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La morale dans les relations internationales

Ariel Colonomos Odile Jacob, 2005, 360 p., 27,5 €

Assiste-t-on à un retour de la morale dans les relations internationales ? Ariel Colonomos rassemble et analyse tout un ensemble de faits et de tendances qui invitent à répondre oui. En sortant de la période de guerre froide, où les rapports entre acteurs de la scène mondiale étaient marqués par un réalisme pragmatique à la Kissinger, nous serions entrés dans l’ère d’un « néo-idéalisme post bipolaire ». Non pas que ces acteurs (Etats, entreprises multinationales, institutions internationales, etc.) se soient soudain « convertis » à on ne sait quel souci moral pour orienter leurs décisions, mais ils doivent désormais prendre en compte les « effets de réputation » comme un élément déterminant de leurs décisions. Intérêt et morale ne s’opposent pas dans un monde plus transparent, où les décideurs sont sommés de « rendre des comptes » à une opinion publique de plus en plus vigilante et de plus en plus mondiale. Quatre exemples illustrent cette « obligation de justification » qui s’impose à tous – non sans susciter de difficiles dilemmes moraux – depuis le début de la décennie 1990 et qui survit même dans le monde de l’après 11 septembre : la «critique réenchantée du capitalisme » (« la vertu des vices privés n’est plus à l’honneur ») avec le succès des « fonds éthiques », les campagnes anti-corruption, la coopération entre Ong et entreprises, etc. ; les débats, plus éthiques que politiques, autour de la légitimité des embargos et sanctions économiques ; la montée des revendications de « réparations » par les descendants de peuples victimes (Shoah, esclavage) ; les questions de légitimité touchant le recours à la force meurtrière (il n’y aurait de guerre légitimable que sur le registre du « sauvetage »). L’auteur souligne que cette sorte d’éthique mondiale en gestation n’est pas fondée sur une transcendance, mais sur le conséquentialisme. Le discours romantique engendré par la chute du mur de Berlin (qui aurait marqué la « fin de l’histoire hégélienne et l’avènement d’un monde kantien ») ne doit pas faire illusion. S’il y a bien une exigence éthique nouvelle, elle relève d’un « utilitarisme rénové » : c’est au nom de l’efficacité et de la prise en compte des conséquences – et non des grands principes idéaux qu’il faudrait opposer aux « intérêts » – que s’élabore ce que l’auteur désigne comme un « révolutionnisme pragmatique ».

Christian Mellon
14 juin 2005
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