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Dossier : Les religions dans la cité

Les démocraties libérales : des lieux difficiles pour les religions ? Table ronde avec Olivier Abel, Pierre Manent et Paul Valadier


Resumé Deux philosophes, l’un catholique et l’autre protestant, et un enseignant de science politique, libéral, présentent chacun leur vision des rapports parfois tendus entre religions et pouvoirs politiques dans les démocraties occidentales.

Pierre Manent

La question est difficile à formuler en termes rigoureux. Le langage des valeurs est tentant, mais il nourrit la confusion. On parle des «valeurs chrétiennes», des «valeurs démocratiques» : liberté, fraternité, respect de la personne… Nous partageons tous, chrétiens ou non, ces valeurs parce qu’elles sont faciles à aimer ! Mais il peut y avoir une confusion réciproque au nom des valeurs entre le christianisme et la démocratie.

En même temps, de nombreux chrétiens éprouvent des réticences à l’égard de la démocratie libérale : un certain christianisme «de droite» estimera que les droits de la vérité seraient mis en danger par les libertés modernes ; symétriquement, un christianisme «de gauche» s’indignera des inégalités présentes dans la société actuelle, contraires à la charité évangélique.

Il ne faut pas oublier que, durant tout le 19e siècle, l’Eglise s’est déclarée contre la démocratie. Le premier texte du magistère clairement favorable à la démocratie moderne est le message de Noël de Pie XII en 1942, dans des circonstances particulièrement sombres ! Mais à partir du concile Vatican II, l’Eglise donne l’impression d’embrasser ce qu’elle avait condamné : reconnaissance de la liberté de conscience et de la liberté religieuse. Le magistère actuel invite les chrétiens à reconnaître dans les droits de l’homme leur bien propre. Il y a de quoi être désorienté ! Il faut recourir à l’histoire longue pour comprendre celle récente et expliquer la réconciliation de l’Eglise avec la démocratie.

L’Eglise pose un problème infiniment difficile à toute société humaine. Elle est, en effet, la première communauté universelle réelle qui embrasse en principe tous les hommes et se suffit à elle-même avec sa hiérarchie. En face d’elle, les autres communautés se trouvent en position de légitimité diminuée ou menacée : dès ses débuts, l’Eglise se trouve dans une situation de rivalité avec la cité et avec l’empire romain. L’issue à ce problème sera trouvée avec le développement de la monarchie en Europe. Le roi est chrétien. Baptisé, il reçoit l’onction de l’Eglise et il est souverain dans les limites de son royaume, mais il n’a pas de prétention universelle, contrairement à l’empereur. En outre, le roi est d’accord avec l’Eglise pour limiter les libertés civiques : en effet, pour celle-ci, la liberté civique met en danger le monopole de la vérité. Ce «compromis absolutiste» va durer tant bien que mal jusqu’à la fin du 18e siècle, le pouvoir politique et l’opinion religieuse restant liés. Mais les pouvoirs profanes se multiplient et s’étoffent au cours des siècles, les opinions religieuses se diversifient avec la Réforme et les problèmes surgissent quand le compromis ne fonctionne plus. C’est là qu’intervient l’audacieux projet libéral démocratique de séparer radicalement le pouvoir et l’opinion, formulé dès le 17e siècle par les théoriciens anglais.

Est-ce une entreprise anti-chrétienne ? Certes, plusieurs des promoteurs de ce projet sont athées et la plupart sont hostiles à la religion, mais certains chrétiens manifestent un désir profond que cesse la confusion entre pouvoir et religion. L’Eglise, cependant, ressent ce projet comme clairement dirigé contre elle : habituée à un fonctionnement vertical et hiérarchique, elle pense tout perdre si se rompt son lien organique avec le pouvoir d’Etat. C’est qu’elle n’a pas encore découvert la force du pouvoir social. Encore diffus, celui-ci va jouer un rôle essentiel dans l’ère démocratique.

