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Dossier : Vers une finance au service de la société ?

Comment bien choisir sa banque ?

Au-delà des prix, quelques critères simples – solidité, proximité, responsabilité – devraient aider à bien choisir sa banque. Pourtant, peu d’épargnants osent en changer. C’est que chacune tient à garder ses clients !

Tout le monde s’accorde à le dire : on ne peut pas placer son argent entre les mains de n’importe qui. Or la crise financière a érodé la confiance dans le secteur bancaire et financier. Le collectif « Sauvons les riches » relayait à sa façon, fin 2010, l’appel à quitter sa banque lancé par Éric Cantona : « jechangedebanque.org », qui allait inciter quelques milliers d’épargnants à passer à l’acte. L’émergence du bitcoin (un instrument de paiement complètement électronique), l’essor du crowfunding (le financement participatif), ou encore le peer to peer lending (les prêts communautaires) illustrent cette volonté d’échapper aux circuits traditionnels (voir encadré « Des innovations financières hors système »). Le renforcement des exigences réglementaires, en élevant le coût de leurs activités de marché, conduisent en outre les banques à se recentrer sur leur cœur de métier. Et à partir à la reconquête de la clientèle.

« Peer-to-peer lending » et « bitcoin » : des innovations financières hors système
Les innovations se multiplient hors du système financier traditionnel. Des plateformes de prêts entre particuliers ou « peer-to peer lending » (Lending Club aux États-Unis, KissKissBankBank leader européen ou encore Unilend en France) permettent la mise en relation directe de prêteurs et d’emprunteurs. Des particuliers ou des entreprises soumettent leurs projets d’investissement à des épargnants et des investisseurs en quête de placement qui font leur choix grâce aux informations données pour en évaluer les intérêts et les risques. Le prêteur peut financer un projet en partie ou dans son intégralité, ou financer une petite part de plusieurs projets (en souscrivant à des tickets de quelques dizaines de dollars ou d’euros), diversifiant ainsi ses risques. Les taux varient de 5 % pour des projets français à plus de 25 % pour des prêts dans des pays de l’est de l’Europe ; le taux médian affiché par Lending Club aux États-Unis est d’un peu plus de 8 %.
Ces plateformes restent assez peu encadrées. En France, cependant, un décret d’octobre 2014 vise notamment à plafonner à 1 million d’euros le montant d’emprunt par projet, à avertir les utilisateurs des risques encourus et à introduire un label. Car ces relations de financement directes ne sont pas sans risques. Des problèmes d’informations cachées peuvent conduire à de grosses déconvenues. Le risque de défaut éventuel est supporté par les prêteurs et non par l’administrateur de la plateforme. À la différence d’une banque, ce dernier ne s’expose pas non plus à un risque d’illiquidité : il n’effectue pas de transformation et n’est pas pénalisé par le retrait des créanciers. Il ne court qu’un risque opérationnel, en cas de panne ou d’attaque de hackers. Faut-il y voir, pour autant, une source de stabilité financière accrue ? Ce mode de financement n’est ni plus ni moins qu’une source additionnelle d’endettement, voire de surendettement quand les taux proposés se révèlent usuraires. Il n’a en outre aucune raison d’échapper au cycle financier traditionnel, porté dans sa phase ascendante par un excès de confiance qui mène droit aux crises, et conduisant dans sa phase descendante à la dépression et à la déflation.
Une autre innovation a défrayé la chronique, avec l’émergence du bitcoin. Sa nature même fait débat : cet instrument de paiement électronique, qui fonctionne en réseau peer to peer, est-il une monnaie ? Il ne l’est pour le moment que de façon très incomplète : il n’est ni universellement accepté, ni unité de compte dans laquelle exprimer le prix de tous les autres biens, ni réserve de valeur (son cours est extrêmement volatile). Le bitcoin a plusieurs fois fait l’objet d’une spéculation intense dans laquelle se projettent les peurs et les fantasmes d’un instrument qui viendrait supplanter la monnaie officielle.
Un trait commun relie ces deux innovations. Elles ne font intervenir ni les banques, ni les marchés financiers. En théorie du moins. Car derrière certaines de ces plateformes, on retrouve parfois des établissements de crédit, certes éloignés du modèle de la grande banque universelle, mais qui n’ont rien à lui envier question marketing ! On peut y voir en tout cas l’expression d’une certaine défiance et d’une recherche d’alternative aux circuits et instruments financiers traditionnels. Pour les particuliers et les petites entreprises qui ressentent une difficulté d’accès au crédit bancaire, le peer-to-peer lending apparaît comme une source alternative de financement. Du côté des épargnants, échaudés par la crise, ce dispositif peut donner l’impression de mieux maîtriser la destination de leur épargne, de lui redonner une utilité sociale. Quant au bitcoin, son attrait tient en partie à sa nature « alternative » et potentiellement subversive, même si, d’un certain point de vue, il peut se réduire à un gadget monétaire purement spéculatif ou, pire, à un instrument de blanchiment d’argent. J. C.-S.

