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L’école de production ou la confiance retrouvée

Jérôme Gué
Acteur de terrain

À côté des dispositifs de « rattrapage » scolaire de l’Éducation nationale (comme la réussite éducative), les « écoles de production » (comme les Maisons familiales rurales ou d’autres institutions) proposent une autre réponse, qui permet aux jeunes de se construire. À côté des dispositifs de rattrapage scolaire de l'Éducation n...

« Partir du désir de la personne »

Bernard Moulin, Delphine Rivier et Luc Roussel
Acteur de terrain

Table ronde – Trois intervenants du secteur social débattent des évolutions de leur métier et de leurs missions. Malgré des normes de plus en plus prégnantes, des marges de liberté existent et restent parfois insuffisamment exploitées. Table ronde Trois intervenants du secteur social débattent des évolutions de leur métier et de leurs m...

Aider ou faire cause commune ?

Jean-Luc Graven
Acteur de terrain

Dans des quartiers populaires de l’agglomération grenobloise, le Secours Catholique a lancé en 2001 le projet « Cause commune ». Les personnes en précarité, au centre de la démarche, donnent la pleine mesure de leurs capacités et contribuent ainsi à une transformation sociale. La re...

Quand l’individu s’émancipe grâce aux autres

Fabienne Brugère
Question de sens

Une société d’individus est-elle incompatible avec une société où l’on prend soin d’autrui ? Au contraire ! Pour la philosophe F. Brugère, ces deux tendances se fondent désormais : le travail social consiste alors à permettre aux individus de reconquérir leur puissance d’agir. Une société d'individus est elle incompatible avec un...

Social : dépasser la logique comptable

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Le coût du social suscite un vif débat en France Parce qu'il pèse un tiers du produit intérieur brut il fait l'objet d'une critique récurrente des organisations patronales de Bruxelles d'une partie de la classe politique Il y a notamment deux postes qui pèsent sur le travail de manière absurde la famille et la maladie selon Pierre Gattaz pr...

Québec : les « assistés » font front commun

Nicole Jetté
Acteur de terrain

Le changement est possible le monde n'est pas Il est en train d'être est en devenir permanent1 Cette certitude a germé au travers de multiples expériences de dialogue au long d'un parcours avec les personnes assistées sociales Je me situe dans le mouvement de la conscientisation développé par Paulo Freire dans sa façon de concevoir l'alphab...

Pouvoir d’agir

José Dhers
Acteur de terrain

Entretien - Pour José Dhers, membre du collectif d’animation Pouvoir d’agir, la participation est l’essence même du vivre ensemble. Différentes initiatives portent déjà des fruits. Reste à relier plus intimement les politiques publiques d’action sociale et les expériences locales d’« empowerment ». Entretien Pour José Dhers memb...

L’action associative face aux défis de la solidarité

Dominique Balmary
Acteur de terrain

Les Français se méfient de plus en plus de la solidarité instituée par la puissance publique. La privatisation du secteur social n’a en effet rien de rassurant. L’occasion, pour les associations, de réaffirmer leur mission de faiseur de liens et de porteur de projet pour la société. Les Français se méfient de plus en plus de la solidar...

Le travail social sur la sellette

Michel Chauvière
Chercheur

Le travail social a subi de profondes mutations en France ces dernières décennies. Sous couvert de modernisation, un modèle résolument libéral se met en place, selon le sociologue M. Chauvière. Au point d’amorcer la fin du social comme travail ? Le travail social a subi de profondes mutations en France ces dernières décennies Sous couvert...

Pourquoi le non-recours ?

Philippe Warin
Chercheur

Nombre de citoyens ne bénéficient pas des prestations sociales (RSA, cotisations familiales) auxquelles ils ont droit. Un phénomène aux lourdes conséquences sociales. Si le ciblage des prestations et la complexité des dispositifs sont pointés du doigt, c’est parfois le bien-fondé d’une politique que les ayants droit remettent en cause e...

Protection sociale : au-delà du coût

Denis Clerc
Chercheur

Avec l’explosion du chômage, la protection sociale à la française, fondée sur le travail, a pris l’eau de toutes parts. Mais la multiplication des rustines a abouti à un système illisible, coûteux, peu efficace. Denis Clerc prône un système simplifié, axé sur la prévention, pour assurer l’égalité des conditions et la cohésion s...

« Dans la charité, je vois une soumission »

Fous d’art solidaires et Magdala (association)
Droit de cité

Qu’est-ce que la solidarité ? En quoi est-elle différente de la charité ? Des membres de l’association Magdala et du groupe « Fous d’art solidaires » (Secours catholique de Créteil), qui ont l’expérience de la précarité, nous livrent ici leurs réflexions croisées et nous proposent des pistes pour ré-enchanter la fraternité. Qu'...

Pour qui comptent-ils ?