A cette crise, les grandes puissances européennes n’ont pas réagi de la même façon. Dans le nouveau compromis, le «compromis libéral», les Eglises sont exclues du pouvoir politique de commandement. Si le Président des Etats-Unis jure sur la Bible et aime prêcher dans les églises, la séparation de l’Eglise et de l’Etat est, constitutionnellement, aussi rigoureuse aux Etats-Unis qu’en France, en principe. Mais, dans les pays anglo-saxons, les Eglises restent des partenaires du pouvoir. Exerçant une fonction sociale reconnue par l’Etat, elles font partie de l’espace public commun. La France n’a pas du tout connu la même évolution parce que personne n’a voulu de ce compromis. Il s’y est développé une intransigeance, dans le monde catholique comme chez les républicains : la société chrétienne et la société laïque se sont séparées en même temps que l’Eglise et l’Etat, l’espace public étant dépouillé de tout signe chrétien 1

Dans le contexte français, on peut déplorer cette absence de références religieuses dans l’espace public (par exemple, le refus de faire référence à la religion dans la charte des droits des citoyens européens), mais on peut aussi s’en réjouir pour l’intégrité de la religion. Les observateurs le remarquent, en effet : dans le monde anglo-saxon, les religions ont un caractère social marqué. En France, malgré tous nos défauts, nous avons gardé un « assez beau sérieux chrétien ».

De toutes façons, comme je l’ai suggéré au départ, je pense que toutes les sociétés sont difficiles pour les religions ! Et je ne suis pas sûr qu’au temps des rois très chrétiens, la société fût à ce point hospitalière pour la religion, même si sa reconnaissance pouvait prendre les formes les plus emphatiques...

Paul Valadier

Je parlerai ici uniquement du catholicisme, et en fait de démocratie libérale, je me limiterai au cas de la France… Mais s’agit-il de la démocratie comme régime et comme organisation politique, ou s’agit-il du « libéralisme », politique, ou économique, ou encore culturel ? En France, nous vivons dans une République, ce qui donne un certain style à cette démocratie libérale et implique la laïcité ! Le libéralisme n’est pas seulement une doctrine aux contours définis, il entraîne aussi certaines tendances, qui se développent dans un individualisme parfois exacerbé, lequel peut poser de graves problèmes au catholicisme. A mon sens, nous vivons dans une situation mixte. Nous sommes dans une démocratie libérale et républicaine...

L’Eglise, de son côté, vit dans un régime de grande liberté de parole, d’association; elle est en mesure d’agir en toute autonomie. Il s’agit là d’un immense bienfait, dû au régime de liberté que promeut la démocratie. On l’oublie trop, quand on parle surtout des difficultés. En outre, la démocratie appelle les chrétiens à prendre leurs responsabilités à tous les niveaux, comme chrétiens et comme citoyens. En ce sens, l’opinion catholique française est réconciliée avec la démocratie, et à juste titre.

De l’autre côté, celui de la démocratie et de la République, on devrait se réjouir aussi de la présence des Eglises qui forment des citoyens respectueux de la loi et responsables du bien commun. L’exemple donné par Pierre Manent de la situation nord-américaine est très significatif : les autorités de l’Etat y sont sensibles au fait que les Eglises remplissent des fonctions utiles.

Mais, bien sûr des difficultés sont manifestes, qui sont de deux ordres. Difficultés structurelles d’abord, sur le plan de l’imaginaire de la société française : il y aurait un conflit de fond, une incompatibilité entre l’Eglise et la démocratie, car le catholicisme serait lié à la monarchie, rétrograde, complice de systèmes autocratiques et toujours résistant à la République 2. Difficultés structurelles encore, mais dans la réalité des choses, car la démocratie suppose une volonté et une instance critique vis-à-vis des pouvoirs; dans le cas de l’Eglise catholique, on a affaire à une société hiérarchique, alors qu’il y a une souveraineté populaire dans la démocratie, permettant que le peuple s’organise comme il l’entend. Cette incompatibilité de principe exagérément durcie se traduit par l’opposition que l’on établit entre l’autonomie du sujet que suppose la démocratie et l’hétéronomie religieuse qui est supposée mettre devant un pouvoir extérieur.

