Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site

Humanité Lettre à Léon XIV

© uzhursky/iStock
© uzhursky/iStock

Très Saint-Père,
Tout d’abord, je tiens à vous exprimer ma gratitude d’avoir accepté une si lourde charge, surtout en ces temps troublés. N’importe quel homme sensé se serait enfui à grande vitesse. Vous marquez donc un premier bon point : vous devez être « fou », de cette « folie pour le Christ » dont parle Saint Paul (Co, 1, 21).

Sachez que vous pourrez compter sur ces femmes et ces hommes, chrétiens ou non, habités par cette folle espérance d’un monde plus juste, plus fraternel et divinement humanisé. Le Ceras et les lecteurs de la Revue Projet en connaissent des milliers.

Votre mission est, d’après les textes, de lire les signes des temps et de mobiliser, tel un pasteur, l’Église et les personnes de bonne volonté pour y répondre. Or, le monde d’aujourd’hui est incertain. Difficile, voire impossible, d’en lire les signes. Tant de défis et de crises.

L’encyclique Laudato Si’ soulignait la profonde unité des crises sociales et environnementales. « Tout est lié » (LS, 16). On peut facilement y ajouter d’autres dimensions : dérives illibérales et autocratiques, conflits armés, post-colonialisme, médias et fausses vérités, ultra-riches, sexisme et patriarcat, rejet des migrations et trafic humain, pandémies, digitalisation des relations, artificialisation de l’intelligence, etc.

En prenant du recul, beaucoup de recul, on peut, je pense, y discerner une « désincarnation » de l’humain. L’humanité, en plus de se déshumaniser peu à peu, se virtualise en se coupant du réel et de la création. Mais rien n’est jamais totalement perdu. Le déluge, au temps de Noé, s’est clôturé par un arc-en-ciel. Il « suffit » de prendre le contre-pied de ces dérives : « Prendre soin des quatre liens constitutifs de notre être : avec soi-même, avec les autres, avec la nature et avec Dieu », prônait Laudato Si’ (LS, 70).

Très Saint-Père, Jean-Paul II a introduit les « structures de péchés » dans l’enseignement social de l’Église, ces systèmes pervers qui facilitent les violences et les égoïsmes. Aujourd’hui, ce sont les structures de bien commun, ces contre systèmes qui induisent la paix et la solidarité, qu’ils nous faut développer et protéger.

Dans la tempête qui s’annonce, la barque de l’Église a besoin d’un pasteur calme, réconfortant, simple, créatif et joyeux. Un expert en humanité, comme disait Paul VI (PP, 13). Un homme de bien, à l’écoute des plus fragiles et des moins puissants, mais aussi prêt à les défendre face aux vagues déferlantes qui s’abattent sur eux.

Très Saint-Père, un rêve que je vous partage : que l’Église réinvente le sacrement du frère et de la sœur, celui du lavement des pieds, sacrement que toute personne baptisée ou non pourrait conférer au nom de l’humanité réconciliée avec elle-même, le monde, la création et Dieu.

Les plus lus

Les Marocains dans le monde

En ce qui concerne les Marocains, peut-on parler de diaspora ?On assiste à une mondialisation de plus en plus importante de la migration marocaine. On compte plus de 1,8 million de Marocains inscrits dans des consulats à l’étranger. Ils résident tout d’abord dans les pays autrefois liés avec le Maroc par des accords de main-d’œuvre (la France, la Belgique, les Pays-Bas), mais désormais aussi, dans les pays pétroliers, dans les nouveaux pays d’immigration de la façade méditerranéenne (Italie et ...

L’homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des...

Le clerc en sursis ?

La plupart des confessions religieuses excluent les femmes des charges sacerdotales. Pour combien de temps ? Patriarcale au superlatif, l’Église catholique voit son modèle vaciller. Le patriarcat demeure la règle dans le monde religieux. Dans des contextes très différents, les trois monothéismes le pratiquent. Tous invisibilisent les femmes, contrôlent leur corps et les tiennent éloignées de la sphère publique. Circonstance aggravante, ce bastion bien défendu l’est par...

Du même auteur

Miroir de nous-mêmes

Ce portfolio retrace les campagnes du CCFD-Terre Solidaire. On y retrouve les cinq modèles de développement proposés par le sociologue belge Guy Bajoit, auxquels l'organisation a ajouté la question écologique. Aide, progrès, développement, coopération, partenariat, co-développement ou solidarité, tant de mots pour nommer nos relations de fraternité internationale. L’horizon de cet élan est la lutte contre la pauvreté dans le monde et, en particulier, de la faim...

Une foi résistante

Le père jésuite Dillard a choisi d’accompagner clandestinement les jeunes envoyés au STO. Dénoncé, arrêté et déporté, il meurt en 1945 à Dachau. Il sera béatifié avec cinquante autres martyrs, plaçant la mémoire comme une leçon politique et morale. La Revue Projet est éditée par le Ceras, Centre de recherche et d’action sociales, fondé en 1903 par les Pères jésuites français. Jusqu’aux a...

Projet, revue à soutenir

Chers lecteurs et lectrices,Lors de la soirée pour la Rentrée de Projet, François de Jouvenel, le directeur de Futuribles, nous a proposé quelques perspectives géopolitiques pour l’avenir. Tout scénario, s’il veut être crédible, nous a-t-il rappelé, doit s’imaginer à l’intérieur d’un « possible » délimité par une série d’évolutions à long terme.La progression des dégâts environnementaux, le déclin de la démographie occidentale, le développement de l’individualisme ou la disparition du multilaté...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules