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Conclusions : Les temps sociaux

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Ce dossier sur les temps sociaux ne propose pas directement une réflexion métaphysique sur notre rapport au temps Ni des considérations sur les étapes du temps de la vie avec une jeunesse qui s'allonge dans l'incertitude face à un avenir mobile et une retraite appelée à durer capitalisant l'expérience écoulée Il se concentre sur les figu...

Entre mémoire et expérience, le passé qui insiste

Michèle Leclerc-Olive
Question de sens

Un événement est inachevé s’il n’est pas partagé. A partir de l’expérience de la société malienne, M. Leclerc-Olive montre comment l’irruption de la modernité s’inscrit dans cette tension : comment intriquer collectivement passé et futur pour échapper à l’imposition d’un présent perpétuel ? Un événement est inachevé s'...

L'immédiat financier

Étienne Perrot
Question de sens

Crédit, investissement, opérations de marché..., le rapport au temps de nos sociétés est marqué par la place prise par la sphère financière et par ses paradoxes. Crédit investissement opérations de marché le rapport au temps de nos sociétés est marqué par la place prise par la sphère financière et par ses paradoxes Le pain quotidien...

Habiter l'histoire

Jean-Marie Glé
Question de sens

Les religions n’encadrent plus le temps. Seul reste un calendrier liturgique parfois décalé. Mais le rapport au temps, envisagé dans le cadre de la vie en société, pose des questions fondamentales : une réflexion anthropologique et théologique éclaire les enjeux du présent et de l’histoire. Les religions n'encadrent plus le temps Seul ...

La statistique des emplois du temps et la question du rythme

Laurent Duclos
Chercheur

La statistique des emplois du temps est une indication précieuse. Mais elle néglige la façon dont l’usage des temps « non subordonnés » se soumet ou non à une vision utilitariste. Elle ignore surtout la question du rythme et des habitudes : l’habileté à habiter le temps. La statistique des emplois du temps est une indication précieuse...

Les temps de la ville

Jean-Yves Boulin
Chercheur

Des « bureaux des temps » s’ouvrent dans des villes qui prennent conscience de la difficulté pour les habitants de combiner les horaires de travail et ceux des services, des transports, etc. Les exigences nouvelles de mobilité sont facteurs d’inégalités. Comment synchroniser, sous d’autres modes, les temps d’un territoire ? Des bureau...

Les loisirs, temps libéré ?

André Rauch
Chercheur

Les lois du Front populaire sur les congés payés s’inscrivent sur fond d’un temps collectif déjà constitué et consolident des usages traditionnels. Quant au sport, traditionnellement, il « chasse le temps perdu ». Aujourd’hui, les manières de prendre son temps libre signent la fin non pas du tourisme de masse mais des temps solidaires...

Rythmes et temps collectifs (introduction)

Pierre Martinot-Lagarde
L'équipe de rédaction

De l'horloge qui sonne au clocher du village à la montre bracelet qui obéit à la pulsation des quartz de la clepsydre aux cadrans omniprésents sur nos appareils domestiques ou dans les lieux publics se dessine une histoire des représentations du temps Les instruments de mesure et les principes qui les sous tendent sont le reflet d'époques do...

« Cessons d'opposer temps individuels et temps collectifs »

Francis Godard
Chercheur

Resumé Faut-il déplorer que les temps individuels soient aujourd’hui désaccordés et regretter la vie structurée autour de temporalités communes ? La libération du temps correspond à un progrès. S’ils se réorganisent différemment, les rythmes collectifs n’ont pas disparu. Resumé Faut il déplorer que les temps individuels soient au...