De ce point de vue, et nous sommes ici à la frontière du réel et de l’imaginaire, il est certain que l’Eglise paraît aux yeux du démocrate comme une survivance du passé avec son principe d’hétéronomie - voire d’aliénation -, alors que le processus démocratique critique, éprouve et érode tous les pouvoirs, dont bien sûr le pouvoir religieux.

Et c’est un fait que l’Eglise éprouve une grande difficulté à se situer dans une démocratie qui suppose le relativisme et le pluralisme des opinions. Or l’Eglise quant à elle, prétend avoir une vérité reçue et parler en son nom. Dans une démocratie, cette position est forcément très malaisée à tenir, en particulier sur les questions morales, de justice ou de sexualité

Il s’ajoute à cela, en France, des difficultés plus conjoncturelles qui tiennent à des tendances récentes et très hexagonales. C’est d’abord l’influence d’une idéologie libérale-libertaire qui conteste, par principe, toute autorité morale identifiée à un ordre moral aliénant. Dans des débats récents, on a vu ainsi l’Eglise catholique accusée de défendre cet abominable ordre moral et d’être complice d’une vision aliénante et réactionnaire des choses. Pourtant, cette tendance libertaire institue elle-même un nouvel ordre moral tout à fait contraignant. Naturellement, cette idéologie libertaire tient le christianisme pour une survivance : la volonté d’effacer toute référence à la tradition chrétienne dans la charte européenne des droits témoignait de cette volonté de dévaloriser culturellement le catholicisme.

Un deuxième trait est lié à la tradition laïque française. Notre République connaît un nouveau durcissement de la laïcité dans une forme de laïcisme qui relègue le fait religieux à la sphère privée. Or le religieux ne peut être purement privé ; il y a donc une illusion dans une certaine idée de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, comme s’il n’y avait aucune sorte de lien : non seulement la République enterre ses présidents à Notre-Dame, mais elle connaît des fêtes d’origine tout à fait religieuse. Surtout, elle sait bien, ou elle a su s’accorder avec l’Eglise pour les aumôneries dans l’armée ou les prisons, là où les secours religieux la servent… Mais une crispation laïciste se manifeste aujourd’hui sourdement, par ignorance, par mépris ou par fermeture vis-à-vis de l’Eglise catholique, ce qui est préoccupant. On aurait pu espérer de ce point de vue que la présence de l’islam apporte un bol d’air, mais ce n’est pas le cas. L’Etat essaie plutôt de faire entrer l’islam dans le cadre de la loi de 1905, comme pour les relations entre République et Eglise catholique…Ce qui est significatif !

Ces difficultés sont-elles insurmontables ou au contraire bénéfiques ? Une démocratie a besoin d’autorités morales : si elle n’en a pas, elle s’en donne, qu’elle choisit parmi les célébrités du moment (scientifiques, artistes…). Dès lors, l’Eglise catholique a un rôle nécessaire à jouer : elle doit rappeler les valeurs constitutives de la démocratie et que celle-ci risque d’oublier quand elle sombre dans le relativisme. Elle peut ensuite éveiller la société à des questions que celle-ci a écartées idéologiquement; en effet, une société peut être aveugle devant certains problèmes, ou se les cacher. Enfin, quand notre société hexagonale manifeste une forte tendance au repli sur elle-même, il appartient aussi à l’Eglise de l’ouvrir à l’universel et de la rappeler à la solidarité humaine totale : nos problèmes ne seront pas résolus sur le dos des autres.

Je trouve, par ailleurs, tout à fait sain que l’Eglise critique le laïcisme, même si cette critique est inconfortable, et je la trouve plutôt timide en ce domaine 3. Quand l’Eglise ramène l’Etat dans ses limites, qu’elle lui rappelle qu’il n’a pas autorité sur toute la société, elle l’aide plutôt à remplir sa vocation, quand bien même cela ne plait pas à l’Etat et à ses représentants.

