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De Saint-Ambroise à Saint-Bernard

Yves de Mallmann
Acteur de terrain

Resumé Comment l'Eglise de Paris a vécu l'occupation des lieux de culte. Resumé Comment l'Eglise de Paris a vécu l'occupation des lieux de culte Le 23 août 1996 à 7h30 du matin les forces de l'ordre en grand nombre prennent d'assaut l'église Saint Bernard de la Chapelle dans le 18e arrondissement de Paris A coups de hache les portes sont for...

La ville et les cultes, paroles d'élus

Bernard Birsinger et Guy Malandain
Responsable politique

Resumé Des maires de banlieue confrontés aux expressions de dérives identitaires. Ce texte reprend l’intervention de Bernard Birsinger et Guy Malandain lors d’une table ronde. Resumé Des maires de banlieue confrontés aux expressions de dérives identitaires Ce texte reprend l'intervention de Bernard Birsinger et Guy Malandain lors d'une ta...

Dix ans après, la gacaca rwandaise

Benoît Guillou
Acteur de terrain

Resumé Une tentative pour convoquer les mémoires. La procédure de l’aveu et ses ambiguïtés. Resumé Une tentative pour convoquer les mémoires La procédure de l'aveu et ses ambiguïtés Au Rwanda la gacaca est une pratique traditionnelle pour résoudre des conflits En cas d'infraction aux normes sociales ou de conflit litige foncier dommage...

La spiritualité politique, Michel Foucault et l'Iran

Philippe Chevallier
Chercheur

Resumé Quand Foucault réfléchit aux rapports du spirituel et du politique : alliance ou, plus fondamentalement, rupture ? Resumé Quand Foucault réfléchit aux rapports du spirituel et du politique alliance ou plus fondamentalement rupture Michel Foucault se rend à deux reprises en Iran en septembre et novembre 1978 comme reporter pour le Co...

Contribution du dialogue inter religieux à la paix

Geneviève Comeau
Question de sens

Resumé Le dialogue inter religieux ne saurait être simplement du "politiquement correct". Resumé Le dialogue inter religieux ne saurait être simplement du politiquement correct Une caractéristique du dialogue inter religieux est de chercher à dépasser les antagonismes et les conflits Apprendre à connaître l'autre c'est faire tomber peu à ...

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

André Wénin
Question de sens

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Resumé Faut il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible Regardons...

Alliance ou rupture

Alain Thomasset
L'équipe de rédaction

Religions et politique entretiennent des rapports ambivalents D'un côté les religions servent de support identitaire et de réservoir de sens souvent inspirants pour le politique D'un autre côté elles sont aussi des facteurs de résistance face aux pouvoirs oppressifs ou totalitaires Elles contribuent par leur message et leur pratique à déma...

Le pardon en politique

Paul Valadier
Question de sens

Resumé Quand le pardon s'affiche sur la scène politique. Les risques de l'institutionnaliser et de le banaliser. Resumé Quand le pardon s'affiche sur la scène politique Les risques de l'institutionnaliser et de le banaliser Le pardon s'affiche sur la scène politique On s'étonne par exemple qu'à propos du génocide de 1994 au Rwanda la France...

Violence dans la Bible, une lecture juive

Philippe Haddad
Vu d'ailleurs

Resumé L'utopie de la paix, quelles que soient les catastrophes et les désespérances traversées, est au coeur de la Bible. Resumé L'utopie de la paix quelles que soient les catastrophes et les désespérances traversées est au coeur de la Bible La Bible présente tout au long de ses récits des discours et des images de violence depuis le meu...

Islam, paix et violence

Mohamed-Chérif Ferjani
Chercheur

Parler d’une loi islamique, d’origine divine, est une mystification. Une lecture historique appelle à distinguer ce qui relève des croyances fondamentales et ce qui relève de l’histoire et des enjeux socio-politiques. Parler d'une loi islamique d'origine divine est une mystification Une lecture historique appelle à distinguer ce qui relè...

Emeutes ethno-religieuses en Inde

Cyril Robin
Chercheur

Resumé L'émeute entre hindous et musulmans représente un instrument du combat politique des nationalistes. Resumé L'émeute entre hindous et musulmans représente un instrument du combat politique des nationalistes Bien que les violences entre communautés religieuses entre hindous et musulmans notamment soient un phénomène ancien en Inde l'a...

Religion et conflits

Joseph Maïla
Chercheur

Resumé Quand la religion est phagocytée par la menace et la peur, elle ne peut plus se mettre à distance de la violence souveraine. Resumé Quand la religion est phagocytée par la menace et la peur elle ne peut plus se mettre à distance de la violence souveraine Existe t il des conflits à proprement parler religieux A priori on serait tenté ...

Les Eglises et le conflit nord-irlandais

Elise Féron
Chercheur

Resumé Le conflit irlandais porte d'abord sur les droits civiques. Mais les Eglises sont de puissants marqueurs sociaux. Resumé Le conflit irlandais porte d'abord sur les droits civiques Mais les Eglises sont de puissants marqueurs sociaux L'Etat nord irlandais résulte de la partition de l'Irlande en 1920 à la suite de la guerre d'indépendance...

