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Dans l'espace européen

Rémy Leveau
Chercheur

Les éléments déterminants d'une politique d'immigration tiennent autant de facteurs objectifs comme la démographie ou l'économie que de constructions imaginaires et de perceptions où l'histoire joue une part importante Les liens de la France et de la Grande Bretagne avec leurs ex Empires coloniaux en offrent le témoignage le plus visible da...

Conclusions

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Migrations et frontières ceci n'est pas un slogan mais la prise en compte de la nouveauté d'un phénomène Les frontières les nous traversent Les territoires changent de sens Aujourd'hui nous circulons plus que jamais d'un pays à l'autre La rapidité des transports les échanges généralisés le brassage des cultures nous font franchir les li...

Sangatte et les nasses aux frontières de l'Europe

Violaine Carrère
Acteur de terrain

Resumé De Sangatte à Ceuta et Melilla, en passant par bien d’autres lieux, la constitution d’un espace européen s’accompagne de zones de passage où se cristallisent les attentes. Pourquoi l’existence de ces zones ? Quel statut ont-elles et comment se créent-elles ? Quels moyens imaginer pour mettre fin à des situations en impasse ? Re...

L'épreuve du temps

Christophe Daadouch
Acteur de terrain

Resumé Paradoxe cultivé : prenant les sans-papiers aux mots – « nous sommes ici depuis longtemps » – les lois invitent le résident « irrégulier » à prouver son séjour. Quittances, bulletins de salaires, factures : comment fournir un papier officiel quand on a tenté pendant dix ans de rester discret ? Au risque de croire que l’étra...

Retours imposés, retours rêvés des Mexicains aux Etats-Unis

Emmanuelle Le Texier
Chercheur

Resumé Traversées quotidiennes de véhicules, circulations saisonnières, passages clandestins guidés par un coyote, mais aussi réseaux et associations régionales, organisations politiques ethniques : la frontière Mexique Etats-Unis est plus qu’une ligne de passage, elle devient un espace public. Resumé Traversées quotidiennes de véhicul...

Quel lien entre migrations internationales et développement ?

Jean-Pierre Guengant
Chercheur

Resumé Le développement, la lutte contre la pauvreté, des freins migratoires ? Sans doute pas. Aux politiques d’être vigilants et d’assumer une réalité qui échappe malgré tout à la force des logiques économiques, à l’efficacité des contrôles frontaliers. Le Nord attire, il a besoin de main-d’œuvre. Comment concilier ses intér...

Les Turcs, entre l'Europe et la Méditerranée

Stéphane de Tapia
Chercheur

La migration internationale est passage de frontières avec installation et sédentarisation dans un pays d'accueil lieu de travail Mais cette migration une fois les titres de séjour et de travail acquis peut en réalité se décliner sur de multiples réalités discrètes et rarement comptabilisées par les statistiques Le migrant devenu immigr...

Les Marocains dans le monde

Driss El Yazami
Acteur de terrain

En ce qui concerne les Marocains peut on parler de diaspora On assiste à une mondialisation de plus en plus importante de la migration marocaine On compte plus de 1 8 million de Marocains inscrits dans des consulats à l'étranger Ils résident tout d'abord dans les pays autrefois liés avec le Maroc par des accords de main d'œuvre la France la ...

Les Soninké venus du fleuve

Philippe Dewitte
Chercheur

On les appelle communément les gens du fleuve ruraux sénégalais mauritaniens ou maliens riverains du fleuve Sénégal le plus souvent soninké ou peuls ils émigrent depuis le xixe siècle dans toute l'Afrique 1 Cette tradition en partie imposée par les conditions économiques et climatiques sahéliennes sera naturellement reprise après les i...

Le va-et-vient des Portugais en Europe

Albano Cordeiro
Chercheur

Resumé Ici pour travailler, à deux, en famille, dans le bâtiment, dans des associations... Là-bas, l’été, après deux jours de voyage, dans la maison de vacances, la casa às moscas le restant de l’année. Le mouvement est pendulaire. Quelles évolutions quand la retraite arrive ? Resumé Ici pour travailler à deux en famille dans le bâ...

Motivations et attentes de migrants

Catherine Wihtol de Wenden
Chercheur

Resumé Bouger, travailler, être libre, fuir, retrouver sa famille : quelles aspirations chez ceux qui sont saisis par « l’irrésistible attrait de la mobilité », la fascination de la frontière ? Les parcours diffèrent : hommes attirés par l’occident, femmes recherchant l’indépendance économique, jeunes ruraux en quête d’emplois. ...

Migrations et frontières (introduction)

Pierre Martinot-Lagarde
L'équipe de rédaction

tAu début du XIXe siècle peu après la chute de Napoléon Fabrice del Dongo le héros de la Chartreuse de Parme traverse le Pô la frontière séparant l'empire d'Autriche Hongrie du duché de Parme D'un côté du fleuve il est un jeune homme sentimental et romantique éprouvé par les tourments d'une passion qui l'a conduit jusqu'au meurtre De ...

