Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
Le mercure s'est affolé au début de l'été. La canicule s'est installée. Les pronostics se mêlent alors aux bilans. Par 40 degrés sur l’ensemble de l’Hexagone, on apprend donc que la canicule de cette entame estivale fut la cinquantième du genre depuis 1947, et la trente-troisième depuis 2000. Comme quoi s’accentue la fréquence du phénomène.
On apprend également que la température du 30 juin 2025 fut la plus chaude jamais relevée sur le territoire à cette date. Que, depuis le début de l’année, une seule vague de chaleur s’est étirée sur 13 jours contre quatre sur 31 jours en 2022 et deux sur 22 jours en 20031.
Le spectre de cette dernière année et de ses 15 000 décès n’a pas tout à fait quitté les esprits, mais que l’on se rassure. Les dispositifs de prévention ont été étoffés ! Jusqu’à rappeler qu’une alerte orange virant au rouge ne concerne pas seulement les personnes dites vulnérables, mais aussi les individus en pleine santé. Soit. Et ensuite ? Voire en amont ?
« Arrêtons de tout demander à l’État ! », s’irrite le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau sur France Inter, en enjoignant aux populations de prendre soin les unes des autres. Un bon principe qui appelle tout de même un minimum d’organisation. Plus résolus, Marine Le Pen et Éric Ciotti prônent un vaste « plan de climatisation ». Quitte à perdre de vue les incidences de la climatisation massive… sur le climat.
La promesse écologique repassera. Elle s’impose malgré tout à nos corps exposés à l’intensité du cagnard. Qui n’éprouve pas, de sa tête alourdie à ses jambes engourdies, ce besoin de ralentir, de décélérer, de se ménager ? Car c’est bien là l’impensé majeur de cette pulsation climatique à laquelle personne n’échappe. Nos sociétés dopées à la vitesse et à l’efficacité patinent face à la manifestation la plus sensible du dérèglement de notre atmosphère.
Car d’où vient cet anthropocène fauteur de réchauffement, sinon d’une productivité exacerbée et jamais rassasiée ? Notre propre ralentissement physique devrait en inspirer un plus large, celui que prône Timothée Parrique, chercheur et auteur de Ralentir ou périr2 : il se nomme « décroissance ». Le seul mot hérisse ou cabre. Il ne s’agit pourtant pas de tout mettre à l’arrêt, mais de produire moins, voire parfois de renoncer à produire au regard de nos propres perspectives de survie. C’est encore trop pour nombre de dirigeants, surtout les plus en vue.
Victimes du mercure que nous faisons grimper, nous sommes bien les enfants de Mercure. Allégorie du commerce et des voyages, le dieu mythologique avait aussi pour mission d’emmener les âmes vers l’Enfer. Tout en tenant dans sa main un caducée, symbole de soin.