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Jean-Paul II, pape de la paix


Jean-Paul II, pape de la paix : l’expression pourrait étonner. N’est-ce pas plutôt le nom de Jean XXIII qui vient spontanément à l’esprit quand on parle du « pape de la paix », à cause surtout de sa célèbre encyclique Pacem in Terris (1963), dont nous venons de célébrer le quarantième anniversaire ? Et le nom du pape actuel n’est-il pas associé, d’ordinaire, à la défense des droits de l’homme plutôt qu’à celle de la paix ?

Ses enseignements ont mis en évidence, chacun à leur manière, l’étroite connexion de ces deux thématiques. Pour des héritiers de la tradition biblique, le mot « paix » ne signifie jamais la seule absence de guerre. Et Jean-Paul II n’a cessé de développer des thèmes qui constituent tous, à des degrés divers, des fondements ou des conditions de possibilité de la véritable paix : justice, droits de l’homme, pardon, liberté, respect de la dignité humaine, vérité, etc. Quant aux droits de l’homme, il prolonge sur ce point une ouverture que l’on doit à Jean XXIII : s’il a souvent développé ce thème – notamment dans les nombreux discours qu’il a prononcés, dans les années 80, dans des pays où ces droits étaient notoirement violés – et s’il en a exposé les fondements chrétiens (dès sa première encyclique, Redemptor Hominis, 1979), c’est bien à Pacem in Terris que les catholiques se réfèrent comme au premier document « magistériel » reconnaissant sans réticence les droits de l’homme. Dans son message du 1er janvier 2003, le pape actuel redit toute l’importance, y compris pour aujourd’hui, de ce qu’avait écrit son prédécesseur en 1963.

En 1982, au moment où le débat sur les euromissiles divise profondément les esprits, y compris parmi les chrétiens, Jean-Paul II déclare toujours pertinente la position de « tolérance provisoire » accordée en 1965 à la dissuasion nucléaire par le Concile. Mais il garde comme objectif le désarmement nucléaire total, pour le jour où les conditions politiques le rendront possible : « Promettons à nos frères en humanité de travailler sans nous lasser au désarmement et à la condamnation de toutes les armes atomiques » (Discours à Hiroshima, 25 février 1981, Documentation catholique n° 181). Avec la fin de la guerre froide, cet objectif redevient actuel. Il tient devant les évêques du Japon, en 1995 des propos que l’on peut ainsi résumer : les armes nucléaires ne sont plus à domestiquer ou à tolérer provisoirement, mais à supprimer totalement. Ce n’est pas sans son accord que, en octobre 1993, le délégué du Saint-Siège à l'Onu, Mgr Renato Martino (devenu depuis Cardinal et président du conseil pontifical Justice et Paix) déclare devant l'Assemblée générale : « La dissuasion nucléaire constitue un obstacle au désarmement nucléaire authentique. Elle assure une hégémonie inacceptable sur les nations sans armes nucléaires » 1.

Contre la guerre, mais pas pacifiste

En février-mars 2003, Jean Paul II s’opposait à la décision américaine d’abattre par les armes le régime irakien. Son affirmation ne relèvait pas d’un refus de principe de tout usage des armes, ce qui serait en contradiction avec le catéchisme de l’Eglise catholique, publié sous son pontificat. La guerre n’est jamais une bonne solution, c’est toujours un « échec de l’humanité », « une aventure sans retour »). Pourtant, dans certaines situations dramatiques, il faut agir pour « désarmer un agresseur ». Ainsi au corps diplomatique, le 16 janvier 1993, au moment où fait rage la purification ethnique en Bosnie : « Une fois que toutes les possibilités offertes par les négociations diplomatiques, les processus prévus par les conventions et les organisations internationales, ont été mis en œuvre et que, malgré cela, des populations civiles sont en train de succomber sous les coups d'un injuste agresseur, les Etats n'ont plus le « droit à l'indifférence ». Il semble bien que leur devoir soit de désarmer cet agresseur, si tous les autres moyens se sont avérés inefficaces. Les principes de la souveraineté des États et de la non-ingérence dans leurs affaires internes – qui gardent toute leur valeur – ne sauraient toutefois constituer un paravent derrière lequel on pourrait torturer et assassiner » ( Documentation catholique, n° 2066). Ces formules ne sont pas de circonstance : il les reprendra presque mot pour mot dans son message du 1er janvier 2000.

Le droit international, garant de la paix

Le respect des droits de l’homme – à commencer par le droit de ne pas être massacré – justifie donc parfois, voire exige le recours à la force militaire. Mais un recours qui doit absolument être encadré par l’éthique et le droit : Jean-Paul II s’inscrit dans la longue tradition des moralistes chrétiens qui ont voulu limiter, en les enserrant dans un ensemble de conditions strictes et précises, ces recours aux armes que l’on ne pouvait délégitimer de manière absolue. C’est sur le non respect de ces critères que se fonde son opposition aux deux guerres d’Irak : celle de 1991, parce qu’elle violait le principe de « proportionnalité » (« le recours à la force pour une cause juste n’est admissible que si celui-ci est proportionnel au résultat que l’on veut obtenir et en soupesant bien les conséquences de l’action militaire »), celle de 2003, parce qu’elle a été décidée unilatéralement, sous un prétexte de « guerre préventive » qui constitue une extension indue de la notion de légitime défense (admise, elle, par l’Eglise. Cf. Gaudium et Spes, 79,4) et au mépris du droit international.

Ce dernier point est sans doute le plus déterminant : Jean-Paul II semble convaincu que l’existence de l’Onu – dont la Charte proscrit la guerre, sauf le cas de légitime défense immédiate – représente une avancée de grande importance vers un monde où les conflits seraient réglés pacifiquement. Sans aller jusqu’à reprendre la formule audacieuse de Jean XXIII, appelant de ses vœux l’avènement d’une « autorité publique de compétence universelle » ( Pacem in terris, 137), Jean-Paul II mise sur les institutions internationales, si imparfaites soient-elles, pour défendre les droits des peuples faibles contre l’aventurisme unilatéral des forts. Ce n’est pas un hasard si, dix mois après la guerre d’Irak, il choisit de consacrer l’essentiel de son message du 1er janvier 2004 à une apologie du droit international et de l’Onu. Un chiffre significatif : en 1978, lorsque Karol Wojtyla accède au pontificat, le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques avec 84 Etats; aujourd’hui, avec 172. Voilà un pape qui croit aux vertus de la diplomatie.



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1 / Voir C. Mellon, « Ethique de la dissuasion nucléaire : l’Eglise catholique a changé », in Défense nationale, août-septembre 2000, pp 12-19.


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