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Madeleine Delbrêl a cent ans


Pour le centenaire de la naissance de Madeleine Delbrêl, une « fête des gens ordinaires » était organisée le 23 octobre 2004, à Ivry sur Seine, dans cette ville où elle était venue « vivre la charité de Jésus » pendant 30 ans. Nous avons vécu un événement étonnant, au moment où nous allions commémorer un autre centenaire, celui de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Le maire avait annoncé cette fête lors de ses vœux en janvier. La mairie a mis à notre disposition locaux, sonorisation, personnel municipal et affiches, des affiches signées « diocèse de Créteil, en partenariat avec la ville d’Ivry ». Celles-ci furent diffusées dans toute la ville, sans que personne n’y trouve à redire en ce qui concerne la laïcité.

En juillet, à plusieurs, nous avions rencontré le dessinateur du journal municipal pour la maquette des affiches. Je le connaissais et le savais athée. Quand je lui montre une photo de Madeleine accroupie discutant avec une petite fille à la toupie, je vois que cette photo le touche. L’idée vient de prendre la toupie comme logo : comme le symbole de notre monde qui tourne si vite, mais qui a besoin d’un axe, peut-être d’une foi ? Et puis nous hésitons à écrire « Centenaire de la naissance de Madeleine Delbrêl », un titre un peu long et banal pour une affiche. Ensemble, nous trouvons : « Madeleine Delbrêl a 100 ans ». La jeune chargée des relations publiques, Vanina, tique un peu : « Est-ce qu’on peut dire ça ? Cela voudrait dire qu’elle ne serait pas morte… Mais peut être que c’est un peu vrai, finalement… »

La fête du centenaire a été l’occasion de multiples dialogues entre chrétiens et agnostiques ou athées, ces dialogues que Madeleine avait vécus personnellement mais qui aujourd’hui sont devenus publics et collectifs. L’une des tables rondes avait pour thème « croire ou non », à partir d’une phrase de Madeleine « la plus grande misère c’est de ne pas connaître Dieu ». Elle réunissait le maire, l’évêque et le curé. Le maire communiste d’Ivry, Pierre Gosnat, est le petit fils de Venise Gosnat, premier adjoint et patron de Madeleine quand elle était assistante sociale. Tous deux étaient devenus de grands amis, poursuivant un dialogue sans concession jusqu’à leur mort.

Une autre table ronde était consacrée aux écrits de Madeleine dans les années 36-45 sur le travail social. Nous les avions exhumés des archives et transmis à des travailleurs sociaux. Ils ont été éberlués de découvrir des textes prophétiques sur la déontologie de la profession, à une époque où celle-ci se cherchait. « Pourquoi aviez-vous caché ces textes ? Insister uniquement sur les textes mystiques de Madeleine Delbrêl, c’est l’amputer de cette dimension professionnelle dans laquelle elle a beaucoup apporté à la société. » Venise Gosnat ne s’y était d’ailleurs pas trompé, lui qui avait très vite embauché Madeleine à la Libération, témoin de tout ce qu’elle avait fait pendant que les dirigeants communistes étaient dans la clandestinité.

Croyants et non croyants ont assisté à d’autres rencontres, sur des thèmes comme : « la prière, à quoi ça sert ? », « le silence dans la ville », « la souffrance peut-elle avoir un sens ? ». Beaucoup étaient touchés par le spectacle de Bruno Durand, comédien qui avait mis en scène des méditations spirituelles de Madeleine. Aujourd’hui à Ivry, ces dialogues se multiplient. Certains avouaient : « Ivry est quand même une ville un peu spéciale, on y vit une laïcité où les religions apportent leurs valeurs à la construction commune. »

En tout cas, on y sent vraiment la présence de cette femme  qui écrivait : « Personne sauf Jésus Christ n’a demandé à notre cœur d’aimer chacun de tous les hommes, de l’aimer jusqu’au bout et de l’aimer en toute chose. Mais quand un homme a été aimé de cet amour là, il en garde le souvenir, et ce souvenir devient à son tour comme un pressentiment de l’amour même de Dieu. »


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