Identités, religions et politique

Edouard Herr
Chercheur

Resumé La culture et la religion comme réponses à un défi vital. Resumé La culture et la religion comme réponses à un défi vital Pour le meilleur ou pour le pire l'actualité mais aussi l'opinion courante voire certains théoriciens nous imposent de réfléchir au rapport entre religion et violence dans le cadre de la question des identité...

Violences et religions en France, à la fin du XVIe siècle

Philippe Lécrivain
Chercheur

Resumé Les deux moments des troubles du XVIème siècle: d'un désir d'une société sainte à l'instauration d'une monarchie absolue. Resumé Les deux moments des troubles du XVIème siècle d'un désir d'une société sainte à l'instauration d'une monarchie absolue Après avoir visionné La passion du Christ de Mel Gibson une journaliste rejeta...

Religions et violence (introduction)

Pierre Martinot-Lagarde
L'équipe de rédaction

Choc des civilisations ou choc des religions Autour du monde bien des événements récents ont mis la question religieuse au premier plan Malgré les tentatives pour en nuancer les interprétations le rôle de la religion et le mystère d'un rapport au divin apparaissent ambivalents voire comme une menace Mais ce n'est qu'un aspect d'une lancinan...

Croyance en l'absolu, violence entre les hommes

Luc Pareydt
Chercheur

Resumé Qu’est-ce que croire en un Absolu ? La violence d’une soumission ? Ou l’engagement d’une responsabilité ? Resumé Qu'est ce que croire en un Absolu La violence d'une soumission Ou l'engagement d'une responsabilité La croyance en l'Absolu les croyances religieuses la croyance en Dieu produisent elles nécessairement de la violen...

Dossier : Religions et violence
©Lawrie Cate/Flickr/CC
©Lawrie Cate/Flickr/CC

Violence dans la Bible, une lecture juive


Resumé L'utopie de la paix, quelles que soient les catastrophes et les désespérances traversées, est au coeur de la Bible.

La Bible présente, tout au long de ses récits, des discours et des images de violence depuis le meurtre d’Abel par son frère Caïn, jusqu’à la destruction de Jérusalem et des ses habitants par les troupes assyro-babyloniennes. Moïse tue un garde chiourme égyptien qui fouettait un Hébreu dans cet univers concentrationnaire où l’homme est réduit à l’état d’esclave ; Josué organise la conquête du pays de Canaan en supprimant des populations entières ; David tue des myriades de Philistins. Les Psaumes eux-mêmes citent la guerre, en faisant appel au Dieu universel, Père de l’humanité, pour détruire les méchants, dans des actions souvent militaires.

Jusqu’aux femmes qui participent, de près ou de loin, à des tueries, pour défendre leur clan, leur peuple ou leur pouvoir : Déborah (sorte de Jeanne d’Arc biblique), Yaël, Esther, Athalie ou Judith, pour ne citer que les plus célèbres. Nous sommes loin de l’angélisme béat de la « Sainte Bible ». Ce n’est pas tout. Dieu, en personne, se présente sous les traits

d’un « homme de guerre », détruisant un monde corrompu par les eaux du déluge ou demandant la mise à mort d’un profanateur du repos sabbatique. Le prophète Nahum (le mot signifie Consolateur) parle au nom du « Dieu vengeur », que nous retrouverons sous la plume de Racine, mais surtout dans la théologie de l’Eglise chrétienne, pour l’opposer au Dieu d’amour, de la nouvelle Alliance.

Sur ce dernier point, il nous paraît honnête de faire, malgré tout, deux remarques afin de relativiser le propos. Tout d’abord, si le Dieu biblique présente des visages de colère, Il n’en reste pas moins un Dieu miséricordieux, une figure « maternelle », qui aime ses créatures. Ensuite, la Bible est une épopée, elle relate la vie de divers personnages sur une période de deux mille ans, alors que les Evangiles se focalisent sur la vie de Jésus. Si l’on s’attache, dans le Pentateuque (la Torah), à la vie d’Isaac, nous le présenterions sans difficulté comme un non-violent avant l’heure, respectueux de son prochain et de Dieu, un véritable homme de paix.

La paix comme espérance

Mais nous voudrions montrer surtout que le récit biblique, malgré sa violence, malgré ses meurtres et ses jeux de passions humaines, peut être lu comme un récit évolutif, de la haine à l’amour, de la guerre à la paix, du fratricide à la fraternité.

On connaît la thèse du parricide originel dans Totem et tabou de Freud, la Torah (comme le mythe de la création de Rome) inaugure l’Histoire par l’assassinat du frère : Caïn tue Abel. Une remarque linguistique mérite l’attention. « Frère » en hébreu se dit Akh, qui signifie aussi « coudre ». La fraternité construit un tissu social. En français, lors d’un conflit, ne parle-t-on pas d’en découdre avec quelqu’un ?

