Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site

Quel est le prix d’une vie ?

Chayakorn Lotongkum/iStock
Chayakorn Lotongkum/iStock

« Toute personne a un prix, l’important est de savoir lequel », disait cyniquement le narcotrafiquant Pablo Escobar. Le marché peut-il tout monétiser ? Le marché peut-il tout vendre et tout acheter ? Étonnamment, la réponse est positive à la première question et négative à la seconde. Et c’est souvent parce qu’on ne distingue pas ces deux questions qu’on se perd dans un labyrinthe sans sortie. L’achat ou la vente de certains biens, tels que la vie humaine, en modifie la nature.

D’êtres libres, l’homme ou la femme marchandisés deviennent esclaves. « Un homme donnerait-il toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, il ne recueillerait que mépris » (Cantique des cantiques). N’empêche que la valorisation monétaire est partout et s’étend à toute réalité : les objets, les êtres vivants, la planète, l’air, la pollution, l’art, etc. Récemment, lors du procès du Mediator, les victimes réclamaient un milliard d’euros, soit environ 150 000 euros par partie civile. Elles n’ont obtenu que 180 millions, cinq fois moins. Que faut-il en penser ? Le labyrinthe n’est pas loin.

En France, la valeur « statistique » d’une vie a été évaluée à 3 millions d’euros. 

En France, la valeur « statistique » d’une vie était évaluée à 3 millions d’euros en 2013, alors que celle d’un Américain tournait autour de 9 millions de dollars et celle d’un Bangladeshi était estimée à environ 5 000 dollars1. Très grossièrement, on peut chiffrer approximativement la valeur d’une Française ou d’un Français à quelque 35 000 euros par année qu’il lui reste, statistiquement parlant, à vivre. Le prix d’une vie est une notion bien définie : la vie d’un jeune vaut plus que celle d’un âgé.

La pandémie actuelle a remis cette question au premier plan. Le « quoi qu’il en coûte » a été analysé en coûts-bénéfices2. N’a-t-on pas trop (ou trop peu) dépensé pour sauver des vies ? En France, le coût cumulé des traitements hospitaliers représentait, en avril 2021, environ 8 milliards d’euros. Sachant que près de 400 000 personnes ont été soignées, on obtient un coût moyen de 20 000 euros par individu. Les mesures de confinement auraient coûté à l’État plus de 200 milliards d’euros, soit 3 000 euros par personne, mais pour combien de vies sauvées ? Impossible à dire. Il suffit de considérer un pays tel que le Brésil pour se rendre compte que l’inaction a un coût exponentiel en vies humaines.

De toute façon, les sommes dépensées sont loin de la valeur statistique des personnes les plus touchées, celles de plus de soixante-dix ans. Comme quoi, l’argent n’est pas le meilleur indicateur pour décider d’une politique. Le gouvernement se serait-il endetté cent fois plus, le résultat aurait sûrement été similaire car les contraintes n’étaient pas d’abord financières, mais structurelles : trop peu de ressources humaines, trop peu d’infrastructures, trop peu d’anticipation, etc. Des biens qui, s’ils peuvent être estimés, ne peuvent être achetés.

Les plus lus

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des hommes. Une ...

Faim et suite

En ce début de XXIe siècle, la faim est toujours là, et même en hausse structurelle depuis moins d’une décennie. Selon les estimations onusiennes, près de 800 millions de personnes sont, à ce jour, sous-alimentées.Cette réalité ne se réduit pas à l’imagerie tragique d’enfants dénutris du Sahel. En 2020, deux milliards et demi d’individus – soit le tiers de l’humanité – se sont trouvés en état d’insécurité alimentaire. Autrement dit, selon les critères de la FAO (l’organisation des Nations unies...

Quel est le prix d’une vie ?

« Toute personne a un prix, l’important est de savoir lequel », disait cyniquement le narcotrafiquant Pablo Escobar. Le marché peut-il tout monétiser ? Le marché peut-il tout vendre et tout acheter ? Étonnamment, la réponse est positive à la première question et négative à la seconde. Et c’est souvent parce qu’on ne distingue pas ces deux questions qu’on se perd dans un labyrinthe sans sortie. L’achat ou la vente de certains biens, tels que la vie humaine, en modifie la nature.D’êtres libres, l...

Du même auteur

Démocratie, espèce menacée ?

Le dernier indice démocratique des nations vient de sortir1. L’année 2021 fut marquée par la pandémie et les gouvernements ont dû se positionner face au Covid, en tant que crise nationale et mondiale. Pensons à la Chine, la première touchée, aux États-Unis gouvernés par Donald Trump, au Brésil de Jair Bolsonaro ou à la France sous Emmanuel Macron. Comment la démocratie a-t-elle traversé cette crise ? Le constat de ce rapport est sans ambiguïté : sur tous les continents, le Covid a eu un impact ...

Le matheux et le politique

École de créativité, les mathématiques nous invitent à embrasser une pensée « hors cadre ». Saurait-elle inspirer des réinventions de nos modes de gouvernement ? Parler d’imaginaire en mathématiques pourrait paraître incongru, celles-ci étant connues pour être le domaine par excellence de l’efficacité et de la rigueur. Les mathématiciens auraient-ils accès au rêve ? Il est vrai que le fameux nombre imaginaire – celui qui est tel...

Babel et l’intelligence artificielle

La digitalisation est partout. Un continent est en train d’émerger : « Les données [numériques] constitueront le nouvel or noir du Septième continent, le pétrole du nouveau siècle. » (C.-É. Bouée, Confucius et les automates, 2014). D’aucuns ne parlent plus seulement de réalité virtuelle, mais d’extra-réalité. Nous quittons la réalité pour une destination tout autre, à la manière du train pour Poudlard à prendre au quai 9 ¾ dans Harry Potter.Dans Petite poucette (Le Pommier, 2012), Michel Serres...

1 Voir les travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

2 Voir les travaux statistiques de Samuel J. Sender.


Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules