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Dossier : IA, une question de démocratie

Servitude volontaire L’IA, fabrique de l’optimisme

L’Homme qui court, huile sur toile de Kasimir Malevitch, 1930-1931 (détail). ©Domaine public/Wikimedia
L’Homme qui court, huile sur toile de Kasimir Malevitch, 1930-1931 (détail). ©Domaine public/Wikimedia

On s’offusque volontiers de la colonisation du quotidien par l’IA. En réalité, nous lui faisons bon accueil, et chérissons en elle sa faculté à nous faire espérer encore.


L’intelligence artificielle (IA) effraye. Elle menace de supprimer des emplois et d’aggraver la crise écologique. Pire : elle écrit, dessine et compose, autant d’activités autrefois dévolues aux dimensions les plus nobles de notre vie humaine, soit le langage, l’art et le sacré. La panique est totale. Pas un jour ne passe sans qu’on rappelle le nombre faramineux d’écoutes qu’a engendré sur Spotify1 un morceau généré par IA.

On doit beaucoup à la vigilance du philosophe Éric Sadin, mais sa présence médiatique dans la foulée de son livre écrit en réaction à l’irruption de ChatGPT, Le Désert de nous-mêmes, entérine complètement cette vaste inquiétude, en insistant sur tout ce à quoi la technologie se substitue, jusqu’à remplacer nos « facultés intellectuelles et créatives »2.

Le présent texte veut questionner ce récit apocalyptique. Il tente d’envisager l’IA, et plus généralement le numérique, moins comme un envahisseur que comme une prothèse qui a trouvé dans notre culture une terre propice à son implantation. Nous voulons montrer que les technologies contemporaines ne surgissent pas parmi des humanistes en toge discourant sur les astres, mais au sein d’une société gangrenée par un impératif de performance, depuis laquelle les plateformes deviennent une ultime planche de salut.

Lutte sempiternelle

Que l’IA pose problème ne fait pas débat. Elle est un scandale en matière de vie privée et constitue un environnement en tout point nocif à une vie attentionnelle saine. Ce qui doit nous interroger est la réaction dominante d’après laquelle nous serions sur le point de cesser de lire, discuter et penser, puisque ces activités seront désormais confiées à d

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