Dossier : Rythmes et temps collectifs

Rythmes et temps collectifs (introduction)


De l’horloge qui sonne au clocher du village à la montre bracelet qui obéit à la pulsation des quartz, de la clepsydre aux cadrans omniprésents sur nos appareils domestiques ou dans les lieux publics, se dessine une histoire des représentations du temps. Les instruments de mesure, et les principes qui les sous-tendent, sont le reflet d’époques dont certaines nous paraissent révolues. Le temps a une histoire dans laquelle se conjuguent les rythmes individuels, familiaux, collectifs. Est-il pour autant, ce temps qui nous échappe, négociable, choisi, malléable ou adaptable ? N’est-il pas sans cesse réinterprété, recomposé, re-conjugué ?

Le temps : nous l’habitons et il nous habite, il nous est à la fois extérieur et intérieur. Il rythme les séquences de nos existences. Comme le remarquait Norbert Elias, les mots changent pour le qualifier. « A certaines époques, les hommes utilisaient la notion de “sommeil” là où nous parlerions de “nuit”, celle de “lune” là où nous parlerions de “mois”, celle de “moisson” ou de “récolte” là où nous parlerions d’“année” » (Du temps, page 51). Le sens des mots s’inscrit dans un rapport entre l’homme et la nature, il est connoté par les activités quotidiennes de l’homme. Quand celles-ci changent, les désignations du temps sont transformées.

Une période n’est-elle pas en train de s’achever ? A la société agricole et rurale avait succédé une société industrielle et fordiste, qui a organisé le temps comme elle a structuré l’activité économique. Le Charlot des Temps modernes est présent dans toutes les mémoires : ses mains vissées sur la chaîne de production poursuivent les mêmes gestes alors même que la machine s’est arrêtée. Dans les années 50, les congés payés et les colonies de vacances ont amplifié la structuration du temps social. Quittant l’usine le même jour, on se retrouvait sur la route le lendemain.

L’évolution récente des loisirs, la réduction du temps de travail et sa flexibilisation ont poursuivi un mouvement déjà largement amorcé. Dans tous les domaines, loisirs, familles, et, dans une certaine mesure, travail, une plus grande place est accordée à l’individu et à ses choix. Le temps serait-il devenu une marchandise, que l’on négocie, que l’on s’approprie ? Objet de rapports de force parfois mal identifiés, le temps pourrait aussi bien faire l’objet de conquêtes.

Qu’en est-il désormais des temps collectifs, de ces moments passés ensemble où l’on se frotte, où l’on sait que l’on poursuit la même route parallèle, où l’on se rencontre régulièrement ? Leur érosion certaine n’a pas que des conséquences pratiques. Certes, que d’énergie dépensée à harmoniser les temps familiaux ! Que de fatigue accumulée dans les transports publics ou sur les autoroutes ! Que de difficultés pour se rencontrer et travailler ensemble au sein d’une même entreprise ! Devant cette complexité, on voudrait pouvoir négocier les rythmes communs, aménager les temps passés ensemble. Villes et collectivités qui ont créé un « bureau des temps » veulent en tenter l’expérience.

Mais l’enjeu n’est pas encore limité à la définition d’une instance politique ou sociale qui pourrait permettre de conjuguer ce qu’aucun acteur ne peut à lui seul maîtriser. Vivre ensemble, inscrire dans la vie de chacun des temps personnels et collectifs, ouvre peut-être à la reconnaissance d’une interdépendance, d’un monde partagé. Evénements, dates, anniversaires, tous les instants qui s’inscrivent dans une mémoire, prennent sens quand ils sont reliés, articulés les uns aux autres. L’univers religieux l’avait parfaitement saisi, reliant par le prisme du calendrier une mémoire chrétienne au quotidien des saisons. En Occident, le monde partagé renvoyait au récit d’un homme, Jésus, figure d’une humanité en devenir.

Quand l’engagement dans le monde, engagement politique, social ou religieux, se singularise ou s’atomise, le sens de l’être au monde se dilue ou s’atrophie. La fragmentation des temps collectifs contribue à ce mouvement de sécularisation. Dans un mouvement inverse, tenter de renouer les fils des rythmes sociaux, n’est-ce pas contribuer à retisser la trame qui lie le passé d’une mémoire collective à l’espérance d’un monde commun ?


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