La mondialisation qui semble uniformiser les modes de vie, révèle aussi des particularismes culturels, parfois sous-estimés. Ainsi les cultures politiques conditionnent l’exercice de l’autorité et déterminent des conceptions différentes de la liberté. Les différences « ethniques », liées à la langue, la religion ou la « race », continuent d’être de puissants facteurs d’identités.

Il fut un temps où il paraissait clair que le développement des échanges internationaux de toutes natures, joint à la modernisation progressive, économique, politique, sociale, de l’ensemble de la planète, allait engendrer un effacement progressif des différences entre cultures, au sein d’une humanité unifiée. Certains s’en désolaient, à l’idée que toute une richesse de traditions, de coutumes, de langues, se perdait dans une désolante uniformité, symbolisée par l’avènement planétaire des jeans et du Coca-Cola. D’autres se réjouissaient de voir s’effacer une source de divisions, de conflits, parfois de haines. Quelque réaction qu’il suscite, le sens de l’histoire se lisait avec évidence. Aujourd’hui, les effets de la mondialisation se révèlent bien plus complexes. Certes, des pans entiers du patrimoine culturel de l’humanité semblent voués à disparaître. Mais, simultanément, l’affirmation des particularismes n’a jamais été aussi forte. Non seulement l’éclatement des anciens empires se poursuit, avec le démantèlement de l’Union soviétique, mais même des pays qui paraissaient plus unis, comme la Belgique ou l’Espagne, sont en proie à des forces centrifuges. En Asie, certains accusent les droits de l’homme d’être le cheval de Troie de l’impérialisme occidental. Où donc allons-nous ?

La réflexion sur ces sujets est souvent obscurcie par le fait que, derrière le terme de différences culturelles, se cachent plusieurs réalités bien distinctes et dont les évolutions obéissent à des logiques qui ne convergent nullement. On peut en distinguer au moins trois.

Un premier aspect a trait à la diversité des langues, des musiques, des costumes, des architectures, des mœurs, qui distinguaient traditionnellement les habitants de telle vallée, les membres de telle tribu ou de telle province, éléments que les ethnologues tentent de recueillir pieusement, et parfois de mettre dans des musées, avant qu’il ne soit trop tard.

Un deuxième aspect relève d’identités partagées par des groupes dont les membres se considèrent comme différents des « autres », parce que porteurs d’une autre histoire, héritiers d’autres ancêtres, réels ou mythiques, identités associées à un nom, brandi comme un drapeau : Hutus et Tutsis, Flamands et Wallons, Serbes et Albanais. Loin de s’émousser, ces différences sont actuellement le moteur de multiples conflits sanglants.

Un troisième aspect, enfin, beaucoup moins immédiatement visible, correspond à la permanence, largement inconsciente, de cadres de pensée qui orientent les manières de regarder les êtres et les choses, de donner sens à l’existence, d’interpréter les réussites et les échecs, la richesse et la pauvreté, la maladie et la mort. Ces manières ne se révèlent vraiment, dans leurs dissemblances, que lorsque ceux qui en sont porteurs entrent en contact. Ils se rendent compte que ce qui paraît aux uns évidence fondatrice ne va nullement de soi pour les autres. Appartiennent à ce registre les conceptions de ce que sont une société, un conflit, un accord, l’exercice d’une responsabilité, et plus largement tout ce qui oriente la manière dont les hommes s’organisent pour vivre et œuvrer ensemble, en un mot les cultures politiques. La mondialisation est un grand révélateur de ces différences. Souvent ignorées, car elles demandent tout un travail d’investigation et d’analyse pour être mises à jour, leur existence n’échauffe guère les passions.

Il est d’autant plus important de distinguer ces multiples aspects des différences culturelles qu’il n’existe entre eux aucun lien nécessaire. Des groupes qui s’opposent vivement dans leur identité peuvent être remarquablement proches dans leurs cultures politiques[1]. Laissant de côté le premier aspect de la culture[2], nous aborderons ici les deux autres.

