Resumé Quand des associations partagent leur expérience pour promouvoir civisme et citoyenneté.


Projet – Comment expliqueriez vous l’importance d’une éducation à la citoyenneté ?

Jean-Marie Montel – Elle est un préalable à toute autre forme d’éducation, car elle concerne chacun dans sa capacité à connaître et reconnaître l’autre, à être par lui-même, et dans sa relation avec les autres. Elle traverse par essence toutes les autres formes d’éducation.

Dans l’éducation à la citoyenneté, deux éléments complémentaires s’enrichissent l’un l’autre : une formation à la civilité, une éducation à vivre les relations inter-personnelles dans la vie quotidienne. Parler d’éducation à la citoyenneté, c’est parler de respect des autres, de politesse, de liberté individuelle, de respect de l’environnement, etc. Nous nous côtoyons tous les jours, et il est nécessaire que les uns et les autres puissions être éduqués, jusqu’à la fin de notre vie, à vivre ensemble de manière harmonieuse et transmettre ces valeurs aux générations futures.

Le deuxième volet, trop souvent oublié, est celui de l’éducation à l’intérêt général. Une société n’est pas simplement une juxtaposition d’intérêts d’hommes et de femmes qui cohabitent sur un même territoire ; c’est aussi un groupe dont l’intérêt général est supérieur à la somme des intérêts particuliers. Cet intérêt général donne à une société une dimension nouvelle, collective, et aux individus qui la composent une valeur supplémentaire.

Projet – Vous avez le sentiment qu’il s’agit aujourd’hui d’un lieu de fragilité de l’éducation ?

Jean-Marie Montel – Attention aux questions de mode ! Dans les années 80, quand se posait une question, quelle qu’elle soit, la réponse était dans la formation. Dans les années 90, la réponse à tous les problèmes était dans la communication. Aujourd’hui, l’éducation à la citoyenneté est mise en avant. Mais elle ne doit pas servir d’explication à tous les maux que peut connaître notre société. Cependant, certaines évolutions (je pense au communautarisme, au repli identitaire, aux violences, à des situations sociales lourdes…) appellent à être vigilants sur l’éducation au respect de l’autre et à l’intérêt général. L’éducation à la citoyenneté est au croisement des méthodes traditionnelles d’enseignement et d’une pédagogie de l’action, de méthodes plus pro-actives, dans lesquelles jeunes et enfants se retrouvent et sont acteurs de leur développement.

Le Cidem, comme civisme et démocratie, est un collectif d’associations d’origines diverses qui ont souhaité mettre en commun leur expérience et leurs réseaux, pour mieux promouvoir le civisme et la citoyenneté. Participent au Cidem la Ligue de l’enseignement, les Scouts de France, ATD Quart-monde, les Centres sociaux, l’Unicef, les Maisons des jeunes et de la culture, etc. Ces associations n’avaient pas toujours l’habitude de travailler ensemble, elles avaient même parfois des relations chahutées mais elles se sont rendu compte que dans le domaine de l’éducation au civisme, les réponses qu’elles pouvaient proposer, chacune dans leur champ, n’étaient peut-être pas suffisantes. En mettant en commun leurs expériences et en travaillant ensemble, elles peuvent être plus pertinentes, notamment en valorisant davantage les initiatives des uns et des autres. Par exemple, quand ATD Quart-monde propose une « journée de refus de la misère », le 17 octobre, tous les partenaires du Cidem la relaient dans l’ensemble de leurs réseaux. Aujourd’hui, les associations membres de Civisme et démocratie représentent un peu plus de quatre millions d’adhérents, implantés dans 50 000 lieux en France. C’est une nouveauté : pour traiter ces questions d’éducation à la citoyenneté, les divergences idéologiques nées de l’histoire s’effacent et la diversité peut devenir une réelle richesse.

Projet – Au-delà de cette valorisation des propositions de chacun, quels sont vos moyens d’action ?

