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Le capitalisme est-il durable ?

Bernard Perret Carnetsnord, 2008, 212 p., 19 €

Les cent premières pages, qui reprennent les grands rapports sur l’avenir écologique et climatique, ne seront peut-être pas pour tous les plus originales de ce livre. Mais ensuite commence une vraie discussion. Le capitalisme est contesté, indique le titre. Ne s’agit-il pas plutôt du libéralisme, de la totale liberté des « marchés » ? Le capitalisme étant quelque chose de plus spécifique, à savoir le principe que le fruit de l’opération productive est réservé aux détenteurs du capital une fois payés les divers frais forfaitaires (dont les salaires). Quant au libéralisme, particulièrement financier (et spéculatif ), il exaspère, sans limite, le désir de posséder, la démesure, que comporte déjà l’accumulation capitaliste. Mais cette exaspération se trouvait aussi dans le socialisme classique qui a d’ailleurs laissé partout ses tristes friches écologiques. Face aux effets de cette violence, Perret annonce très vite : « L’État aux commandes », fût-ce d’une autre façon qu’hier. Heureusement, il n’en reste pas là. L’État est instable, guère « durable » : un parti remplace l’autre, les programmes se succèdent et se contredisent. Sans en faire fi, il faut aller jusqu’à la gouvernance, voire au gouvernement mondial.

Il faut compter avant tout sur la réforme des esprits qui peut seule entraîner une coopération responsable et mesurée. Les dernières pages du livre abordent les plus grandes questions. « Pourquoi vouloir durer ? ». Pourquoi tout organiser pour que l’humanité dure ? « Il y a toujours quelque chose à attendre du lendemain », répond Perret. C’est la valeur même, qu’est l’homme, qui justifie, ajouterai-je, cette attention à bien gouverner nos moyens. « Comment donner à ce travail sur soi une pertinence politique ? », interroge l’auteur. « L’on se heurte aux fondamentaux de notre culture, à la conviction bien centrée que le sens de la vie ne peut relever que d’une expérience privée ». La question est bien celle d’une commune adhésion à « des valeurs collectives permettant d’assumer positivement les changements nécessaires ». Comment ne pas les nommer ensemble ?

Jean-Yves Calvez
13 juin 2008
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