La résistance des cultures politiques

Dès que des humains se rassemblent pour œuvrer en commun, il leur faut se fixer des règles, créer des institutions. Toute entité supranationale se donne des formes de régulation qui s’appliquent au-delà des frontières. Cela est vrai pour les entités politiques et les Eglises, comme pour les entreprises. Ces dernières découvrent aujourd’hui combien ces formes de régulation sont délicates à concevoir et à mettre en œuvre. Elles ont pu croire, un temps, que des manières uniformes de gouverner les hommes, expression d’une rationalité gestionnaire elle-même indépendante des temps et des lieux, allaient prédominer en leur sein. Après la dernière guerre, la vision américaine de la gestion, enseignée en tout point du globe, semblait appelée à l’emporter partout sur les manières locales et peu efficaces d’agir, fruits des blocages d’un monde traditionnel dont il convenait de s’affranchir. Les succès des entreprises japonaises ont semé le doute sur cette perspective. Elle est passée de mode et il paraît maintenant clair, dans les entreprises qui ont à faire travailler ensemble des hommes issus des quatre coins de la planète, qu’il faut trouver les voies pour surmonter les difficultés provenant des différences culturelles qui les séparent.

Quelle est la nature des différences qui entrent alors en jeu ? Elles touchent en très grande part aux conditions d’exercice de l’autorité. Les entreprises tentent chaque jour de trouver un compromis entre deux impératifs : encadrer l’action de chacun par un ordre suffisamment strict pour qu’il respecte des orientations communes, tout en lui laissant une liberté suffisante pour qu’il mette ses capacités d’initiative et de création au service de ces orientations. Depuis toujours, chaque société humaine apporte une réponse à ce dilemme de l’ordre et de la liberté. Mais, loin d’être uniformes, ces réponses reposent sur des conceptions différentes de la liberté.

Prenons les sociétés européennes, ou plus généralement de culture européenne. La liberté est pour elles une valeur suprême. Elles ont construit leurs institutions politiques en conséquence. Leurs penseurs, Locke, Rousseau, Kant, ont affirmé qu’il était possible de construire un ordre politique compatible avec une parfaite liberté. Ils ont cherché à montrer que les contraintes subies par chacun au sein d’un tel ordre n’étaient pas des atteintes à sa liberté mais, au contraire, l’expression de celle-ci. Certes, pour Rousseau « Comme la nature donne à chaque homme un pouvoir absolu sur tous ses membres, le pacte social donne au corps politique un pouvoir absolu sur tous les siens. » Mais « il ne faut plus demander [...] comment on est libre et soumis aux lois, puisqu’elles ne sont que les registres de nos volontés[3]». Au cours de l’histoire de ces derniers siècles, d’innombrables mouvements sociaux, Révolutions, révoltes, interventions de tous ordres, ont œuvré pour que, dans tous les domaines, soient bâties des institutions respectueuses de cette liberté[4]. On aurait pu s’attendre à ce que cette unité d’inspiration fasse converger les institutions et les pratiques de ces sociétés. Or il n’en est manifestement rien. Ainsi, le rôle que les Français entendent faire jouer à l’Etat comme garant de la liberté est choquant pour des Américains, de même que, pour des Français, l’attachement de ces derniers au règne du marché « libre » (les guillemets traduisant ici un regard français sur l’univers américain). C’est que leurs conceptions de la liberté sont loin d’avoir convergé.

Les visions de la liberté qui ont inspiré les mouvements d’émancipation dans les sociétés de culture européenne à partir du xviiie siècle sont restées marquées par la vision de l’homme libre que l’on rencontrait, depuis des périodes très reculées, dans chacune d’elles[5]. Dans le monde anglo-saxon, le propriétaire, libre de négocier les conditions de tout engagement dans une action commune, assuré de voir le juge veiller au respect des contrats où il s’est engagé, fait référence. C’est en tant que « propriétaire de lui-même », et pas seulement de ses biens, que chacun peut être dit libre. Dans le monde germanique s’impose une autre figure : celui qui gère, en commun avec ses pairs, les affaires de la communauté, a voix au chapitre dans les décisions qui s’imposent à ses membres. En France, c’est une troisième figure qui prévaut ; celle de l’homme qui, ayant fait librement allégeance à un pouvoir qui incarne ce qui est grand, voit celui-ci respecter les privilèges coutumiers de son état[6]. Ces caractéristiques influencent toujours les institutions et les pratiques des sociétés de cultures européennes dans les domaines les plus divers, de la régulation de l’économie à la façon de traiter les pauvres et au fonctionnement du système éducatif[7]. On les retrouve dans le fonctionnement des entreprises[8]. C’est en rapport à la conception anglo-saxonne de la liberté que prend sens la construction de l’entreprise comme un nœud de contrats et en référence à la conception allemande celle de l’entreprise comme communauté où l’on se concerte. De même, le rôle donné en France aux droits et devoirs liés au métier, à la « noblesse » de celui-ci, ou la place qu’y tient l’appel à la raison dans les processus de décision, se comprennent à la lumière de la conception française de la liberté.