Pour terminer, je rejoins Pierre Manent pour dire qu’il est vain de rêver d’une harmonie à tout prix. La situation de tension qui règne actuellement entre les deux est plutôt bénéfique, et pour la démocratie qui a besoin d’être critiquée, et pour l’Eglise à laquelle il est important de rappeler aussi qu’elle ne doit pas s’enfermer dans son autorité et ses certitudes.

Olivier Abel

Oui, il y a bien une difficulté, qui se traduit dans une agressivité anti-religieuse et plus particulièrement anti-chrétienne. Le catholicisme paraît recevoir plus de coups que le protestantisme, mais c’est parce qu’il représente la culture majoritaire et en même temps la culture la plus systématiquement refoulée.  Si le protestantisme semble mieux accepté sur cette échelle de l’opinion, il l’est de manière ambiguë : il apparaît à la fois comme une religion plus sympathique, plus laxiste, girondine, minoritaire sans être agressive, mais aussi comme un mélange de puritanisme austère, d’esprit iconoclaste, d’individualisme forcené et anorexique, de sectarisme aussi…

La démocratie française est républicaine avant d’être libérale, et elle est plus laïcisée que sécularisée. Certes, on trouverait des pays plus laïcisés que la France, d’autres plus sécularisés. La laïcisation correspond à une séparation de fait, alors que la sécularisation correspond à un pluralisme de fait. En France, la sécularisation s’avère plus difficile en raison de la situation majoritaire du catholicisme. Et les protestants ont souvent désormais tendance à voir la laïcité, ou le cléricalisme d’Etat, comme un catholicisme en creux. Or cette image leur évite de faire l’analyse de la situation dans laquelle nous vivons : ils s’imaginent qu’une critique adressée à l’Eglise catholique ne les touche pas. Mais c’est une illusion : catholiques et protestants sont liés dans l’agressivité anti-religieuse, et si le témoignage catholique est ébranlé après une déclaration de la congrégation pour la doctrine de la foi, par exemple, nous autres protestants de même ne sommes plus crédibles.

La nouveauté, pourtant, c’est que le catholicisme en particulier, et les Eglises en général, ne représentent plus une menace pour la démocratie. Il est donc temps de reposer la question de la participation des religions à l’espace public : au nom de quoi les exclure de l’espace public quand les Eglises ont renoncé au monopole du juste et du vrai. Le centre de la société n’est-il pas «vide» justement pour laisser place au débat pluraliste ? Par ailleurs, si les religions sont devenues vraiment pluralistes, existe-t-il un réel pluralisme économique et politique ? Nous pouvons exiger plus de pluralisme de la part des démocraties.

Un auteur du 16e siècle, Pierre Bayle, donnait une très belle image de la société : l’image d’une voûte sans pilier central et dont les différentes pierres s’empêchent mutuellement de prétendre chacune être la seule à soutenir l’espace central : cela suppose une pression réciproque, une multi-fondation de la démocratie. Les diverses sources fondatrices de la démocratie doivent sans cesse être corrigées et réinterprétées : il y a les Lumières mais aussi le Romantisme, il y a la pensée sociale de la fin du 19e siècle mais aussi l’Humanisme et la Réforme, la scolastique et le droit canon, il y a aussi la Cité grecque…

Quelle est la contribution protestante à l’espace démocratique commun, en positif et en négatif ? Au préalable, je voudrais faire un petit éloge du puritanisme, pour en retourner l’image ! Il exprime d’abord un style pragmatique quant à l’usage des choses, de l’argent ou des techniques. Rien n’est tabou, mais rien non plus n’est indispensable, au point que nous puissions y voir une réponse à tout : il importe de s’interroger sur l’usage qu’on en fait. Le deuxième trait de caractère de cette contribution à la pensée libérale est l’idée d’un sacerdoce universel : il n’y a pas de hiérarchie religieuse. Il n’existe aucune entité éthiquement supérieure aux individus; et l’autonomie de chacun entraîne une révolution qu’on pourrait qualifier de «communiste» chez Cromwell. Cette philosophie politique du contrat électifest très importante dans le protestantisme : il y a pour chacun un droit de rompre qui contrebalance le conformisme. Enfin, la prédestination représente le troisième élément important : l’homme - individu ordinaire, aussi bien que prêtre ou roi - ne peut juger du salut de quelqu’un et ne doit pas s’en soucier; il existe une réserve inaliénable, un voile d’ignorance qui ne sera levé qu’au jour du jugement.