Si les banques doivent aujourd’hui donner à leurs clients de bonnes raisons de les choisir, il est dans leur intérêt de maintenir une certaine opacité autour de leur offre, afin de « capturer » la clientèle et de freiner sa mobilité. Il ne faut pas attendre d’elles qu’elles produisent spontanément des informations nécessaires aux choix des consommateurs (ce problème n’est pas spécifique aux banques). Comment, dès lors, choisir sa banque ? La qualité et le prix du service sont naturellement les premiers critères de choix, mais ils n’ont rien de spécifique au secteur bancaire et font l’objet d’études régulières des associations de consommateurs (voir encadré « Des tarifs incomparables ! »). Nous mettrons ici l’accent sur d’autres dimensions.

Des tarifs incomparables !
La comparaison des frais bancaires est un critère évident de choix. Mais elle s’apparente à un véritable parcours du combattant. Les brochures des banques font souvent plusieurs dizaines de pages, avec des centaines de tarifs différents. On y trouve une multitude de détails pour des opérations dont l’intitulé change de nom d’un établissement à l’autre. On y trouve aussi un large éventail de services groupés (package) contenant de nombreux services finalement inutiles. Impossible, dans ces conditions, de mener une analyse exhaustive. Depuis 2010, cependant, suite aux recommandations du Comité consultatif du secteur financier (CCSF, au sein duquel a été créé l’Observatoire des tarifs bancaires), les banques françaises se sont engagées à fournir de manière harmonisée un « extrait standard des tarifs » pour les dix « services bancaires les plus diffusés ». D’après l’enquête 2014 menée par l’UFC Que choisir, le coût annuel varie ainsi, selon les banques, de 0 € à plus de 350 € par an… Plus surprenant, au sein d’un même réseau, les différences de tarifs atteignent plus de 35 % en moyenne d’une région à l’autre.

La plus solide

Un critère essentiel, souvent sous-estimé, porte sur la santé financière des banques. Car elles sont intrinsèquement fragiles. Leur activité première consiste à collecter des dépôts et à octroyer des crédits. Mais alors que les dépôts sont le plus souvent à court terme et très liquides, c’est-à-dire disponibles, les crédits sont accordés pour plusieurs années et la banque ne peut (heureusement !) en réclamer le remboursement anticipé. Mais cette « transformation d’échéances » qui la rend utile est aussi ce qui la rend fragile : elle l’expose à un risque d’illiquidité.

Si, pour une raison ou pour une autre, un grand nombre de déposants souhaitait retirer en même temps leur argent de la banque, celle-ci serait structurellement dans l’incapacité de le leur rendre et, immanquablement, conduite à la faillite. Pire, il est très probable qu’elle entraînerait d’autres banques dans son sillage. Au début du siècle dernier, la première préoccupation des déposants était de s’assurer de la solidité de leur établissement. Mais, depuis, des dispositifs d’assurance-dépôt très efficaces ont été mis en place pour éviter les paniques bancaires et les ruées aux guichets. Au point que, désormais, les déposants ne se soucient plus guère de la santé financière de leur banque, au moins dans les pays riches.

Ils ont d’autant moins de raison de s’en soucier que les groupes bancaires français bénéficient d’une garantie implicite de sauvetage par les pouvoirs publics. Et ce d’autant plus qu’ils sont grands : leur taille, en effet, leur confère une dimension systémique et en cas de chute, c’est tout le système qui pourrait s’effondrer, tel un effet domino. Ces banques sont dites « too big to fail » (trop grosses pour faire faillite). Mais, se sachant protégées, les banques sont tentées de prendre davantage de risques. D’où ce formidable cercle vicieux : plus les banques sont grandes, plus elles sont protégées par les pouvoirs publics et plus elles peuvent prendre de risque sans en payer le prix puisqu’il y a socialisation des pertes (« pile la banque gagne, face les contribuables perdent »). Les réformes bancaires actuelles sont en partie consacrées au traitement de cet épineux problème du renflouement systématique par les pouvoirs publics (bail out) quand celui-ci ne devrait être que l’ultime recours après mise à contribution des actionnaires et créanciers des banques autres que les déposants (bail in).

