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Prisons : un mal français (éditorial)


La publication très récente du premier rapport annuel du contrôleur général des lieux de privation de liberté 1 est l'occasion de s'informer sur l'état des prisons françaises, et de poser quelques questions.

Lorsque Jean-Marie Delarue, conseiller d'État, avait été nommé en juin 2008 à ce poste, certains s'interrogeaient sur l'utilité de cette nouvelle mission : l'Observatoire international des prisons jouant bien son rôle de critique extérieur de la politique pénitentiaire, que pourrait ajouter le travail d'une équipe de contrôleurs dont le responsable rendrait compte au gouvernement ? Force est de constater que M. Delarue n'a pas craint de déplaire. Il dénonce les mauvais traitements et les situations de détention où le respect de la dignité des personnes est mis à mal. Il indique lui-même que son rapport contient « des invitations à modifier l'état des choses, puisqu'il n'est pas satisfaisant ». Le contenu de ce premier rapport suffit à justifier la démarche et l'institution. Mais ces recommandations entraîneront-elles des changements d'habitudes (chacun sait combien c'est difficile) et des décisions administratives, voire législatives et budgétaires ?

Il est permis d'en douter. D'abord, le contrôle général des lieux de privation de liberté n'a pas été doté, pour sa première année de fonctionnement, des moyens normalement prévus. Mauvais signe ! Les arbitrages budgétaires laissent peu de chances à une augmentation de crédits en faveur d'une amélioration des conditions de rétention et de détention, pour laquelle manquent avant tout des moyens humains, et ce malgré les efforts de l'administration pénitentiaire.

Seconde raison qui renforce la première : dans ces lieux de privation de liberté vivent (si l'on peut dire) des personnes que la société ne veut pas voir. L'exclusion des délinquants, des malades psychiatriques et de toute personne en situation irrégulière répond à un vœu plus ou moins conscient d'une majorité de Français. L'entretien avec un psychiatre hospitalier, dans ce numéro, montre la difficulté – même pour ceux qui les côtoient – de donner toute sa place au malade. Il faudrait rendre obligatoire la lecture du rapport Delarue pour faire comprendre que les choses doivent changer aussi derrière les murs !

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