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Dossier : IA, une question de démocratie

Éthique de l’IA Un commun à définir

©Sinhyu/CC/iStock
©Sinhyu/CC/iStock

Une éthique exigeante appliquées aux infrastructures technnologiques ne peut s’en tenir à corriger les biais : elle doit rouvrir la question du bien commun et des finalités collectives dans un monde gouverné par les technologies.


L’éthique de l’intelligence artificielle est devenue un impératif. Chartes, principes, labels, comités et guides se multiplient. Transparence, responsabilité, équité, explicabilité, « humain au centre » constituent un vocabulaire commun qui semble désormais s’imposer. Pourtant, plus les difficultés apparaissent, plus ces discours prolifèrent.

Par exemple, les normes éthiques sont souvent mobilisées comme des réponses immédiates, des « recettes prêtes à l’emploi », capables de corriger après coup des systèmes déjà construits. En d’autres occasions elles servent à réintroduire la confiance dans un milieu fragilisé par les abus ; parfois aussi, comme le soupçonnent nombre de critiques, elles s’attachent à éviter des régulations qui auraient des effets négatifs sur les intérêts économiques des grandes entreprises du numérique.

Le problème de ces principes est qu’ils demeurent le plus souvent internes au monde qu’ils prétendent corriger. Ils cherchent à rendre l’intelligence artificielle plus juste, plus transparente ou plus inclusive, sans interroger les cadres d’intelligibilité, les visions de l’humain et les infrastructures qui rendent possible ce monde numérique. Une éthique digne de ce nom ne peut se contenter d’accompagner les innovations, elle doit demander : quelle conception du bien commun est inscrite dans les technologies elles-mêmes ?

Besoins conditionnés

Cette question n’est pas abstraite. Langdon Winner l’avait déjà formulée de manière exemplaire dans son essai Les artefacts ont-ils une politique ? Les technologies ne sont jamais neutres : elles incorporent des choix, des valeurs, des hiérarchies sociales. Les infrastructures numériques, les plateformes, les agents conversationnels, les systèmes algorithmiques prolongent cette logique. Ils ne sont pas de simples instruments

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