Juger de la santé financière d’une banque est, de toute façon, un exercice hautement périlleux. Plusieurs indicateurs, comme le rapport des dettes sur fonds propres ou la part des activités de marché (à travers, notamment, le poids des transactions sur produits dérivés, le montant des opérations hors-bilan…), renseignent sur le degré de prise de risque, mais bien d’autres facteurs sont à prendre en compte. Les notes délivrées par les agences de notation financière – telles que Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch… – sont censées en offrir une vision synthétique. Mais la garantie implicite que leur offre l’État vaut aux principales banques françaises d’être toutes très bien notées. Au final, ce critère discrimine à l’envers : les plus grandes banques sont les mieux notées (BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale), quand celles de taille plus modeste, qui intéressent moins les investisseurs, ne sont même pas notées.

La Banque centrale européenne (BCE) s’est récemment livrée à une évaluation des grandes banques européennes. Les résultats semblent attester la bonne santé financière des banques françaises à l’aune des règles prudentielles (Bâle III) qu’elles respectent. Mais le satisfecit est vraisemblablement un peu prématuré, car ces règles de Bâle laissent aux banques une grande marge d’interprétation sur la valeur de leurs actifs. Évaluée sur la base du « ratio de levier » qui rapporte les fonds propres au total des actifs sans les pondérer par les risques, la solvabilité des banques se révèle beaucoup plus fragile. Par ailleurs, l’exercice d’évaluation de la BCE n’avait pas de dimension systémique. Or le Volatility Institute, rattaché à l’Université de New York, qui en propose une mesure depuis plusieurs années, fait par exemple régulièrement figurer BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale dans le top 5 des banques européennes présentant le plus fort risque systémique.

La plus proche

Par-delà la proximité géographique, critère évident de choix, notamment pour les personnes âgées ou les professionnels ayant à déposer régulièrement leur recette, il est d’autres façons pour une banque d’être proche de ses clients. Quel contrôle l’épargnant exerce-t-il sur l’activité de la banque ? Cette aspiration est forte depuis la crise. Les banques ne s’y trompent pas et ce qui faisait tant rougir les banques mutualistes et coopératives avant la crise, quand la tendance était aux mastodontes multi-services et mondialisés, devient aujourd’hui un slogan publicitaire : « La banque qui appartient à ses clients » (Crédit mutuel), « Banque et populaire à la fois » (Banque populaire), retour au « bon sens près de chez vous » (Crédit agricole)…

Au-delà des slogans, garantir l’usage de l’épargne au profit des acteurs du territoire est très difficile pour une banque. Cependant, les parts respectives des activités commerciales et de marché varient fortement (les grandes banques étant plus présentes sur les marchés), et certaines privilégient le financement des PME. D’autres, dites « éthiques », comme la Nef ou Triodos, permettent même une traçabilité de l’épargne vers des activités socialement utiles (environnement, éducation, insertion…).

Pour contrôler ou orienter l’activité de sa banque, l’épargnant peut aussi en prendre des parts. Un clivage se dessine entre les sociétés anonymes d’un côté, attentives à leur valorisation boursière, et, de l’autre, les coopératives, où chaque sociétaire aura une voix. Le second cas offre un cadre pour que les décisions de la banque soient débattues démocratiquement. Encore faut-il l’investir, pour éviter que la banque ne s’affranchisse de l’esprit coopératif, comme ont pu le faire le Crédit agricole ou BPCE (Banques populaires Caisses d’épargne)…

Enfin, la complexité des opérations menées, notamment sur les marchés, n’est-elle pas un facteur de déresponsabilisation des dirigeants ? Le débat n’est pas tranché, mais la ligne de défense de la direction de la Société générale dans l’affaire Kerviel – « on ne savait pas » – laisse perplexe.

La plus responsable

Non sans lien avec la proximité, on peut aussi souhaiter de sa banque qu’elle soit « responsable ». À ce titre, la notation extra-financière peut avoir un rôle important pour guider le choix des clients. À condition toutefois qu’elle ait du sens. Et donc de l’adapter à la spécificité des banques.

