Habitée par une vision sécuritaire, l’Europe concentre sa politique migratoire sur le contrôle. Le décalage est permanent avec la réalité des flux. Manifeste autour de la Russie comme à la frontière Mexique-États-Unis, la régionalisation des migrations est un phénomène planétaire. Elle invite à (re)penser l'espace euro-méditerranéen.

En ce début de XXIe siècle, c’est la planète entière qui est en mouvement, notamment les « Sud ». De nouvelles destinations se sont fait jour (pays du Golfe, continent africain, certains pays asiatiques), tandis que des pays de départ sont devenus pays d’accueil et de transit (Europe du Sud, puis Mexique, Turquie et pays du Maghreb). Des complémentarités se construisent entre zones de départ et d’accueil. Elles correspondent à des proximités géographiques, à des liens historiques, linguistiques et culturels, à des réseaux transnationaux construits par les migrants, à la rencontre de facteurs d’appel (« pull ») et de départ (« push ») de main-d’œuvre, formant des espaces de circulation. Les formes en sont diverses : « couples migratoires », où l’essentiel des migrants vient d’un pays pour aller dans un seul autre pays (Algérie-France) ; « migrations diasporiques », où un même groupe construit des liens avec plusieurs pays d’accueil (les Italiens, les Marocains ou les Turcs) ; ou encore le saupoudrage (30 millions d’Indiens et 50 millions de Chinois vivent à travers le monde). Quoi qu’il en soit, la régionalisation l’emporte : dans une zone donnée, il y a plus de migrants venant de cette région que du reste du monde[1].

Il y a encore quelques décennies, les Européens constituaient l’essentiel du contingent pour les États-Unis, le Canada, l’Argentine et le Brésil. Aujourd’hui, l’essentiel des flux migratoires vers les États-Unis (38 millions de personnes nées à l’étranger) provient d’Amérique latine et des Caraïbes. En Amérique du Sud, les pays d’accueil (Argentine, Brésil, Chili, Venezuela) reçoivent surtout des migrants originaires des pays voisins, andins et centre américains notamment (Colombie, Bolivie, Pérou, Équateur, Salvador, Honduras). Dans le « Brasiguay », les Brésiliens viennent mettre en valeur les terres du Paraguay dont les paysans vont travailler au Brésil.

Le monde soviétique constitue un autre système migratoire, avec environ 13 millions d’étrangers en Russie. Des mouvements centrifuges et centripètes, intenses depuis la chute du Mur de Berlin, reconfigurent l’ancienne URSS, aujourd’hui vieillissante. Par ses ressources naturelles et ses besoins de main-d’œuvre, elle attire à la fois les populations des républiques musulmanes devenues indépendantes, mais maintenant avec elle des liens culturels forts (Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Azerbaïdjan), et ses voisins chinois, le long de sa frontière orientale. L’héritage soviétique, la langue russe et la suppression des visas entre la Communauté des États indépendants (CEI) et la Fédération de Russie organisent un réseau migratoire privilégié[2].

Enfin, l’Asie du Sud, où se trouvent les grandes réserves migratoires du monde avec l’Inde et la Chine, forme aussi système : des pays riches ou vieillissants comme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour, attirent une migration chinoise. Les Philippines, dont un ressortissant sur dix vit à l’étranger, représentent une abondante main-d’œuvre dans la région et, au-delà, jusqu’en Europe et aux États-Unis. Malaisie et Thaïlande sont, au gré de la conjoncture, tantôt pays d’accueil, tantôt pays de départ. L’Australie et la Nouvelle-Zélande, hier largement peuplées d’Européens, sont à leur tour alimentées par cette migration d’Asie du Sud-Est. Les migrations indienne et pakistanaise irriguent également la région, tout en étant aussi mondialisées que la migration chinoise. De leur côté, les pays du Golfe, riches et peu peuplés, attirent une migration sud-sud venant du pourtour de la Méditerranée (Égypte, Maghreb, Corne de l’Afrique), du Pakistan et des Philippines.