Jean-François Serres
Acteur de terrain

Sans relations, difficile d’être soi. Alors que l’isolement devient un nouveau risque social, retisser des liens apparaît comme une nécessité et un préalable à l’efficacité de l’intervention sociale. Sans relations difficile d'être soi Alors que l'isolement devient un nouveau risque social retisser des liens apparaît comme une néc...

Dossier : Social : réparer ou reconstruire ?
© Aurore Chaillou/Revue Projet
© Aurore Chaillou/Revue Projet

Social : dépasser la logique comptable


Le coût du « social » suscite un vif débat en France. Parce qu’il pèse un tiers du produit intérieur brut, il fait l’objet d’une critique récurrente des organisations patronales, de Bruxelles, d’une partie de la classe politique. « Il y a notamment deux postes qui pèsent sur le travail de manière absurde : la famille et la maladie », selon Pierre Gattaz, président du Medef (Le Monde, 04/01/2014). Progressivement, la protection sociale (financée surtout par les cotisations) et, plus largement, l’action sociale (financée par l’impôt) ne sont plus abordées qu’à travers le seul prisme comptable.

Bien que 70 % des professionnels du secteur soient employés par des associations, la logique de marché (censément plus économe) s’est imposée. Adieu les subventions, bienvenue dans le monde merveilleux des appels d’offres ! Peu soucieuse de cohérence d’ensemble, une vision purement gestionnaire empile les dispositifs, rendant le système illisible, stigmatisant et finalement inefficace (cf. P. Warin). Et l’on prétend n’évaluer l’efficacité du travail social qu’au nombre de personnes relogées, d’emplois retrouvés… Voilà pourtant un métier qui, dans son essence – l’écoute, la parole, le risque de la rencontre – ne se laisse pas réduire à des chiffres (cf. M. Chauvière). L’être humain lui-même est apprécié à l’aune de son coût et de son utilité pour la société, envoyant aux 5 millions de personnes qui souffrent d’isolement et aux 5 millions de chômeurs l’insupportable message de leur inutilité (cf. Magdala et « Fous d’art solidaires »).

À coup de « combien ? », la logique comptable en oublie le « pourquoi ? ». Pourquoi l’action sociale ? Pourquoi le travail social ? S’agit-il de mettre les « inutiles » à la casse, pour les faire taire ou les broyer un peu plus encore ? De réparer des individus comme on répare une machine, afin qu’ils rendent les services que la société (ou la machine économique) attend d’eux ? Ou bien de repriser un tissu social déchiré ?

L’État social, imaginé au XIXe siècle, porté sur les fonts baptismaux au sortir de la guerre, a institutionnalisé la solidarité autour d’un socle de droits, universel, qui devait permettre à l’individu d’exprimer sa singularité. Est-ce une référence suffisante aujourd’hui ? Elle reste précieuse, à l’heure où le ciblage des mesures sociales met en péril le droit commun. À l’heure, aussi, où la société pointe un doigt accusateur vers les plus fragiles. Dès lors que les droits proclamés1 ne sont, dans les faits, pas opposables, c’est la société qui contracte une dette envers l’individu auquel elle n’a pas su donner toute sa place.

Mais avant d’être un sujet de droit, l’individu est d’abord un être de relations : il faut être entouré, soutenu, relié pour « être soi ». Dès lors que ces liens se fragilisent ou se délitent, l’institution est démunie. Le seul lien de citoyenneté ne suffit pas à compenser la fragilisation ou la rupture des liens organiques (par le travail), électifs (amicaux, militants) ou familiaux2. L’État ne peut répondre, seul, à la question : « Pour qui je compte ? » (cf. J.-F. Serres). Permettre l’émancipation de chaque individu, c’est en prendre soin, collectivement (cf. F. Brugère). Donner vie à la fraternité, troisième pilier de la devise républicaine. N’est-ce pas là un projet à même de mobiliser l’énergie sociale ? D’articuler le rôle de chacun ?

Une fois réaffirmé le sens de l’action sociale, alors, oui, il faudra réformer un système aujourd’hui incapable de sortir les enfants de la pauvreté et d’offrir un avenir aux jeunes sans diplôme (cf. D. Clerc). Alors les travailleurs sociaux pourront sortir d’une logique de guichet, ciblée sur l’individu, pour réinvestir l’action collective (cf. B. Moulin, D. Rivier et L. Roussel). Alors les associations pourront jouer tout leur rôle : nouer des relations, intensifier le lien social (cf. D. Balmary). Permettre aux populations vulnérables de reprendre confiance en leur pouvoir d’agir, dans leur vie, leur quartier (cf. J.-L. Graven), de se mobiliser politiquement (cf. N. Jetté). De contribuer pleinement à notre avenir commun.


Teaser "Social: réparer ou reconsruire?" par cerasvideo

À lire dans la question en débat
« Social : réparer ou reconstruire ? »



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1 À un emploi décent, au logement, à « un niveau de salaire qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine », selon le programme du Conseil national de la Résistance.

2 Pour reprendre la typologie du sociologue Serge Paugam (dans Vivre ensemble dans un monde incertain, L’Aube, 2015).


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