Que restera-t-il du G8 de Deauville, au-delà des quelques milliards en soutien à la transition démocratique en Égypte et en Tunisie? La traditionnelle « photo de famille »? L’image paraîtra vite surannée. De légitimité, le G8 n’a jamais eu que sa force de propositions. Il n’a pas de mandat. Il représente moins de 15 % de la population mondiale. Même la logique censitaire plaiderait pour son abandon : il ne pèse plus que 42 % du Pib planétaire, contre 70 % jadis. Au nom de quoi le « Vieux G7 »1 se réunit-il donc encore? Est-ce une « réaction nobiliaire des puissances traditionnelles pour se maintenir dans le circuit de la gouvernance mondiale en réaffirmant le bien-fondé de [leurs] privilèges »2 ?

Le club défendrait une communauté de valeurs. Mais quelle valeur le G8 et l’Europe accordent-ils à la démocratie s’ils assoient la gouvernance de la planète sur l’exclusion d’une majorité de pays? Et si, oublieux de l’engagement, pris en 2007, de libérer le fauteuil européen à la tête du Fonds monétaire international (FMI), ils y imposent à nouveau leur candidate? Fragile, l’Europe s’inquiète d’y perdre la main, mais les pays du Sud ont-ils eu leur mot à dire lorsque le FMI leur imposait la conduite économique à tenir? Las! Ce sont les populations des pays arabes qui rappellent l’Europe à ses valeurs, elle qui a trop longtemps soutenu des régimes les réduisant au silence et à la misère, et qui continue de leur refuser l’hospitalité.

Le G20, certes un peu plus représentatif que le G8, perpétue une diplomatie de club. A contrario, l’Onu est fondée sur un principe d’inclusion et se réfère à des aspirations plus porteuses que la seule prospérité économique. Encore faudrait-il lui donner les moyens de ses ambitions. Et ne pas torpiller ses efforts, comme l’ont fait les Occidentaux au printemps 2009 lorsqu’elle avança des réponses jugées trop hétérodoxes à la crise économique et financière3 . Pour relever les défis qui s’imposent à elle, la planète doit être gouvernée. Mais non par une poignée d’États se posant en patriarches.

30 mai 2011


Article également accessible sur Cairn.info 

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