Ces différences culturelles, qui ont survécu à d’innombrables bouleversements sociaux, économiques, politiques, résistent d’autant mieux au mouvement de modernisation qu’elles ne sont pas seulement présentes dans les institutions et les mœurs traditionnelles auxquelles ce mouvement s’attaque : en chaque lieu, elles animent de l’intérieur les formes singulières que prend ce processus de modernisation. De plus, elles conduisent à jeter un regard souvent sévère sur ce qui fait référence dans d’autres pays (le rôle de l’Etat en France vu des Etats-Unis, le rôle du marché aux Etats-Unis vu de France). Elles conduisent chaque pays à s’aveugler quelque peu sur les limites des solutions qu’il donne au problème, en toute rigueur insoluble, de la conciliation de l’ordre et de la liberté, et à jeter un regard sans concession sur les faiblesses des solutions adoptées ailleurs. Elles sont ainsi le ferment d’une résistance, qui n’a aucune raison de disparaître, à l’uniformisation des institutions et des pratiques[9].

Si les entreprises se montrent de plus en plus soucieuses de gérer au mieux de telles distances, il n’en est pas de même des institutions internationales. Les institutions européennes, au premier chef, paraissent les ignorer superbement. Ce n’est pas que manquent les travaux universitaires sur le rôle des cultures dans le fonctionnement des institutions politiques[10]. Montesquieu analysait les rapports entre les institutions politiques et les mœurs bien avant que l’on ne songe à appliquer de telles analyses à la vie des entreprises. Mais, dans ce domaine, la question est particulièrement épineuse.

Au sein des entreprises, gérer cette diversité pose certes de multiples problèmes pratiques, mais ne soulève guère de difficulté de principe. Il est largement admis que la culture de la maison mère domine, qu’une entreprise dont le centre est aux Etats-Unis sera marquée de manière privilégiée par des manières de faire américaines et une entreprise dont le centre est en Allemagne par des manières de faire allemandes, même si on apprécie que les cultures dominées soient traitées avec respect et compréhension. Pour la gestion des ensembles politiques, les obstacles sont d’un autre ordre. Celui qui est prêt à ce que des références étrangères, issues de la maison mère, régissent largement son entreprise, s’il s’agit d’une filiale, n’acceptera pas pour autant que de telles références régissent l’entité politique dont il est citoyen. Dans ces conditions, il ne reste plus qu’à faire « comme si » (même si on sait pertinemment qu’il n’en est rien) les règles que l’on applique dans les ensembles supranationaux n’avaient aucune attache avec une culture particulière, quitte à accepter que certains les transgressent quand elles leur paraissent trop choquantes. Mais peut-on indéfiniment se satisfaire de ce type d’accommodement ? Les réactions hostiles à la construction d’ordres supra nationaux marqués par des conceptions anglo-saxonnes vont aujourd’hui croissant. Ne peut-on craindre qu’elles ne mènent un jour à de graves remises en cause de ces ordres, en particulier de la construction européenne ?

Le poids des différences « ethniques »

Si les questions que posent les différences de culture politique sont considérées comme plutôt techniques, il n’en est pas de même de celles que l’on qualifie souvent d’ethniques. Celles-ci mettent en jeu, à l’intérieur d’un même pays ou dans les rapports entre pays, des questions d’identité liées à des différences bien visibles de langue, de couleur de peau, de religion, auxquelles est associée souvent toute une histoire riche de combats, de gloire et de deuils[11]. Les passions sont telles qu’il est difficile de mener des analyses sereines de ce qui est en jeu dans ce domaine. Pendant que certains meurent au nom de ces différences, tous ne sont pas convaincus de leur réalité, ou du moins de leur caractère décisif. Certaines d’entre elles n’ont-elles pas été largement inventées ? N’est-ce pas le désir de justifier la séparation qui alimente la construction de différences, plus que leur réalité n’a alimenté le sentiment d’être différent ? Ainsi, au cours de la période romantique, les pays européens se seraient construit des passés mythiques destinés à légitimer la création d’Etats sur la base de nations à l’existence préalable parfois douteuse[12]. Les uns affirment que les identités culturelles jouent un rôle majeur dans les conflits entre peuples, pendant que d’autres contestent vigoureusement cette thèse[13]. Et beaucoup espèrent que leur effacement, sous l’influence des idées démocratiques et des diverses formes de modernisation, permettra l’avènement d’une société planétaire peuplée de citoyens du monde.

