaborer la trace écrite2 : ils ont trouvé tout seuls. Pour finir, on sort papier et crayons de couleurs. Place à la mise en œuvre personnelle de ce que l’on a compris des méthodes du peintre à l’oreille coupée. Au lieu d’ingérer des informations pensées par un autre, chaque élève réinvestit ce que tous ont découvert ensemble. L’expression plastique, dans ce cas, se révèle formidablement inventive. Gageons que ces élèves n’oublieront pas de si tôt les techniques picturales de Van Gogh !

Magique le tableau numérique interactif ? Sûrement pas ! Le même outil pourrait aussi bien servir de super « clickodrome », où l’on envoie les élèves, en « donneurs de réponses », presser des boutons et cocher des cases. Le même outil pourrait encore être utilisé pour dépoussiérer un peu le cours magistral, avec un enseignant qui ferait un show en solo, se contentant de distribuer des contenus sous une forme plus moderne. Ce n’est donc pas l’outil qui explique cette mise en œuvre bluffante, mais bien un usage pédagogique qui profite des possibilités qu’il offre pour engager une pédagogie active de co-construction des savoirs. Comment impliquer tous les élèves dans le cours ? Il suffit de les mettre en action, en posture de recherche, d’enquête… Ne pas leur donner seulement à voir, mais à réfléchir et à faire. Asséner des informations sur Van Gogh n’est guère efficace. Mais si ces connaissances permettent de répondre aux questions et aux observations des élèves devant un tableau, c’est gagné. L’enfant devient acteur de son apprentissage.

L’usage des outils numériques, dans cette démarche collective, est un véritable moyen de lutte contre l’échec scolaire.

Motivation, implication, co-construction : voilà quelques-unes des nombreuses raisons qui nous ont fait choisir de produire des ressources numériques éducatives pour l’école primaire en adoptant une telle démarche. Mais il en est une autre, tout aussi fondamentale : l’usage des outils numériques, dans cette démarche collective, est un véritable moyen de lutte contre l’échec scolaire. Cet appel à la déduction, à l’analyse et au ressenti personnel embarque dans le même mouvement les élèves en réussite et les élèves en difficulté scolaire : ils cherchent ensemble, rebondissent sur ce que dit chacun. Comme il n’y a pas, dans ce cas, de bonne ou de mauvaise réponse, comme le tableau permet à l’erreur d’avoir sa place, les plus décrocheurs s’accrochent ! Un élève se trompe au tableau numérique ? Un autre demande aussitôt la permission de l’aider à rectifier son erreur. Cela, je l’ai vu non pas une fois, mais des dizaines de fois, avec un naturel et une évidence dont on rêve dans toutes les classes. Un clic sur la flèche retour en arrière et l’erreur est effacée. Ou d’un simple glisser-déposer rectificateur, les images sont déplacées, reclassées au bon endroit. Cela n’empêche évidemment pas les phases d’évaluation individuelle, mais ici on n’évalue pas avant d’enseigner. On fait confiance à l’intelligence collective et à la curiosité naturelle des enfants pour se poser les bonnes questions et se mettre en appétit de savoir face à un document, plutôt que de l’utiliser pour valider des connaissances. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif… Nos choix pédagogiques permettent d’attiser la soif !

Séance sur « le travail des enfants dans le monde ouvrier du XIXe siècle », en cycle 3 (CM1, CM2 et 6e). Comme toujours, on part du questionnement de documents. Une photo d’enfants mineurs au visage noirci de charbon est projetée et commentée. Un élève dit : « Ils ont l’air triste ces enfants. » Un autre intervient : « C’est comme dans le poème qu’on a lu, maître… » Aussitôt, l’enseignant adapte le déroulé de sa séance et en un clic surgit le poème de Victor Hugo « Melancholia », qui débute par l’alexandrin : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? » Ainsi, quand une hypothèse surgit dans la classe, lors du questionnement d’un document, d’une interrogation ou d’un renvoi à des éléments déjà vus en classe, l’enseignant peut aussitôt afficher un autre document, immédiatement disponible grâce à l’outil. Cela permet de moduler le cours en fonction des besoins et de l’avancée du groupe-classe. Toutes nos ressources numériques ont été construites dans ce but : permettre à l’enseignant de pouvoir toujours adapter ses exemples à ce qui se dit dans la classe, introduire au fil du déroulement des comparaisons de documents, des retours en arrière ou des passerelles vers des documents qui n’étaient pas nécessairement prévus à cet endroit-là. Cela favorise aussi une transdisciplinarité, non pas forcée, mais naturelle : glissement de l’histoire du monde ouvrier au français avec l’étude d’un poème et, pourquoi pas, aux mathématiques, lorsque la lecture d’un document d’époque d’un médecin décrivant les conditions de vie, le niveau des salaires et le coût de la vie permet de calculer le budget d’une famille ouvrière en 1840… et de découvrir avec stupéfaction que le salaire de l’enfant couvre à peine ce qu’il mange !

