Passionné ou submergé par votre travail, vous avez du mal à poser des limites? Vous ne savez plus vers qui vous tourner pour exprimer vos difficultés professionnelles? Y a-t-il seulement quelqu’un qui sache en quoi consiste au juste votre activité? Bienvenue dans le monde du travail à l’heure de la mondialisation.

L’emploi reste un vecteur traditionnel de socialisation. C’est heureux. Mais les solidarités sont durement éprouvées. Les cadres, s’ils se laissent bercer par l’illusion de leur toute-puissance individuelle, se condamnent à l’insatisfaction et renvoient à leur défaillance ceux qui peinent à suivre la cadence. Or le culte de l’individu peut n’être que tactique. Le management, dans l’entreprise et même dans la fonction publique, sait faire croire qu’il s’intéresse à la personne quand il ne cherche en fait qu’à canaliser et développer la « ressource » humaine. La violence apparaît alors dans la négation du sujet. Psychologues et médecins du travail sont convoqués pour panser les plaies ou entériner les dégâts de cette machine à produire de l’échec individuel.

Le logiciel marxien peut se révéler éclairant : une telle division du salariat assoit durablement le règne du capital. Les exigences invraisemblables de rentabilité à court terme voudraient faire du monde un unique grand marché du travail. Les armées de réserve sont telles que le système ne tolère pas la moindre faiblesse. Mais, à ne pas reconnaître la richesse de la construction personnelle par le travail avec d’autres, l’entreprise finit aussi par y perdre. N’est-ce pas le défi de l’encadrement que d’organiser le travail de sorte que les salariés puissent lui reconnaître du sens? Les syndicats peuvent-ils se résigner à accompagner la « souffrance » de l’individu au travail? Ils semblent prendre conscience de l’écueil et vouloir insister sur les causes structurelles du mal-être (cf. l’enquête à paraître de la CFDT sur les risques psychosociaux). On ne peut que s’en réjouir.

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