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Chrétiens, pouvons-nous nous taire ? Ce 17 juin, le Parlement européen a approuvé un règlement permettant d’ouvrir la voie à des « hubs de retour » : des centres situés hors du territoire européen où seraient envoyés les migrants déboutés du droit d’asile, dans des pays avec lesquels ils n’ont parfois aucun lien, et sans garanties claires sur le respect de leurs droits.
Notre foi ne nous dicte pas un parti, un vote. Défendre une régulation migratoire est une option démocratique légitime. On ne peut en dire autant de ce projet de nier leur dignité à certains êtres humains.
Les évêques européens ont déjà manifesté leur inquiétude à ce sujet. Le pape François déduisait de l’Évangile un modèle d’accueil : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. La décision de l’Union européenne autorise la logique inverse : repousser, externaliser, exposer à l’arbitraire, et fermer les yeux.
L’histoire nous jugera : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
Quelle dignité pour les familles envoyées en camp de rétention ? Comment s’assurer que leurs droits seront garantis, là-bas ? Après avoir dû fuir leur pays, éprouvé la violence de l’exil, et vu s’effondrer leur rêve d’asile, est-ce là le sort que nous voulons leur réserver ?
Oui, le pluralisme appartient à l’essence de la démocratie. Mais le respect de la personne humaine aussi. Et pour nous, chrétiens, celui-là n’est pas négociable. Il y a des lignes à ne pas franchir. Qu’on parle d’externalisation ou de déportation, la réalité de notre démission demeure. L’histoire nous jugera : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
Les sociétés qui se sont réveillées un matin, honteuses, en se demandant comment elles en étaient arrivées là, ce sont précisément celles qui avaient dénié radicalement à d’autres humains leur dignité. Elles ont incriminé après coup les leaders qui avaient joué avec les passions populaires.
Nous ne sommes pas obligés d’attendre le pire pour reconnaître le mal.
Or dès aujourd’hui, pour célébrer le vote de cette mesure, les députés européens d’extrême-droite scandent « Send them back ! » dans leur hémicycle. Ce spectacle est glaçant. Pouvons-nous encore hésiter ?
Nous ne sommes pas obligés d’attendre le pire pour reconnaître le mal : une ligne a été franchie. Nous ne sommes pas obligés de laisser nos passions nous dominer, au point de nous nier nous-mêmes en bafouant nos principes les plus fondamentaux. Dénier l’humanité de l’autre, c’est toujours amputer la sienne.
Il nous faut certes mieux organiser l’accueil des migrants. Mais il faut aussi reconnaître qu’une part significative des descendants d’immigrés ont vécu une ascension sociale, se sont mêlés à la société française, l’ont enrichie et contribuent aujourd’hui à sa vitalité.
Malgré toutes les difficultés de l’intégration, nos yeux de disciples nous font voir que le risque de l’amour du prochain n’est pas perdu d’avance. Il nourrit notre espérance. Et notre résolution : nous ne pouvons pas nous taire.
Le texte intégral a été publié dans La Croix, le 20 juin 2026.