Le scénario est le même pour l’Europe. Avec quelque 30 millions d’étrangers, l’Europe se trouve en synergie migratoire avec la rive sud de la Méditerranée et l’Afrique sub-saharienne jusqu’à l’équateur, l’Afrique du Sud absorbant l’essentiel des flux de l’Afrique australe. Hier, les Européens étaient présents dans ces régions à des fins d’exploration, de colonisation, de mission et de commerce (les 3 « m » : militaires, missionnaires et marchands). L’Europe ne joue plus aujourd’hui qu’un rôle très secondaire dans l’alimentation des flux migratoires, du fait de l’achèvement de sa transition démographique et de sa faible fécondité. Mais elle continue à attirer car, confrontée à la mondialisation des flux, elle est un carrefour de liens (familiaux, économiques, géographiques, historiques, linguistiques et culturels) avec les régions de départ et de transit. La proximité géographique (accentuée par la baisse du coût des transports, aériens en particulier), l’image de l’Europe véhiculée par les chaînes de télévision et de radio, internet, les marchés locaux approvisionnés en produits occidentaux, ou encore les transferts de fonds des migrants suscitent une « envie d’Europe » dans les régions les plus enclavées. Ce sont moins la pression démographique (d’ailleurs en baisse, au Maghreb par exemple) et la pauvreté qui poussent hors de chez soi que l’attirance pour d’autres horizons, l’absence d’espoir sur place, le désir de se réaliser, la visibilité d’une société de consommation et de liberté d’expression (à travers les migrants de retour le temps des vacances). Enfin, beaucoup de nouveaux migrants, de l’Est mais aussi du Sud, s’inscrivent dans une stratégie de « coprésence[3] », ici et là-bas, surtout quand leurs titres de séjour, l’absence de contrainte de visa ou la double nationalité le permettent.

Pourtant, l’Europe continue à regarder l’immigration comme une donnée temporaire. Confrontée au double défi du vieillissement de sa population et des pénuries sectorielles de main-d’œuvre, elle conserve une attitude frileuse. Ses politiques, ainsi que celles des États, ont concentré leurs objectifs sur le contrôle, dans une vision sécuritaire habitée par le risque migratoire, la crainte du terrorisme et de la criminalité organisée, la prévention des défis à « l’intégration ». Le décalage est permanent avec la réalité des flux, comme le mettent aujourd’hui en lumière les politiques d’entrouverture des frontières.

Penser l’espace euro-méditerranéen

L’Europe gagnerait à ouvrir les yeux sur la réalité de cette régionalisation. Les migrants ne sont plus des analphabètes embauchés comme main-d’œuvre par les pays du Nord (comme jadis les travailleurs immigrés), ni une élite de réfugiés ou d’intellectuels venus faire des études ou des affaires. Dans un mouvement d’urbanisation planétaire, se mettent en marche des catégories de migrants de plus en plus nombreuses.

L’essentiel de ses migrants vient de la rive sud de la Méditerranée (Maghreb, Balkans, Turquie, Proche Orient). Ceux qui peuvent circuler, au titre de la double nationalité, de titres de résidents de longue durée, d’allègement du régime des visas (entrées multiples, exemptions pour certaines catégories) s’installent dans une économie transnationale fondée sur le passage et les échanges, les jeunes aspirant souvent à migrer « pour voir ». D’autres, en transit, comme les sub-sahariens au Maghreb, se heurtent à la fermeture des frontières et meurent parfois en Méditerranée (14 000 morts entre 1998 et 2008). Ils alimentent l’économie de la frontière et des passeurs. Les politiques de contrôle aux frontières constituent autant d’entraves à un système euro-méditerranéen. À défaut de penser réellement cette synergie, la question mériterait au moins de ne pas être évacuée – comme elle l’a été des accords euro-méditerranéens qui ont eu lieu depuis le processus de Barcelone (1995-2005) ou de l’Union pour le Méditerranée, car considérée trop sensible. La faveur va aux accords bilatéraux conclus avec les pays de départ ou de transit (Maroc, Tunisie et surtout Libye) : les reconductions à la frontière sont marchandées contre l’obtention de titres de séjour pour les personnes qualifiées ou contre des politiques de développement.

Les arrivées de Libyens et de Tunisiens sur l’île de Lampedusa au lendemain des révolutions arabes ont montré les limites de ce procédé : les accords ne valent souvent que pour ceux qui les ont conclus. Une fois Kadhafi et Ben Ali partis, l’immigration clandestine a repris. Accompagner la migration en Méditerranée est une priorité pour l’Europe, pour des raisons économiques et démographiques, mais aussi pour éviter la montée de la violence à ses portes, dans les pays où la jeunesse est enfermée à l’intérieur, du fait des contrôles imposés par l’Union européenne.

