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Les paradis fiscaux. Enquête sur les ravages de la finance néolibérale

Nicholas Shaxson (Emmanuel Fourmont, trad.) André Versaille éditeur, 2012, 448 p., 19,90 €

On ne comprend guère le fonctionnement de l’économie moderne si l’on ne saisit pas l’enjeu des paradis fiscaux : permettre aux acteurs les plus mobiles de devenir les plus puissants – en leur offrant des havres où déjouer les règles qu’on tente de leur imposer ailleurs. La grande majorité des économistes n’y prête cependant aucune attention. Aussi attendions-nous avec impatience la traduction de Treasury Islands (Bodley Head, 2011). S’il n’y avait qu’un livre pour saisir l’urgence du sujet, sans doute serait-ce celui-là. Le « Chavagneux & Palan », incontournable sur l’origine du phénomène, est devenu un classique (Les paradis fiscaux, La Découverte, 3e édition, 2012). Xavier Harel (La grande évasion, LLL, 2010) fournissait déjà une introduction très pédagogique. Mais le journaliste britannique Nicholas Shaxson, accomplit le tour de force d’expliquer à la manière d’un thriller l’histoire, l’économie, l’idéologie et même la psychologie du phénomène, tout en esquissant les pistes de sortie. L’introduction « Bienvenue nulle part » casse d’emblée le mythe de territoires anecdotiques (plus de la moitié du commerce international et des actifs financiers y transite) et autonomes. Les paradis fiscaux ont pour « principale caractéristique (…) la mainmise des intérêts financiers (ou parfois criminels, ou parfois les deux) sur la classe politique locale » (p. 21). Entre marchandisation des souverainetés offshore au profit des intérêts privés et forme de perpétuation coloniale, avec Londres et New York pour capitales, l’auteur ne tranche pas. Les victimes sont bien identifiées : les pays pauvres et les simples citoyens… Le tiers-monde et le tiers-État ! La nouvelle noblesse planétaire (multinationales et grandes fortunes qui délocalisent fictivement profits et patrimoines pour échapper à l’impôt) a trouvé dans les banques et les grands cabinets d’audit l’onction d’une forme de clergé de la finance néolibérale. Loin de perdre à la traduction, très fluide, on gagne même un chapitre sur le Luxembourg, qui laisse perplexe : pourquoi une telle passivité franco-allemande face à ce « trou noir de l’Europe » ?

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Jean Merckaert
16 octobre 2012
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