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Ouverture: Derrière la guerre des monnaies


La monnaie apparaît comme un domaine, par excellence, dont sont exclus les citoyens, priés de l’utiliser sans broncher pour épargner, commercer ou payer l’impôt. Le renoncement à toute forme d’« ingérence » politique en la matière est tel que les États de la zone euro ont confié la gestion de leur monnaie à une instance indépendante. Au moins la crise a-t-elle ce mérite : rappeler combien la monnaie est, fondamentalement, une question politique.

Car abandonner l’ambition de gouverner la monnaie revient à exposer l’activité économique et l’emploi à une instabilité destructrice, tant il s’agit d’un lieu spéculatif, où les transactions de change atteignent des volumes près de soixante-dix fois supérieurs à ceux des transactions commerciales1. Ce serait ignorer, aussi, un enjeu central de répartition de la richesse, la monnaie dominante – le dollar – servant de pompe aspirante de l’épargne mondiale. Une telle attitude reviendrait, enfin, à déserter l’arène internationale, où la monnaie est devenue le terrain d’affrontement des principales puissances, États-Unis et Chine, sous le regard intéressé des banques d’affaires.

La monnaie nécessite l’adhésion. Soixante-sept ans après Bretton-Woods, les grandes puissances sauront-elles s’accorder sur un nouvel équilibre conjuguant stabilité, équité et légitimité, seul à même de susciter durablement l’adhésion des peuples? Opèrent-elles déjà un repli stratégique derrière des alliances régionales? Ou fourbissent-elles leurs devises guerrières ? La réforme du système monétaire a valeur de test de la capacité des nations à coopérer, voire à créer du contrat social à l’échelle mondiale. Aussi l’intuition française d’en faire une priorité du G20, en 2011, est-elle juste. Mais le défi est colossal. Il faudra aux représentants français la détermination, l’intelligence de porter une parole européenne. Et l’humilité.



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