États-Unis/Mexique : le syndrome de la frontière

Les pays du Nouveau monde (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) ont en commun d’être d’anciennes colonies britanniques régies par le droit du sol, comme le Royaume-Uni, de partager la langue anglaise et, surtout, d’être terres d’immigration de peuplement. On y dénombre les étrangers non pas d’après le nombre des non nationaux, mais d’après celui de personnes nées à l’étranger (du fait d’une acquisition rapide de la nationalité par le jeu du droit du sol). Les États-Unis – premier pays d’immigration au monde par le nombre des personnes nées à l’étranger (40 millions, un maximum jamais atteint depuis 1910), mais aussi par celui des demandeurs d’asile annuels (75 000), des sans-papiers (entre 11 à 13 millions) et par le volume de personnes autorisées chaque année par le Congrès à entrer (un million) – se distinguent en ce qu’ils n’appliquent pas un système d’entrées fondé sur les permis à points, qui prendrait en compte essentiellement la qualification des candidats. Le système américain, qui mêle une immigration légale de regroupement familial et de travail, ne satisfait pas son objectif d’attraction des élites. Cette carence est à l’origine de la création du visa H1B pour la venue d’experts et de travailleurs qualifiés (informatique, biotechnologies, services bancaires et financiers notamment), dont l’usage se massifie à partir de 1990. En vertu de ce système resté ouvert, on peut tirer au sort sa green card (permis de travail et de résidence) dans les consulats américains d’Europe, d’Asie et d’Afrique, car le pays cherche à équilibrer les origines de ses nouveaux venus.

Les Mexicains et autres Latino-américains représentent aujourd’hui la moitié de l’immigration. En 2050, selon l’US Census Bureau, les États-Unis devraient être, pour la première fois, un pays composé par une majorité de minorités ethniques non « blanches » (latino-américains et asiatiques). 11, 3 millions d’immigrés détiennent la nationalité américaine et cherchent à faire entendre leur voix par le vote, notamment les « Chicanos », d’origine mexicaine. Les années 2000 avaient vu se développer les négociations avec le gouvernement mexicain de Vicente Fox sur la gestion de la frontière et la condition des sans-papiers, mais celles-ci ont pris fin après le 11-Septembre.

Malgré les nombreux traités venus consacrer l’intégration régionale[4], la frontière entre les États-Unis et le Mexique est la plus contrôlée et la plus traversée du monde, compte tenu des clivages socio-économiques existants dans la région : 43% de la population vit sous le seuil de pauvreté en Amérique latine, 95 millions de personnes sont en situation d’extrême pauvreté. On compte 13 millions d’immigrés mexicains aux États-Unis (soit 29% des migrants du pays).

Le Mexique est le premier foyer mondial d’immigration, le premier pays de départ vers les États-Unis (528 000 appréhendés à la frontière en 2009, un chiffre en baisse, et 283 000 reconductions) et le numéro un mondial des transferts de fonds, seconde ressource après le pétrole. Le mur « de l’humiliation », construit sur un tiers de la frontière, voté par le Congrès américain pour 1,2 milliard de dollars, n’a pas dissuadé les quelque 400 000 Mexicains et 100 000 Centraméricains qui tentent chaque année l’aventure. Le franchissement de la frontière est devenu un objet de consommation courante, banalisé.

Une immigration de transit mexicaine et originaire d’Amérique centrale s’est installée à Mexico avec en ligne de mire la traversée de la frontière vers les États-Unis. Depuis 1990, les flux vers les États-Unis se sont accrus, englobant des migrants aux profils très divers en termes d’âge, de sexe, d’origine ethnique ou géographique. Si la migration des pauvres a lieu surtout à l’intérieur du Mexique, celle vers les États-Unis n’est ni le fait des pauvres ni directement celle des ruraux. Pour les populations autochtones, l’exode rural vers Mexico précède souvent la migration internationale.

Cette migration internationale, qui occasionne des réaménagements familiaux, réussit surtout à ceux qui sont encadrés par des réseaux ethniques et dotés d’un capital social. Une intense activité transnationale (associations, entreprises) relie les migrants installés aux États-Unis à leurs pays d’origine, dépendants des transferts de fonds. De leur côté, des pays comme le Mexique et le Venezuela ont permis à leurs émigrés d’exercer leur droit de vote aux élections nationales.