Jean-Marie Montel – Le Cidem a lancé les « Caravanes civiques », sur le thème de l’Europe, puis en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, lors de la campagne « envie d’agir », des « routes de l’engagement ». Des jeunes vont à la rencontre d’autres jeunes : des véhicules sillonnent la France, passent dans les lycées, les facultés, les centres sociaux, sur les places de marchés, à la sortie des cinémas, afin d’ouvrir un dialogue sur la question européenne, sur l’engagement associatif, à propos de l’inscription sur les listes électorales… A dix-huit ou vingt ans, les jeunes ont de vraies idées là-dessus, et envie que les choses bougent.

Le Cidem a aussi pris le relais du Centre d’information civique dans la responsabilité des campagnes nationales pour inciter à voter, à s’inscrire sur les listes électorales, ou dans l’information sur le vote par procuration. De même, nous avons créé des outils : un site Internet qui est un centre de ressources ( wwww. cidem. org), un Baromètre de la citoyenneté avec France Info et la Sofres, et des films publicitaires, des affiches, des dépliants…

Projet – Quels leviers utilisez-vous ?

Jean-Marie Montel – Il est primordial sur ces sujets de d’abord libérer la parole, donner aux jeunes la possibilité et l’envie de s’exprimer entre eux sur ces sujets. Et permettre l’échange avec des adultes, en toute liberté, en dehors d’un système de relations très « formaté ». Ensuite, aider à faire le lien entre l’intérêt général, l’institution, et le quotidien des jeunes. Expliquer le vote dans l’absolu ne sert pas à grand chose pour faire évoluer les comportements, mais profiter de l’élection des délégués de classe pour expliquer les termes de majorité, de représentation, de démocratie participative ou représentative, c’est s’appuyer sur une expérience vécue. De même, à partir de questions comme la potabilité de l’eau, le tri des déchets, la ceinture de sécurité dans les voitures, l’absence de décharges publiques dans la ville, on peut citer les directives européennes et parler de l’Europe autrement que par sa dimension institutionnelle.

Surtout, à côté et avec l’école, le milieu associatif met en œuvre une pédagogie de l’action. Les concepts sont très utiles, mais il faut les vivre. Par le jeu notamment, pour les enfants, par des projets réalisés, pour les adolescents et les jeunes adultes, on fait de l’auto-éducation à la citoyenneté en vivant simplement ensemble.

Projet – Comment travaillez-vous avec les autres acteurs ?

Jean-Marie Montel – Nous avons noué des partenariats pour démultiplier nos messages et toucher le plus grand nombre de citoyens, en particulier avec des médias grand public, car notre volonté est de populariser, au sens noble du terme, l’éducation au civisme. Nous travaillons ainsi avec NRJ, Fun Radio, M6, TF1, France Télévision… Nous essayons de réfléchir avec les responsables politiques sur les évolutions possibles de leur discours, sur les partis dans leur nécessaire rôle d’écoute des attentes et des paroles des jeunes. Les chercheurs du Cnrs-Cevipof (centre d’étude de la vie politique française) nous accompagnent dans ces actions.

De même, nous travaillons avec divers ministères : avec celui de l’Éducation nationale, nous élaborons des « parcours civiques » – officiels depuis septembre –, afin de donner plus de cohérence aux multiples journées officielles qui existent déjà. Par exemple, la réflexion sur l’antisémitisme ne doit pas être limitée à la seule journée du 27 janvier, jour de la Commémoration de la Shoah ; il est important de l’ancrer dans une durée, à l’intérieur d’un parcours éducatif, et en mobilisant d’autres partenaires, associations et institutions. De même, le 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, doit mobiliser dans l’école, dans le quartier et dans l’ensemble du pays. Profitons-en pour parler des questions de misère tout au long de l’année, et pas uniquement dans les associations ou les cours d’éducation civique. Le Cidem s’efforce aujourd’hui de mobiliser les différents acteurs de l’éducation, de la politique pour travailler ensemble sur ces questions de citoyenneté.



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