A l’origine est la violence. La Bible annonce d’entrée que le rapport premier et naturel de l’homme à son prochain est un rapport de force, de pouvoir, de domination, de violence. La Révélation de la Loi, en premier chef les Commandements (les Dix Paroles), a pour fonction de limiter cet instinct de domination, cette volonté de plus de puissance qu’évoque Nietzsche. La finalité de Bible, parce que nous sommes dans un monothéisme absolu, c’est-à-dire que Dieu demeure le Père de l’humanité tout entière, reste la paix entre les hommes et les peuples. A aucun moment, les prophètes, notamment Isaïe, ne parlent d’une judaïsation de l’humanité. Les nations se reconnaîtront, à la fin des temps, créées par Dieu. Elles se rassembleront à Jérusalem, capitale de Dieu sur terre, et l’économie militaire (les épées) sera transformée en économie d’échange (les socs de charrue.)

Nous avons à faire à une utopie. Et cette utopie doit rester à l’esprit du lecteur, quelles que soient les catastrophes et les désespérances du moment. Cette fin là justifie de ne jamais désespérer. Car l’utopie ne ressemble pas à un vœu pieux : il ne s’agit pas de se croiser les bras et d’attendre la manne du ciel. Depuis la Shoah et Hiroshima, depuis tant de folies humaines, nous savons que nous ne devons compter que sur notre bonne volonté. Nous savons aujourd’hui que nous sommes barbares. Mais l’utopie est un projet de vie, et l’on peut affirmer que les grands révolutionnaires, les grands penseurs, les grands intellectuels ont été animés par cette flamme.

De la violence à la parole

Pour illustrer cette lecture, le passage de la violence à la non-violence, citons Moïse et Elie. Voici deux prophètes au tempérament impétueux qui utilisent la force, qui en appellent au meurtre, voire au massacre, pour défendre le monothéisme. Car l’ennemi juré de l’Hébreu est bien l’idolâtre, le païen qui, par sa conduite religieuse (sacrifice des enfants, prostitution sacrée), s’oppose aux principes de la Révélation.

Moïse apparaît en justicier. Obligé de s’enfuir d’Egypte, il rencontre Dieu dans le désert du mont Sinaï (nommé ici Horeb, c’est-à-dire la colline du Glaive.) Lors de sa première prophétie, il se présente à Dieu comme un homme à « la bouche lourde et à la langue lourde ». Moïse ne sait pas parler. La source de la violence provient de cette incapacité à dire la douleur, à dire le manque. Toute la traversée du désert pour Moïse consiste à élaborer un discours de libération, de sa libération. Lui qui, au début, se présente en infirme du langage, laissera en conclusion de la Torah, le livre des Devarim, littéralement « Les Paroles ». L’homme du Glaive offre, à la fin de sa vie, un long « sermon sur la montagne ».

Elie est connu pour un thaumaturge, il réalise des miracles pour aider la veuve et l’orphelin. A côté de cet aspect merveilleux, il se présente comme un zélé de l’Eternel. Seul rescapé du massacre des prophètes hébreux, il défie le roi Achab, et surtout les prêtres du dieu Baal, la divinité que la reine Jézabel avait introduite dans la société d’Israël. Devant le peuple réuni au mont Carmel, il lance son invective : « Jusqu’à quand sauterez-vous sur deux pieds ? Si L’Eternel est Dieu, suivez-le, si c’est Baal, suivez-le ».

Les conditions du duel sont posées : les prêtres du Baal doivent prier les premiers, pour faire descendre le feu du ciel sur leurs sacrifices. Leurs prières resteront sans effet. A la supplique d’Elie, des flammes célestes consument les agneaux. Le peuple reconnaît son égarement. Profitant de ce moment, le prophète ordonne que les prêtres païens soient exécutés. La terre boira le sang de ces « infidèles », après avoir bu le sang des prophètes de l’Eternel. Pourtant, le repentir du peuple ne durera qu’un temps. Elie, dépité, s’en ira à nouveau au mont Horeb, à l’instar de son ancêtre Moïse.

Réclamant la mort, il recevra une bien curieuse réponse. « Il y eut un grondement, mais Dieu n’était pas dans le grondement, il y eut des éclairs, mais Dieu n’était pas dans les éclairs, puis il y eut la voix d’un doux silence ». Cette « voix du doux silence » représente le passage de la violence à la non-violence, elle annonce le verset de Zacharie : « Ni par la force, ni par l’armée, mais par mon souffle annonce l’Eternel ».

Dans le christianisme, la transfiguration de Jésus se fait entre Moïse et Elie. A l’aune de notre propos, l’image prend une tournure amplifiée : Jésus s’identifie à la paix, à la violence dépassée, dans la lumière de Dieu.

Le XXIe siècle connaît encore la violence au nom de Dieu. Aucune religion n’est à l’abri du fanatisme, car le religieux est source de passions. La grandeur d’une religion se mesurera donc à sa capacité d’évacuer sa haine de l’autre, de relativiser ses vérités et ses dogmes, pour produire du sens pour l’humain.

L’une des voies royales de cette élévation morale reste, sans conteste, le dialogue inter religieux. A considérer la tournure des événements, le XXIe siècle sera inter religieux ou ne sera pas !


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