Or le protestantisme se trouve pris à contre-pied de ses intentions initiales. La société issue des œuvres du protestantisme ne ressemble plus du tout à ce que voulait cette religion : l’individu - pilier du protestantisme-, responsable devant les autres et devant Dieu, s’écroule dans la dépression, incapable de soutenir sa charge de responsabilité. On avait misé sur le contrat au sens fort de Rousseau, et il n’est souvent plus qu’un chiffon de papier. La libre conjugalité était une autre composante forte du protestantisme : aujourd’hui, la famille est fragilisée et la filiation menacée. Enfin, la modernité suscitait l’enthousiasme et, dans la Renaissance évangélique, les savants huguenots, tels Olivier de Serres, Bernard Palissy ou Ambroise Paré, s’émerveillaient devant la beauté du monde; cette vision est aujourd’hui mise à mal dans un monde désenchanté, pollué, souillé. On déteste donc ce pour quoi on a tout sacrifié. Et le protestantisme, qui a beaucoup plus investi que le catholicisme dans le progrès et la modernité démocratique, se retrouve dans une situation plus difficile.

Après les avoir séparés, c’est comme si nous étions incapables de réinventer l’association entre le droit et la morale, entre le public et le privé, pourtant constitutive de la démocratie. Nous avons aussi une faiblesse, typiquement protestante, à symboliser. Le protestantisme, historiquement peu lié à l’absolutisme monarchiste, ne sait pas représenter. Il voudrait représenter la pluralité, le différend; car pour lui, ce sont les désaccords, les conflits eux-mêmes qui sont représentatifs. Il n’y a pas de «position protestante» dans un débat démocratique… mais cela passe mal.

Le protestantisme français a été ébranlé par une sorte d’éclat de rire tragique au moment de la révocation de l’Edit de Nantes et du débat entre Bayle et Bossuet : le catholicisme a prétendu et affirmé alors qu’il était la seule vraie et bonne religion et que cela justifiait les conversions par la force. Mais comment vivre après cet éclat de rire ? Les protestants ne pouvaient plus affirmer la même chose sans être ridicules. Cela signifie que nous, Eglises et confessions, acceptons d’être passagères et historiques, même si «la» religion est universelle, de même que les langues évoluent et meurent, alors que le langage est universel. De même, la démocratie libérale peut croire qu’elle est la seule et définitive démocratie ! Nous devons, nous aussi, éclater de rire et lui montrer que cette assertion est fausse, qu’il est possible de trouver des ressources permettant d’inventer d’autres formes politiques, plus démocratiques et que nous n’imaginons même pas.

Le christianisme autorise deux choses : d’abord, penser le désaccord et le conflit, et imaginer les formes durables de compromis pour le supporter : instituer le plaisir de différer ensemble. Ensuite, le christianisme autorise à penser la génération, ce qui précède et excède chacun de nous : instituer un cadre plus durable que l’individu éphémère, qui lui permettra de laisser place à d’autres. Sur ces deux points, nous avons beaucoup à faire. Les Eglises, c’est essentiel, doivent aider à la reconstruction du politique, parce que celui-ci ne pense pas assez le désaccord et que, par nervosité, il ne laisse pas assez de place aux générations futures. Cette responsabilité exige des Eglises catholique et protestantes d’avoir des croyants crédibles dans leur témoignage.



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1 / Avec un bémol puisqu’il y a une composante monarchique résiduelle en France et que même les laïques les plus intransigeants supportent que le décès d’un Président de la République soit l’occasion d’une messe solennelle à Notre-Dame !

2 / En ce domaine, l’Ancien Testament, trop souvent mal connu, joue des tours au catholicisme, avec des exemples de monarchies bien peu démocratiques.

3 / Cf. Etienne Perrot, «Le cléricalisme d’Etat», Etudes, mars 2001.


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