Par exemple, la dimension environnementale constitue un critère dans cette note. La banque est-elle pollueuse ? La question serait pertinente si, pour y répondre, on prenait en compte, par exemple, la part des investissements dans le pétrole, le gaz ou le charbon (gros émetteurs de CO2) ou, inversement, la part investie dans la transition énergétique. C’est l’analyse effectuée par des ONG comme BankTrack. Or les agences de notation extra-financière s’arrêtent le plus souvent à noter les rejets de CO2 ou la consommation d’eau des bureaux de banques… pour conclure à la faible empreinte écologique du secteur bancaire ! Dans le domaine social, les banques seront volontiers évaluées sur leurs politiques salariales ou de genre, mais il manque encore des comparaisons objectives quant à leurs pratiques envers les clients les plus précaires.

Qu’ils soient produits par des acteurs traditionnels (Bloomberg, Euronext…) ou spécialisés (Vigeo, Sustainalytics), les critères extra-financiers standard de type ESG (pour environnement, social et gouvernance) se révèlent finalement très peu discriminants. Ainsi, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole, les trois banques françaises notées par Vigeo, figurent toutes parmi les « 120 entreprises les plus avancées au niveau mondial » en termes de responsabilité sociale… Et qu’elles aient signé le pacte « Global Compact » des Nations unies n’en dit guère plus sur la réalité de leur engagement concernant les droits de l’homme, la lutte contre la corruption, l’environnement ou les conditions de travail…

En matière de responsabilité sociale, les vrais critères pour une banque sont à notre sens sa contribution au financement de l’économie, sa probité et le risque qu’elle fait porter au système financier. C’est lorsqu’elle prend des risques excessifs, qu’elle devient excessivement fragile et fait planer un risque systémique, ou quand elle organise la fuite des recettes fiscales ou le recyclage d’argent sale que l’activité bancaire compromet vraiment l’économie productive et la cohésion sociale.

C’est lorsqu’elle prend des risques excessifs, qu’elle organise la fuite des recettes fiscales ou le recyclage d’argent sale que l’activité bancaire compromet l’économie productive et la cohésion sociale.

Certaines ONG se sont attachées à développer une évaluation spécifique aux banques, qui a l’avantage de ne pas s’en tenir aux grands groupes. Dans un rapport d’octobre 2011, Les Amis de la Terre et Attac ont ainsi noté huit banques selon cinq indicateurs (spéculation et prise de risque, politique vis-à-vis des clients, relations avec les salariés, impact social et environnemental, démocratie) et 26 critères. Ils reprennent par exemple à leur compte l’inventaire des filiales dans les paradis fiscaux dressé par le CCFD-Terre Solidaire. On pourra débattre de la précision ou de la pertinence de tel ou tel critère, regretter que toutes les banques n’aient pas répondu aux questions des ONG, mais la démarche est en soi intéressante. Il revient ensuite à chaque épargnant, devant la multitude de critères, de choisir selon ses propres sensibilités.

Restent les controverses suscitées par la révélation de fraudes organisées (manipulation des références interbancaires, participation au blanchiment, contournement d’embargo, etc.). Complémentaires aux évaluations précédentes, elles sont de plus en plus prises en compte par les gérants de portefeuilles « socialement responsables » et, en pratique, elles peuvent jouer un rôle décisif dans le choix de sa banque. Les dirigeants bancaires sont devenus très soucieux du « risque réputationnel ». Certaines agences, comme Sustainalytics, se sont spécialisées dans le repérage de ces controverses. Un repérage donc, et non une anticipation, qui repose encore sur des outils lacunaires. Les logiciels passant surtout en revue les médias de langue anglaise, l’affaire de la « lessiveuse africaine », par exemple, soulevée par l’association Sherpa et qui a valu à BNP Paribas Wealth Management l’ouverture d’une information judiciaire à Monaco en février 2014, est passée hors des radars…

Laquelle choisir ?

Cette analyse multicritères fait malgré tout ressortir plusieurs groupes de banques. Les plus grosses ont généralement de mauvais résultats d’un point de vue extra-financier, sans pour autant qu’il soit toujours aisé d’établir une hiérarchie très nette entre BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale. Par exemple, BNP Paribas (10e) et le Crédit agricole (19e) sont suivis de près par Société générale (22e) dans le classement mondial des investisseurs dans les mines de charbon établi par BankTrack en 2013. Mais dans l’étude réalisée par Les Amis de la Terre et Attac en 2011, BNP Paribas obtenait une meilleure note que le Crédit agricole et la « SoGé » en termes d’émissions induites de gaz à effet de serre. Selon cette même étude, les salariés, les femmes en particulier, sont mieux lotis chez BNP Paribas que chez ses deux concurrents, mais ces dernières investissent davantage dans les PME et l’économie sociale et solidaire.

