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Le combat d'une femme de chambre Entretien avec Rachel Kéké

©Agathe Mellon
©Agathe Mellon

La Revue Projet vous emmène à la rencontre d’une figure inspirante. Rachel Kéké travaille depuis dix-sept ans à l’hôtel Ibis des Batignolles (Paris, XVIIᵉ). D’abord femme de chambre puis gouvernante, elle a remporté avec les autres employées une victoire historique le 25 mai dernier, au terme de près de deux ans de grève.


Qu’est-ce qui vous a poussé à vous mettre en grève, en juillet 2019 ?

Le métier que nous faisons est sous-traité. La chaîne Ibis appartient au groupe Accor, mais nous, femmes de chambre, sommes en réalité employées par une société qui s’appelle STN. En dix-sept ans dans cet hôtel, c’est le quatrième sous-traitant auquel j’ai à faire. Les conditions de travail ont toujours été pénibles, mais la situation s’est dégradée avec STN. Ça a été la goutte d’eau.

C’est un métier qui rend les gens malades, qui détruit le corps des femmes. Et je dis « femmes » parce que, très majoritairement, c’est un travail qui nous est réservé. Ça donne mal au dos, les pieds enflés… Moi, j’avais une tendinite au bras.

Le rythme imposé par STN était intenable dans la durée. Alors que la cadence indicative était de 3,5 chambres de l’heure, on nous demandait parfois quarante chambres par jour ! C’est impossible : soit le travail est bâclé, soit il y a des heures supplémentaires non payées.

Les entreprises de sous-traitance prennent les salariés pour des chevaux de PMU.

Arrive un moment où le corps dit stop. En 2019, au début de la mobilisation, nous étions treize sur cinquante en arrêt maladie. Les médecins nous ont prescrit de réduire à dix chambres par jour. STN a commencé à muter les femmes en arrêt maladie vers des hôtels plus luxueux, 4 ou 5 étoiles, où il y a moins de chambres par jour à faire. Mais en réalité, les pièces sont plus grandes et, au final, on travaille autant.

Les entreprises de sous-traitance prennent les salariés pour des chevaux de PMU. Tu es en forme, tu joues. Tu n’es pas en forme, on te met de côté. Tu ne peux pas muter quelqu’un qui t’a fait quarante chambres quand elle était en bonne santé, et t’en débarrasser quand le métier a épuisé ses forces !

Comment le mouveme

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