Quand une classe a pris le pli de cette manière d’apprendre, il n’est pas rare que l’enseignant se tienne presqu’en retrait par moments, en fond de classe, et que les élèves fassent progresser seuls le cours en s’appuyant les uns sur les autres. Un rêve à la portée de tous les enseignants qui n’ont pas renoncé à miser sur l’intelligence collective de leurs élèves.



1 Stéphane Coutellier-Morhange, maître-formateur, directeur de collection numérique de Bayard éducation, a notamment dirigé la création de ressources en histoire, histoire des arts, culture humaniste, littérature…

2 La « trace écrite » est la mise à l’écrit d’un savoir élaboré en classe [NDLR].


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1 réactions pour « Miser sur l’intelligence collective des élèves »

Natacha Hermelin
30 March 2015

Je vous remercie pour cette initiative et cet enthousiasme pour les outils numériques. Désolée, je n'arrive pas à y croire.

" Quand une classe a pris le pli de cette manière d’apprendre, il n’est pas rare que l’enseignant se tienne presqu’en retrait par moments, en fond de classe, et que les élèves fassent progresser seuls le cours "
Certes, tant mieux pour lui, mais n'est-ce pas le cours qui doit faire progresser les élèves et non l'inverse ? Que vont-ils lui apprendre ?

" Un clic sur la flèche retour en arrière et l’erreur est effacée "

N'est-ce pas l'ignorance à la source, qui devrait être " effacée " et non la trace fugace et sans importance de l'erreur ?

Ce ne sont pas là que des jeux de mots. Ils ont leur sens. Le sens de savoir qui mène qui et où, qui mène la barque et vers où. Certes on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif, mais si on se sert de cela pour ne pas construire de puits, les ânes assoiffés vous quitteront pour aller boire ailleurs, vers d'autres horizons...

Malgré l'annonce, je vois toujours dans tout cela un clickodrome pour privilégiés (ces ressources en informatique avouent sur le long terme leurs coûts d'entretien exorbitants, sans parler des contenus commerciaux...), et que faites-vous de ceux à qui le numérique en groupe n'a pas appris à lire parce qu'on ne peut plus les contraindre à rien tant qu'ils n'ont pas soif ? Mais soif de quoi, d'ailleurs ?

Usage repoussant toujours, évitant une vraie co-construction dans la transmission, laquelle demande, de la part de l'apprenant un affrontement avec la concentration et l'effort, individuels justement.

Demande aussi le courage d'affronter ses propres définitions, d'assumer ses catégorisations, de les soumettre à la remise en question.

Tout cela, qui me semble l'essentiel, se fait avec un papier-crayon à deux euros, du temps et des gens. Il sera toujours temps d'envoyer les éventuels impétrants chercher en bibliothèque des détails sur la condition des enfants en milieu ouvrier etc.

Désolée d'espérer trouver encore dans la trace écrite les propositions , si possible nouvelles, d'un individu, plus que le consensus d'un groupe parvenu à repérer des " passerelles" dans les documents papier numérisés... produits par des individus dans le passé.

Certes, ces individus ont souffert. Finalement, c'est peut être le " sens " (la direction) de tout cela. Moins souffrir individuellement. Admettons. Ce serait un bien, en effet.

Sincèrement, j'espère de tout cœur que l'avenir vous donnera raison, puisque nous y allons. :) Et bon courage pour vos actions de terrain.

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