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Les moments de la confiance, connaissance, affects et engagements

Albert Ogien et Louis Quéré coll. « Études sociologiques », Economica, 2006, 236 p., 19 €

Les ouvrages collectifs sont souvent inégaux. L’ensemble des textes sur la confiance issus du symposium qui s’est tenu à Paris en septembre 2003 n’échappe pas à la règle : on y trouve le meilleur comme le pire. Le pire : des modélisations pauvres de banalités qui n’éclairent rien et se contentent de produire ce qu’on pourrait appeler des typologies de l’évidence ordinaire. Mais l’on y trouve aussi le meilleur et d’abord un texte de Niklas Luhmann (†) datant certes de 1988 mais servant de point de départ et d’ancrage pour tout l’édifice. Au gré des contributions, trois axes d’intérêt majeur se dégagent, assez indépendamment des regroupements effectués par les éditeurs (« Savoir faire confiance » ; « La confiance : une catégorie cognitive ? »; « Pratiques et discours de la confiance »). La confiance se révèle finalement un concept très précis et très intéressant dans la mesure où justement il ne peut être en aucun cas réduit au seul discours scientifique : il y a dans la confiance une référence au saut dans l’inconnu qui n’est pensable que philosophiquement. Alors il devient possible de penser la confiance en tant qu’acte par lequel les hommes se permettent réciproquement l’accès à l’humanité : ainsi seule la confiance accordée au nouveau-venu qu’est l’enfant, lorsqu’elle anticipe ses capacités, lui permet de s’émanciper, autrement dit de faire l’impossible – parler par exemple. Un étonnement cependant. D’entrée de jeu et en quatrième de couverture la confiance est déclarée concept politique fondamental. Mais en fait il y a très peu d’interventions qui abordent cet aspect pourtant décisif en ces temps d’interrogation sur la nature de la démocratie et – peut-être surtout – sur la nature des stratégies mises en œuvre pour la conquête du pouvoir.

Alain Cugno
13 juin 2008
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