D’autres banques, plus petites, se distinguent par leur respect des critères éthiques. C’est le cas de La Banque postale ou encore du Crédit coopératif (filiale de BPCE) qui se démarquent dans quasiment tous les critères recensés et obtiennent de bonnes notes, tout en figurant – pour le Crédit coopératif – parmi les banques les plus chères…

La Nef se révèle un cas particulièrement intéressant. Très peu connue du grand public, cette coopérative bancaire créée en 1988 respecte avec une grande rigueur les différents critères extra-financiers : qu’il s’agisse de la prise de risque, des politiques clients, du traitement des salariés, de son impact social et environnemental, de sa gouvernance, de ses émissions de carbone ou encore de ses implantations dans les paradis fiscaux, elle distance toutes ses concurrentes. Sa taille modeste l’empêche toutefois de figurer dans les indices des grandes agences de notation. Avec moins de 100 salariés, elle n’est évidemment pas en mesure de concurrencer les mastodontes bancaires. Elle compte environ 30 000 clients sociétaires, pour un encours de crédit d’un peu plus de 100 millions d’euros, soit 0,04 % de l’encours total de crédit à l’économie française… Triodos, d’origine néerlandaise, s’est récemment implantée en France suivant une ligne proche.

Pour conclure, supposons que ces critères aident, même un tant soit peu, à choisir sa banque. Est-il facile pour autant d’en changer ? La concentration du secteur est forte. Or les gros établissements cherchent à préserver leur pouvoir de marché en freinant la mobilité de la clientèle. Certes, depuis le 1er novembre 2009, les banques françaises doivent proposer à leurs nouveaux clients un service d’aide à la mobilité bancaire : sous dix jours, un compte courant peut être fermé et les opérations de virement et de prélèvement transférées sur le nouveau. Mais, dans la pratique, les banques ne jouent guère le jeu. En dehors du compte courant, les comptes d’épargne (livrets réglementés, assurance-vie, plans d’épargne en actions…), les comptes titre, etc., restent difficilement transférables. Quant aux crédits, ils ne le sont pas. Tout dépend de la convention de compte, mais changer de banque peut donc signifier d’importants coûts de transfert. À quand la portabilité du compte bancaire ? Quand pourra-t-on changer de banque comme on change d’opérateur téléphonique… en conservant son numéro ? Des solutions de « portabilité bancaire » existent en Suède ou aux Pays-Bas. Les consommateurs y sont très favorables. Les grands groupes bancaires beaucoup moins…



La collecte de données pour cet article a été réalisée par Maxime Petit que nous remercions vivement.

Cf. G. Capelle-Blancard et J. Couppey-Soubeyran, La finance est un jeu dangereux ! Jeux et questions sur la finance à intérêt garanti, J’ai lu, 2010.

Le fonds de garantie des dépôts peine à atteindre 10 milliards d’euros, quand les dépôts garantis des Français approchent les 1000 milliards d’euros. Le recours au contribuable en cas de faillite n’est donc pas exclu. Cf. l’entretien avec Thierry Philipponnat dans ce dossier.

Cf. J. Couppey-Soubeyran et Christophe Nijdam, Parlons banque en 30 questions, La Documentation française, 2014.

J. Couppey-Soubeyran, « Secteur bancaire : tout va très bien, madame la Marquise », Le Monde, 28/10/2014.

Avec la Deutsche Bank et la Barclays, au 31 octobre 2014. Cf. « Systemic risk analysis (global dynamic mes) of world financials », The Volatility Institute [en ligne].

Selon les chiffres d’Attac et des Amis de la Terre, en 2011 : Nef à 100 %, Crédit coopératif à 82 %, HSBC à 53 %, Crédit agricole à 40 %, Société générale à 28 %. La Banque postale ne finance pas les entreprises. BNP Paribas, le Crédit mutuel et BPCE n’ont pas répondu.

Lire dans ce dossier le débat entre Nicole Notat et G. Capelle-Blancard, « ISR : rendre le monde meilleur ? ».

Cf. Ivan du Roy, « Le classement des banques qui financent le plus l’extraction de charbon », Observatoire des multinationales [en ligne], 15/11/2013.

Cf. Juliette Renaud et Juliette Rousseau (dir.), « Les banques sous pression citoyenne : l’heure de rendre des comptes », rapport produit par Les Amis de la Terre et Attac [en ligne], octobre 2011.

Le groupe BPCE se situe entre les deux pôles identifiés. Du Crédit mutuel CIC, on connaît la relative solidité financière ; on en connaît moins la performance sociale et environnementale (la banque a refusé de répondre aux questions des ONG).

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