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Le protestantisme et la politique. Loi et dissidence

Rémy Hebding Labor et Fides, 2006, 144 p., 11 €

Rémy Hebding a longtemps été le rédacteur en chef de l’hebdomadaire protestant français Réforme, voix importante parmi les chrétiens. Je ne pense pas qu’il ait jamais autant rassemblé de points de vue fondamentaux qu’il ne le fait aujourd’hui dans ce petit livre, riche et dense. On y trouve, bien entendu, une exégèse des textes fondateurs de Luther, Calvin surtout – peut-être en faudrait-il un peu plus des Ecritures aussi, voire du Moyen Age, patrimoine des protestants autant que des catholiques. On y trouve aussi un opportun débat sur le « libéralisme », thème contemporain essentiel. L’auteur rappelle l’échec de Smith à concilier, malgré sa tentative, la liberté du marché et la liberté « de vertu », décisive pour lui. Il fait voir, de plus, comment le mot « libéralisme » en arrive aujourd’hui à n’évoquer plus qu’un grand univers machinal, une technique efficace, sans plus de présence des personnes, de leurs fins, de leurs libertés mêmes (Rémy Hebding fait ici opportunément écho à Jacques Ellul). Les catholiques ne sont pas très gâtés au long de l’ouvrage, presque toujours classés intolérants, intransigeants ou cléricaux. A eux seuls revient, en somme, tout le poids de l’histoire : mais cela n’ôte rien à mon appréciation de la synthèse que nous présente Hebding. Je veux relever, aussi, au passage, d’intéressantes pages interrogeant les Français sur la sacralisation par eux du politique – et des autorités politiques –, écho peut-être d’un « droit divin des rois », toujours vivant ou bien retourné, forte invitation en tout cas à chercher des remèdes par l’ouverture à la politique dans d’autres cultures.

Jean-Yves Calvez
14 juin 2006
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