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Dossier : Culture-monde

Le palais global

Jean-François Bayart et Romain Bertrand
Chercheurs

Les traditions culinaires sont revendiquées. Elles s’exportent aussi, se métissent. Les traditions culinaires sont revendiquées Elles s'exportent aussi se métissent Quoi de plus lié aux terroirs que la cuisine et la gastronomie Nous devenons pourtant les commensaux de bien des peuples Margo et Guy Harley Guenego ont repris il y a un an l'ens...

Les musiques en Afrique, révélateurs sociaux

Denis-Constant Martin
Chercheur

Des sources musicales à la fois revisitées et modernisées. La musique révèle des transformations que connaît l’Afrique : ambiguïtés de la modernisation, expression originale et contraintes de la scène internationale. Des sources musicales à la fois revisitées et modernisées La musique révèle des transformations que connaît l'Afriqu...

Les tensions de l’inculturation en Inde

Catherine Clémentin-Ojha
Chercheur

Le difficile travail de définition de l’indianité. Le difficile travail de définition de l'indianité Quand identités traditions religions se nourrissent et se crispent Projet Comment se vit l'inculturation la rencontre d'univers culturels différents en Inde Catherine Clémentin Ojha Avant d'aborder cette question il faut revenir sur le cont...

Culture-monde (ouverture)

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Si Projet consacre un dossier à cette lame de fond que représente l'avènement d'une Culture Monde c'est avec la conviction que nous vivons dans le champ culturel des transformations aussi fondamentales que dans le champ politique La Renaissance ou les Lumières par exemple ont eu des répercussions profondes bien au delà du monde des Lettres e...

La mondialisation technologique

Peter Kemp
Chercheur

Pour un contrôle démocratique international des systèmes techniques. Pour un contrôle démocratique international des systèmes techniques La globalisation économique est impensable sans une mondialisation technologique des moyens de communication Cette dernière de plus en plus valorisée peut être dangereuse Dans la discussion actuelle sur ...

Lost in translation ? Globalisation des flux et courtage culturel

Jean-Pierre Warnier
Chercheur

Dans la circulation des biens, des images, des pratiques, que se passe-t-il entre les cultures ? Dans la circulation des biens des images des pratiques que se passe t il entre les cultures Refuser l'alternative entre une culture mondialisée sous le signe de l'aliénation et un émiettement culturel bricolé Vous avez dit culture monde Culture mond...

Pour une cohabitation culturelle

Dominique Wolton
Chercheur

La troisième mondialisation, culturelle, appelle une régulation. La troisième mondialisation culturelle appelle une régulation Dans un monde de communications les identités culturelles sont à valoriser en veillant à ce qu'elles soient des identités ouvertes relationnelles Projet Dans l'histoire du monde la géopolitique prend souvent le pas...

Dossier : Culture-monde

Les tensions de l’inculturation en Inde


Le difficile travail de définition de l’indianité.

Quand identités, traditions, religions… se nourrissent et se crispent.

Projet – Comment se vit l’inculturation, la rencontre d’univers culturels différents en Inde ?

Catherine Clémentin-Ojha – Avant d’aborder cette question, il faut revenir sur le contexte politique. Deux termes qualifient les rapports de la religion et de la politique en Inde. Celui de « sécularisme » n’a guère d’équivalent en français. Implicite dans la Constitution de 1947, il correspond à un mode d’organisation du religieux et du politique selon lequel l’Etat accepte la pluralité religieuse et adopte une attitude de affirme sa neutralité. Les citoyens indiens ont toute liberté religieuse. Ils ont le droit d’avoir une religion et de la propager. Cependant, aucune religion n’est  une composante de l’Etat. Du moins, en théorie. Le contexte légal n’a toujours pas changé depuis la promulgation de la Constitution.

Le second terme, celui de « communalisme », a les mêmes résonances que celui de « communautarisme ». Il signifie la mobilisation politique collective sur des bases religieuses. Il traduit une attitude, une pratique selon lesquelles l’appartenance religieuse est le critère qui permet d’évaluer et de définir les besoins politiques, économiques, culturels, la vie des femmes, etc. Quand il est porté par les Hindous, même s’il existe de grandes différences entre eux, le « communalisme » dénote aussi une ambition identitaire qui se construit « contre », surtout contre les musulmans.

Cette posture est cependant complexe. Son affirmation remonte à l’époque coloniale, où les Britanniques ont fait de la religion une base d’administration des groupes constituant la société indienne, transforma la perception que les individus concernés avaient de leurs droits et de leur identité. Mais l’attitude « communaliste » a des racines dans la Constitution puisque celle-ci entérine aussi un système de représentation communautaire. Elle reconnaît l’existence de « minorités », appliquant le terme à des groupes aussi bien religieux que linguistiques (musulmans, chrétiens, sikhs, bouddhistes, jaïns, paris, Anglo-indiens). En même temps, elle considère légalement comme « hindous » ceux des Indiens qui relèvent de l’hindouisme à proprement parler, du bouddhisme, du jaïnisme et du sikhisme, c’est-à-dire des systèmes religieux autochtones. Cette conception conforte la perception de l’islam et du christianisme comme religions « étrangères », non indiennes. Elle oppose des traditions locales à d’autres importées.

Les communautaristes s’inscrivent dans cette logique, en la poussant à son terme. En Inde, il y a toujours eu ces deux lectures qui traversent aussi bien l’hindouisme que le nationalisme indien : une vision extrêmement tolérante, et une vision restreinte de l’indianité et de l’hindouisme.

Projet – Comment se pose la question de l’inculturation chez les catholiques ?

Catherine Clémentin-Ojha –En partie grâce à la politique missionnaire suivie autrefois, et en partie grâce aux mesures prises par l’Etat indien depuis l’indépendance, le personnel de l’Eglise indienne est complètement indianisé. Il s’agit désormais d’indianiser la liturgie et la théologie. Cette préoccupation, au cœur du processus de l’inculturation, traverse toute l’Eglise. Elle soulève la question de la définition de l’indianité. Quand la plupart des missionnaires critiquaient vivement l’hindouisme, le clergé catholique, qui a grandi dans une Inde indépendante et a été formé après Vatican II, a eu tendance à le valoriser comme l’expression même de l’indianité.

Nombre d’intellectuels catholiques ont été séduits, en redécouvrant que leur pays avait une littérature religieuse prestigieuse (en sanskrit) et des ancêtres dont ils pouvaient être fiers. Ce « nationalisme » culturel a été porté par l’élite de l’Eglise, ceux qui étaient aux yeux des missionnaires les plus à même de les remplacer, et qui appartenaient aux hautes castes. Mais depuis quelques temps, la masse des fidèles issus des castes inférieures s’est affirmée. Ils ont demandé que leur propres cultures religieuses aient aussi droit de cité : les membres des tribus en particulier, plus que les intouchables. Cette tension entre les différentes cultures indiennes au sein du catholicisme ne fait que transposer les tensions qui sont celles de l’Inde.

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