Ce que l’on observe conduit à douter que l’avènement de régimes démocratiques conduise réellement à diminuer l’influence de ce type de différences. Quand on cite des exemples de cohabitations heureuses entre populations aux identités clairement différentes, dans la Sarajevo d’autrefois ou dans l’Espagne d’avant 1492, on se réfère à des sociétés qui n’étaient pas spécialement démocratiques. De plus, les exemples ne manquent pas de sociétés pluriculturelles qui ont éclaté avec l’arrivée d’une relative démocratie. Cela se comprend sans peine si on réfléchit à la place que tient dans la promesse démocratique la perspective d’être son propre maître[14]. Pour admettre que, étant soumis aux volontés de la majorité au sein d’une communauté politique, on est néanmoins son maître, il faut pouvoir s’identifier à cette majorité, donc être convaincu qu’elle est composée de gens comme soi. Sinon, on a le sentiment d’être soumis à une loi étrangère. Ce sentiment, qui légitime le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, a été et reste un moteur de la dissolution des empires. Mais qui sont les gens « comme soi », non pas qu’un regard « objectif » pourrait déclarer tels, mais ceux que l’on perçoit comme tels ? Ce qui constitue, pour les intéressés, un facteur puissant d’identité partagée joue naturellement un grand rôle, même si les fondements en paraissent objectivement douteux. Certes, avec les brassages de population, le développement des métissages, on aurait pu penser que la netteté des identités s’affaiblirait. Cela est loin d’être toujours vrai ! D’autant plus que grâce au développement des communications, ceux qui émigrent restent de plus en plus en contact avec leur société d’origine et attachés à ses coutumes. Aux Etats-Unis, on voit se développer une affirmation de l’identité ethnique et une recherche de leurs racines propres chez ceux-là même qui souffrent d’être considérés comme différents, noirs ou latinos.

Cette persistance d’identités « ethniques » est source de difficultés auxquelles il n’est pas de solutions évidentes. Entre l’éradication des différences et la séparation des communautés, la voie paraît bien étroite. Le débat philosophique fait rage sur la manière de gérer les sociétés multiculturelles[15]. Libéraux, qui ne veulent connaître que le citoyen dans sa pureté, et « communautariens », attentifs à l’enracinement de chacun dans une tradition singulière, s’affrontent. La vision d’une République gommant les différences par des politiques assimilatrices est de plus en plus jugée liberticide. Pendant ce temps, diverses « affaires », telle en France celle du « foulard islamique », mobilisent périodiquement l’opinion. La perspective de voir se créer de véritables sociétés de citoyens, pour lesquelles tout élément « ethnique » n’aurait d’existence qu’au sein d’une sphère strictement privée, s’évanouit[16]. Le spectre du racisme hante l’Europe. En pratique, divers compromis, plus ou moins avoués, s’élaborent entre l’affirmation solennelle de l’égalité de citoyens qui n’ont à se connaître que comme tels et la réalité sociologique de groupes qui cultivent leurs différences. Ainsi, aux Etats-Unis, si la lutte juridique contre les discriminations est vivace, l’affirmative action recule. Au nom du droit de propriété et de la liberté d’association, des communautés ethniquement homogènes se développent, parfois dans des ensembles clos et gardés, pendant que les unions entre blancs et noirs restent très rares. En France, si l’homogénéité ethnique des quartiers est moins courante, encore qu’elle ne soit pas inconnue[17], des formes plus subtiles de mise à distance demeurent.

Enfin, si un peu partout les différences identitaires sont sources de tensions plus ou moins larvées, il est des lieux, Bosnie, Kosovo, Tchétchénie, Timor et autres, où elles rendent toute cohabitation problématique entre groupes qui s’affrontent. Et là où les grandes puissances tentent d’imposer, par la force des armes, le modèle d’une société pluriethnique, elles n’empêchent pas, en fait, les divorces entre communautés ennemies de s’accomplir dans le sang. Peut-être eut-il mieux valu qu’elles cherchent à parrainer des divorces plus civilisés, quitte à espérer que, une fois chacun chez soi, le désir de coopérer l’emporterait un jour.

