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Depuis 2001, en réaffirmant à chaque édition du Forum social mondial qu’un « autre monde est possible » les altermondialistes n’ont eu de cesse d’avancer leurs propositions pour un nouvel ordre social, économique et politique démocratique mondial. Le Fsm est un espace ouvert et pluriel où chacun peut élargir ses horizons, faire part librement de ses idées, et renforcer sa capacité à devenir un acteur de changement social. De 20 000 en 2001, les participants sont passés à 150 000 en 2005. Le Fsm 2006 a été polycentrique : tout en restant unique, il a été organisé simultanément dans trois sites différents. Lors des précédents forums, on avait constaté la faible présence des mouvements sociaux africains. La décision de choisir Bamako comme l’un des trois lieux, puis de tenir le Fsm 2007 à Nairobi n’est donc pas anodine. L’arrivée du Forum sur le continent noir doit-elle pour autant être considérée comme le début d’un processus africain ? Elle marque plutôt la reconnaissance de la maturité et de la structuration d’une société civile africaine émancipée.

Des espaces d’alliances politiques

Le premier Fsm et les campagnes pour l’annulation de la dette (Jubilé 2000) ont permis l’éclosion d’espaces de liberté, d’expression et de construction d’alternatives en Afrique. Et ce malgré les contraintes politiques, économiques, géographiques et de communication. Depuis six ans, sur le continent, des forums sociaux sont organisés aux échelons national, régional et continental. Dans des pays en crise – Côte d’Ivoire, Zimbabwe, Togo–, ce sont des occasions pour la société civile de construire des stratégies communes. Il existe ainsi, depuis cinq ans, un Forum des Peuples en contrepoint du G8. Ce réel événement populaire mobilise le monde rural malien et ouest africain. Il aborde les questions politiques et économiques internationales et a donné la possibilité aux organisations du Mali de construire une alliance assez forte pour retarder la privatisation de la filière coton et modifier la politique du gouvernement en matière d’Ogm. Enfin, des réseaux « thématiques » nourrissent les Forums tout en tirant leur force d’eux : par exemple, « l’Africa Trade Network » travaille sur les accords de partenariat entre l’Union européenne et les pays Afrique Caraïbe Pacifique ; ou encore la « Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain » constituée de chercheurs et d’Ong du continent, participe au débat mondial sur la brevetabilité du vivant.

E L’impulsion lancée par les premiers Fsm et les campagnes Jubilé 2000 modifie les rapports traditionnels au sein de la société civile africaine. Cette dynamique a réussi à dépasser les clivages habituels (linguistiques, géographiques, entre familles d’acteurs, etc.) et permet aux organisations africaines d’utiliser cette pluralité comme un atout pour construire des alliances politiques. Il n’est plus rare de rencontrer des initiatives portées conjointement par des syndicats, des Ong et des organisations paysannes ou confessionnelles. Le Ccfd a toujours encouragé et continue à soutenir ces alliances d’acteurs de changement social capables d’agir sur les causes du mal développement. Ces évolutions sur le continent encouragent les organisations du Nord à aborder le partenariat avec la société civile africaine non plus comme une relation bilatérale, mais comme une action politique concertée entre plusieurs acteurs ; l’expérience très enrichissante qui se déroule entre associations, organisations confessionnelles et syndicats camerounais et français depuis deux ans en est un exemple. La dynamique des Forums en Afrique propose ainsi, avant tout, aux mouvements sociaux des espaces d’articulation et de construction d’alliances politiques.

Les mouvements en marche vers Nairobi

Le Fsm polycentrique (Fsmp) de Bamako a été porté par des mouvements sociaux africains, maliens en particulier, très engagés. Un des enjeux était de montrer au monde la capacité de la société civile africaine à organiser cette rencontre. En un temps record (la décision de tenir le Fsmp date de juillet 2005) et avec un budget serré (la solidarité financière des mouvements sociaux mondiaux s’est répartie entre les trois sites), le Forum a été préparé par 325 organisations du Mali, en association avec des mouvements liés au Forum social africain. Malgré des débats parfois vifs entre acteurs de cultures politiques différentes, cette première expérience en terre africaine a été une réussite. Succès par l’ampleur de la mobilisation populaire malienne (10 000 personnes) et africaine (5 000 personnes de 40 pays). La réussite a surtout été impulsée par la force des mouvements de femmes et de paysans. Ainsi, les 20 000 participants issus de 113 pays ont-ils pu débattre et proposer des alternatives sur les questions de dette, d’Ogm, de réforme des institutions financières internationales, de migrations, des relations entre la France et l’Afrique…

ELe défi, maintenant, est celui du prochain Fsm qui se déroulera à Nairobi en janvier 2007. L’enjeu est de proposer un rassemblement populaire où seront abordées les questions qui touchent les exclus (malades du sida, minorités, bidonvilles, etc.), la paix, la souveraineté des peuples à disposer de leurs ressources naturelles, la réhabilitation du politique, etc.

L’alliance des mouvements sociaux de cinq pays d’Afrique de l’Est pour gagner ce nouveau pari est prometteuse. Rendez-vous est donc pris pour Nairobi.

Philippe Mayol



Article également accessible sur Cairn.info 

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