Océanie : une frontière insulaire

L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des pays d’immigration de peuplement, comme le Canada et les États-Unis. À la différence de l’Asie, très peuplée, l’Australie, avec 21 millions d’habitants et la Nouvelle-Zélande (avec 4 millions) sont entourées d’une cinquantaine de millions d’habitants seulement dans le Pacifique insulaire (Nouvelle-Calédonie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Timor oriental, Îles Fidji, Samoa, Vanuatu, Kiribati, Tuvalu, Îles Salomon…).

Parmi les nouveaux entrants, figurent en tête, après les Britanniques et les Néo-Zélandais, les Indiens et les Chinois. L’Australie est devenue à la fois plus cosmopolite et plus nationaliste. Chaque année, un seuil d’immigration est fixé en fonction des besoins de main-d’œuvre. Le délai d’accès à la nationalité a été allongé et un nouveau test de citoyenneté mis en place. Avec la crise, le pays, qui croît à plus de 3 % l’an et affiche un taux de chômage de 5,3%, est redevenu très attractif pour les Européens : en 2008-2009, le programme d’immigration concernait 170 000 personnes. Mais la politique des permis à points (140 types de visas différents) est en cours de réforme, notamment la détermination des professions prioritaires, afin de rassurer la population sur les capacités d’intégration des nouveaux venus. L’accueil des demandeurs d’asile tamouls et afghans a aussi été revu à la baisse.

Comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande n’est pas à l’abri des catastrophes naturelles : le tremblement de terre de Christchurch (en février 2011) et ses répliques ont renforcé l’émigration néo-zélandaise vers l’Australie. Cette attraction traditionnelle est favorisée par un accord permettant aux deux pays d’avoir des travailleurs de part et d’autre de la mer de Tasman. Dans ce pays, où 20% des habitants sont nés à l’étranger, les deux premières nationalités sont les Britanniques et les Chinois, suivis par les Sud-Africains, les Philippins et les Indiens. Les démographes prévoient 790 000 personnes d’origine asiatique d’ici à 2026, tandis que les jeunes Néo-Zélandais quittent le pays.

La frontière est ici une réalité géographique, par l’éloignement et l’insularité, mais elle ne permet pas de sas de transit. Seules les îles entourant l’Australie en font fonction. L’Australie a refusé d’accueillir en 2001 les réfugiés du bateau Tampa[5]. Plus de 4000 arrivées avaient eu lieu en 1999-2000. Cette gestion de la frontière insulaire est comparable à celle de très petites îles, comme Malte, les îles Canaries, les îles grecques ou Lampedusa, qui répondent par l’internement à l’arrivée de sans-papiers et de demandeurs d’asile.

Aux confins de la Russie et de la Chine

Au regard des migrations, la Russie fait-elle partie des pays du Nord ou des pays émergents (les Brics) ? Géographiquement, économiquement et démographiquement, elle se situe incontestablement au Nord. Elle représente, cependant, une catégorie intermédiaire : entrée tardivement dans le groupe des grands pays d’accueil, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, elle a défini les lignes de sa politique migratoire autour de la circulation de voisinage avec ses anciennes républiques du sud. Second pays, après les États-Unis, par le nombre d’étrangers installés (bientôt 15 millions d’immigrés dont plus des deux tiers en situation irrégulière), la Russie attire surtout une migration venue du sud et de l’est alors qu’elle peine à séduire des migrants venus de l’ouest.

À la migration de dissidence (les communistes du monde entier, amis de l’URSS, réprimés chez eux et longtemps accueillis par ce pays-phare) ont succédé des formes bien plus diverses. La chute du Rideau de fer a donné lieu à une intense mobilité interne, devenue internationale à l’intérieur de la CEI – entre les anciennes républiques musulmanes (Asie centrale et sud Caucase), entre Fédération de Russie et nouveaux États indépendants (Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan, Azerbaïdjan) – et à une migration chinoise à l’est[6]. Même la Chine attire, avec un Pib qui augmente de 10,5% par an. En revanche, la transformation de la Russie en grand pays d’accueil est mal acceptée par l’opinion publique, malgré une démographie en baisse et une volonté d’émigrer chez les jeunes diplômés (depuis 2000, 1,2 million de Russes auraient quitté le pays).