Les différences de cultures politiques, comme les identités liées à des différences de langue, de religion ou de « race », ne disparaissent pas comme par enchantement dans un monde qui s’unifie. Elément de complexité lorsque l’on vit ensemble, elles font sans doute, comme la pluralité des langues, partie du destin de l’humanité. Il en est en tout cas ainsi dans l’horizon temporel où peut s’inscrire une action. Plutôt que de rêver à une humanité débarrassée de ces différences, ou de maudire ceux qui les revendiquent, ou se contentent de les constater, mieux vaut les regarder en face et les gérer de manière aussi constructive que possible. N’est-ce pas le seul moyen de faire obstacle à leur potentiel destructeur ? La difficulté à traiter sereinement ces questions vient de ce que ce qui touche au fondement même des sociétés est en cause. La construction d’une société de citoyens purement régie au nom de références universelles, les droits de l’homme, la raison, a pu sembler constituer un horizon glorieux de l’humanité, un superbe projet prométhéen d’affranchissement des pesanteurs terrestres. La division des cultures, comme – pour les constructeurs de Babel – la division des langues, renvoie les humains, durement, à leur condition.


[1] Nous avons eu pour notre part l’occasion de l’observer à plusieurs reprises, ainsi à propos des Flamands et des Wallons, ou à propos des Bosno-Croates et des Bosno-Musulmans.

[2] Ce point a fait l’objet du livre de Philippe Warnier, La Mondialisation de la culture, La Découverte, 1999.

[3] Rousseau, Du Contrat social (1762), Garnier-Flammarion, 1975, p 68, 75.

[4] On peut citer, à propos de l’histoire des combats menés au nom de la liberté aux Etats-Unis, Eric Foner, The Story of American Freedom, Norton, 1999.

[5] Pour une analyse des conceptions de l’homme libre dans la France, l’Allemagne et l’Angleterre médiévales, voir Marc Bloch, La société féodale, Albin Michel, 1939.

[6] On peut, en particulier, trouver de nombreuses traces de ces différences dans les pensées politiques et les constructions institutionnelles en France, en Angleterre et aux Etats-Unis au tournant du xviiie et du xixe. La façon dont Sieyès a synthétisé les revendications du Tiers état dans Qu’est ce que le Tiers état ?, les inquiétudes de Tocqueville sur l’avenir de la liberté dans la société américaine, ou les jugements portés sur quelqu’un comme Burke, considéré aux Etats-Unis comme un grand combattant de la liberté et en France comme un ennemi de la liberté, en offrent quelques illustrations.

[7] Cf., sur les systèmes éducatifs, Alain et Philippe d’Iribarne « Le système éducatif français comme expression d’une culture politique », Formation professionnelle ; revue européenne, n° 17, mai-août 1999/II.

[8] Le contraste entre les conceptions de la vie en société et du gouvernement des hommes, dans les entreprises françaises, américaines et néerlandaises (avec, pour ces dernières des traits communs avec les entreprises allemandes) a été étudié dans Philippe d’Iribarne, La logique de l’honneur, Seuil, 1989. Voir aussi Philippe d’Iribarne, Alain Henry, Jean-Pierre Segal, Sylvie Chevrier, Tatjana Globokar, Cultures et mondialisation, Seuil, 1998, Ch XI et annexe.

[9] Ce qui est ainsi vrai au sein des sociétés de culture européenne l’est a fortiori, quand on en sort. Plusieurs cas sont analysés dans Cultures et mondialisation, op. cit.

[10] Cf. Bernard Badie, Culture et politique, Economica, 1993.

[11] Cf. Dominique Schnapper, La relation à l’autre ; Au cœur de la pensée sociologique, Nrf essais, Gallimard, 1998.

[12] A.-M. Thiesse, La création des identités nationales, Europe xviiie-xxe, Seuil, 1999.

[13] Cf. les débats soulevés par les travaux de S. Huntington, résumés dans Le choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.

[14] Philippe d’Iribarne, Vous serez tous des maîtres, Seuil, 1996.

[15] Sylvie Mesure et Alain Renaut, Alter ego ; Les paradoxes de l’identité démocratique, Alto Aubier, 1999. Voir aussi Projet n° 255, septembre 1998, « Société, cultures, communautés ».

[16] Ainsi, pour D. Schnapper, « Aucune société ne peut être purement civique. [...] Toute société démocratique organisée comporte de manière indissoluble des éléments ethniques (culturels, religieux ou historiques) et un principe civique. » Dominique Schnapper, op. cit., p 455.

[17] Ainsi, aux Mureaux, il existe un quartier « noir » et un quartier « maghrébin ».

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