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Philippe Leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)
Philippe Leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)

Le droit de manifester menacé Édito


« Arrêté·e·s pour avoir manifesté. La loi comme arme de répression des manifestant·e·s pacifiques en France », titrait un récent rapport d’Amnesty International. Défiler pacifiquement expose-t-il au risque de finir en garde à vue ? Y a-t-il une volonté politique de pénaliser le fait de manifester, tout comme ce fut le cas, rappelez-vous, de certains actes de solidarité avec des exilés ? Ou, plus simplement, le gouvernement veut-il instiller une peur diffuse, afin de limiter le nombre de manifestants, s’étant trouvé débordé à plusieurs reprises ? Amnesty dénonce les « mesures inquiétantes » de l’arsenal législatif français destiné à « réprimer » des personnes qui, souvent, n’ont pas commis d’infraction1. Le constat est documenté : depuis fin 2018, la répression des manifestations a été d’une ampleur inédite. Les autorités françaises ont « instrumentalisé des lois contraires au droit international » pour verbaliser, arrêter arbitrairement et poursuivre en justice des gens qui n’avaient commis aucune violence. Les infractions, souvent formulées « de manière trop vague », amènent la justice à prononcer des sanctions « disproportionnées » contre des manifestants. Cela ne peut que dissuader de descendre dans la rue.

Comme trop souvent, la pensée du sociologue allemand Max Weber était ainsi détournée.

« Quand j’entends le mot “violences policières”, moi, personnellement, je m’étouffe. La police exerce une violence, certes, mais une violence légitime. C’est vieux comme Max Weber ! » Voilà ce que déclarait, le 28 juillet dernier, devant la Commission des lois de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur pour justifier certaines violences policières. Comme trop souvent, la pensée du sociologue allemand était ainsi détournée. Bien sûr, les actes de violence à l’encontre des forces de l’ordre doivent être jugés et condamnés. Pour autant, le droit de manifester pacifiquement, lié à la liberté d’expression, doit être protégé, quelles que soient les revendications, à condition qu’elles ne propagent pas de préjugés et de discriminations ou ne constituent pas un appel à la haine.

Dans la situation actuelle de crise sanitaire, sécuritaire, écologique et économique, nous avons besoin, plus que jamais, d’espaces de contre-pouvoir. Comme le soulignait le philosophe Claude Lefort, le propre de la démocratie est précisément de faire advenir la différence et de faire émerger les sources de désaccord. Ce n’est donc pas le désaccord qui est problématique, mais l’absence de débat contradictoire. Ce n’est pas le conflit qui est dangereux, mais la violence. Utiliser la loi de manière abusive contre des manifestants constitue une forme de violence. Manifester est un droit, pas une menace.

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