La situation est préoccupante : forte de plus de 142 millions d’habitants en 2011 (175 millions si l’on inclut ceux qui sont à l’étranger), la population sera d’une centaine de millions au milieu du XXIe siècle. Le pays vieillit (2,2 millions de décès par an contre 1,2 million de naissances) et se dépeuple avec l’émigration. Les démographes parlent de « croix russe » : le taux de natalité est plus bas (0, 91%) que dans les pays riches et le taux de mortalité (1,54%) plus élevé que dans les pays pauvres. D’ici 2025, la Russie devrait perdre entre 7 et 12 millions d’habitants.

Les Sud-Caucasiens et les populations d’Asie centrale restent attirés par Moscou et Saint-Pétersbourg : socialisés dans le soviétisme, ils maîtrisent la langue russe et un système de visas de court séjour (jusqu’à un an) leur octroie la libre circulation à l’intérieur de la CEI. La Turquie, dont ils partagent pourtant la religion et dont la langue est proche de leur langue nationale, n’est qu’une destination seconde ou tierce, derrière le Kazakhstan, riche en matières premières et en chantiers de construction. En 2009, l’Ouzbékistan (321 000 originaires de ce pays en Russie), le Tadjikistan (172 000) et l’Ukraine (102 000) sont les pays de la CEI ayant fourni la plus importante main-d’œuvre. Enfin, la menace chinoise reste une donnée géopolitique : des territoires vides, riches en matières premières et peu exploités, font face à une population très nombreuse, séparée de la Russie par 4 300 kilomètres de frontières. Le thème du péril chinois a bonne presse en Russie, où l’on regarde davantage vers l’ouest que vers l’est. Si la moitié des Chinois sont installés à Moscou – ils travaillent dans les chantiers de construction, un exode encouragé par Pékin à cause des transferts de fonds –, beaucoup sont surtout attirés par trois immenses régions peu peuplées : l’Asie centrale, la Sibérie et l’extrême-orient russe. Le commerce est florissant avec l’Asie centrale, mais aussi le long du transsibérien. La Sibérie ne représente que 12% de la population (20 millions d’habitants) et du Pib russe. Ses ressources en charbon et en forêts (40% de la forêt russe) sont tentantes pour la production de papier chinoise. Certaines zones frontalières à l’abandon sont déjà exploitées par des forestiers et des agriculteurs chinois. Par ailleurs, l’extrême-orient russe, où ne vit que 5% de la population (7,6 millions), possède des réserves phénoménales en métaux et minéraux rares ou stratégiques, or (55% de la production), diamants (100%), tungstène (60%), plomb (63%), ainsi que les gisements de pétrole et de gaz les plus importants du pays, comme sur l’île de Sakhaline. Alors que cette région reste peu attractive pour les Russes, les travailleurs migrants et les commerçants chinois traversent par milliers le fleuve Amour pour commercer et s’y distraire.



[1] Sur la notion de système migratoire, initialement définie par Douglas Massey et al. au début des années 1990 : « Theories of International Migration : A Review and Appraisal », Population and Development Review, vol. 19, n°3, 1993, pp. 431-466 ; Catherine Wihtol de Wenden, La globalisation humaine, Puf, 2009.

[2] Anne de Tinguy, La grande migration. La Russie et les Russes depuis l’ouverture du rideau de fer, Plon, 2004.

[3] Cf. Serge Weber, « Des chemins qui mènent à Rome… Trajectoires et espaces migratoires roumains, ukrainiens et polonais à Rome, 2000-2004 », thèse de géographie, Université Paris I, 2004. Cela s’oppose à la « double absence » des migrants des années 1960 et 1970 décrite par Abdelmalek Sayad et signifie l’existence d’une double vie entretenue par des liens économiques, familiaux et affectifs.

[4] L’Alena, accord de libre-échange nord-américain entre les États-Unis, le Canada et le Mexique ; le Pacte andin ; le Marché commun centroaméricain ; le Mercosur associant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

[5] L’odyssée de ce navire, parti de Jakarta, s’est échelonnée des îles Christmas à Port-Moresby, vers Nauru, puis vers Auckland (Nouvelle-Zélande) et Woomera.

[6] Anne de Tinguy, op. cit.

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