Penser globalement les migrations

Gildas Simon
Chercheur

Resumé Arrivée, installation, passage, transit, rebondissements : combien de mots pour décrire les parcours des migrants, les nouveaux espaces de circulation. L’opposition entre les pôles de départ – l’Asie, principalement – et d’arrivée – l’Occident et le Japon –, est insatisfaisante. Ni d’abord victime ou criminel, le migr...

Dossier : Migrations et frontières

Les Soninké venus du fleuve


On les appelle communément les « gens du fleuve » : ruraux sénégalais, mauritaniens ou maliens riverains du fleuve Sénégal, le plus souvent soninké ou peuls, ils émigrent depuis le xixe siècle dans toute l’Afrique 1 Cette tradition, en partie imposée par les conditions économiques et climatiques sahéliennes, sera « naturellement » reprise après les indépendances, au point que le Soninké symbolisera l’immigré africain en France durant les années 60 et 70. Hommes seuls (pas forcément célibataires), vivant en foyer, envoyant chaque mois un mandat à la famille, le regard tourné vers le pays d’origine, les migrants d’alors se relayaient en France : un cousin ou un cadet venait remplacer son aîné dans le « village-bis », le foyer dans lequel se retrouvaient de nombreux originaires d’une même région. Avec la fermeture des frontières aux migrants sans qualifications en 1974, ce système de noria ne sera plus possible. Les hommes seuls seront bloqués en exil et ils ne tarderont pas à faire venir femmes et enfants, comme le leur permettaient les mesures en faveur du regroupement familial prises à cette époque 2.

Les années 80 virent ainsi la naissance de petites communautés soudées, solidaires mais souvent isolées de la société du pays d’accueil, gravitant autour de foyers surpeuplés. Le salaire d’un travailleur pouvait faire vivre plusieurs personnes en France, ainsi que la famille restée au pays, voire une partie du village. A la fin de la décennie, les chefs de famille décidèrent de contrôler leurs envois monétaires au pays, afin de les investir dans des projets porteurs de développement, susceptibles d’arrêter l’hémorragie des forces vives du village.

Jusque-là, seules la culture et la solidarité dans l’émigration avaient permis de tenir à bout de bras la vie communautaire et l’identité, soninké en particulier, en exil. À cette forte personnalité culturelle, les associations de développement et l’organisation matérielle et financière qu’elles supposent – sous la forme de tontines, par exemple – vont donner une assise économique. La mise en route au village des projets de développement des émigrés – un puits, une école, un dispensaire de santé, un périmètre irrigué – fait changer d’échelle à la vie communautaire et associative des expatriés, qui prend dès lors un tour supranational. Dès le milieu des années 90, ce phénomène n’est plus marginal, touchant près de 400 000 personnes réparties dans des centaines de villages de la région du fleuve 3.

Aujourd’hui, les cotisations continuent d’alimenter les caisses villageoises (une certaine « coercition » sociale et communautaire n’y est sans doute pas étrangère), et les associations déploient leurs activités sur plusieurs pays, plusieurs continents. Par exemple, « Thilogne association développement » impulse des actions de solidarité à une échelle résolument transnationale. Outre Thilogne, le village sénégalais d’origine, les « sections » de cette structure fédérative sont implantées en Afrique (à Dakar et au Gabon), en Europe (en France et en Italie), en Amérique du Nord (New York), et toutes tentent de concourir au bien être – à la survie parfois – des émigrés, et plus encore du village et de la région d’origine 4.

Les diverses communautés d’émigrés ne sont plus aujourd’hui isolées, atomisées, éparpillées. Elles dialoguent et s’entraident par-dessus les frontières et ne se contentent plus de pratiquer une solidarité à double sens, entre le pays d’origine et un pays d’accueil. Leurs activités économiques et culturelles, leurs actions de solidarité sont faites d’allers-retours permanents, de croisements et d’interactions entre les diverses communautés. Leurs appartenances sont multiples et elles inventent quotidiennement de nouveaux rapports entre nationalité et citoyenneté. Pour autant, ces caractéristiques ne font pas de ces communautés en réseaux des entités capables de dialoguer et de négocier avec le(s) pays d’origine et les Etats dans lesquels elles sont installées. Il leur manque entre autres, pour démultiplier et pérenniser leur action, voire pour la formaliser et l’institutionnaliser, la puissance financière et l’importance démographique. En un mot, on est encore loin de pouvoir parler de diaspora à leur égard. D’autant, last but not least, que leur fait défaut un imaginaire collectif, la conscience d’appartenir à un ensemble transnational et de vivre, par-dessus les frontières, une communauté de destin avec leurs compatriotes dispersés dans le monde entier.



1 / Adrian Adams, Le long voyage des gens du fleuve, éd. F. Maspero, 1977.

2 / Mahamet Timera, Les Soninké en France. D’une histoire à l’autre, Karthala, 1996.

3 / Christophe Daum, Les associations de Maliens en France. Migration, développement et citoyenneté, Karthala, 1998.

4 / Abdoulaye Kane, « Diaspora villageoise et développement local en Afrique : le cas de Thilogne association développement », Hommes & Migrations, n° 1229, janv.-fév. 2001.


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