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L’envol de la chouette

Crédits : Simon Shutter / iStock
Crédits : Simon Shutter / iStock

Le confinement mis en place pour contenir l’épidémie s’est traduit par toute une série de restrictions : limitation des déplacements, couvre-feu, port du masque… Comme les secouristes de haute montagne, nos comportements étaient dictés par une injonction à ne pas penser pour éviter une chute fatale. Un vent de liberté souffle à présent et l’on se réjouit de retrouver, petit à petit, nos libertés suspendues.

Mais n’avançons-nous pas en terrain miné ? L’histoire nous enseigne que c’est dans les temps de transition que les monstres se font jour. Fondamentalement ambiguë, effrayante et fascinante, cette figure surgit entre des visions du monde en contradiction. Les réponses aux urgences économique, écologique et sociale parviendront-elles à nous sortir d’une logique purement productiviste ? Le retour de l’État-providence durant la pandémie ne sera-t-il qu’une parenthèse ? Pourrons-nous reprendre une vie « normale » sans se solidariser avec l’Inde, le Brésil ou Haïti ? Nul ne saurait le dire.

Il ne s’agit certes pas de démissionner, ni de la pensée, ni de l’engagement, mais d’être vigilant pour laisser place à ce qui peut advenir.

« Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son envol. » Hegel utilise cette métaphore à la fin de la préface des Principes de la philosophie du droit (1820), essentiellement pour dire que l’histoire est radicalement imprévisible et impensable. Dans la mythologie, Minerve est la déesse de la sagesse et son symbole est la chouette. Le crépuscule est ce moment où l’on cesse d’être dans le feu de l’action et dans l’agitation du monde. De là cette métaphore de la chouette, qui ne se réveille que lorsque le jour de l’action est tombé. Il ne s’agit certes pas de démissionner, ni de la pensée, ni de l’engagement, mais d’être vigilant pour laisser place à ce qui peut advenir. En se détachant d’un futur prévisible, verrouillé par la logique de compétition et la performance, qui prétend garder la maîtrise des faits et gestes.

En février prochain, en partenariat avec le « Pacte du pouvoir de vivre », qui réunit 65 organisations de la société civile, la Revue Projet vous proposera un dossier spécial sur l’importance de l’imagination en politique, dernier volet de notre série de six dossiers sur les fondements démocratiques. Le monde d’après ne sera différent du monde d’avant que si nous sommes capables d’ouvrir de nouvelles perspectives et d’entreprendre des actions alternatives. Ce qui compte aujourd’hui, c’est la sortie de l’isolement. Ne nous cantonnons pas à la tyrannie de l’intime, où l’on est facilement gagné par le sentiment d’impuissance. C’est l’interaction entre les personnes et l’appartenance à des communautés politiques qui permettront d’inventer de l’absolument nouveau.

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