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Souffrance en milieu engagé Enquête sur des entreprises sociales

Pascale-Dominique Russo Éditions du Faubourg, 2020, 180 p., 18 €

En 2013, la Revue Projet rendait compte du livre des sociologues Matthieu Hély et Pascale Moulévrier, L’économie sociale et solidaire : de l’utopie aux pratiques. Le livre de la journaliste Pascale-Dominique Russo en donne une sorte d’illustration circonscrite. Elle a soin d’expliciter sa démarche : « Lors de mon dernier poste dans une mutuelle de l’Économie sociale et solidaire (ESS) [Chorum, où elle a passé huit ans], j’ai observé une souffrance au travail récurrente au sein de certaines équipes de collaborateurs et qui m’a même affectée personnellement. J’étais surprise de découvrir à quel point il y avait une antinomie entre les discours énoncés et la réalité du traitement des ressources humaines ». Sondage CSA à l’appui : 49 % des 2,4 millions de salarié.e.s du secteur auraient un sentiment de dégradation de leur qualité de vie au travail. L’enquête a été principalement menée au sein de mutuelles et d’associations (coopératives et fondations n’ont pas été retenues) : Chorum, Macif, Groupe SOS, Ëmmaus Solidarité et France terre d’asile en particulier. L’autrice se penche d’abord sur les questions de gouvernance, rappelant qu’elles intéressent aussi le législateur : l’article 1er de la loi de 2014 en faveur de l’économie sociale et solidaire leur est consacré. Elle évoque les logiques concurrentielles à l’œuvre et la tendance aux regroupements. Pour les mutuelles, près de la moitié des salarié.e.s concerné.e.s estimeraient que ces restructurations ont un impact négatif sur leur travail (Baromètre sur la qualité de vie au travail étabi par Chorum). Le rôle déterminant des pouvoirs publics dans cette évolution est souligné : nouvelle manière d’encadrer et de contrôler, appels d’offres léonins, baisse des subventions… Ces évolutions tendent à renforcer le poids des grosses structures – tout en réduisant leur capacité d’initiative propre. Évolutions régulièrement critiquées, par exemple par le Mouvement associatif. Enfin, la journaliste revient sur « le grand écart entre les discours et les actes », d’autant plus douloureux que les collaborateurs.trices sont engagé.e.s dans leur travail. Au bout d’un ouvrage assez dur, car essentiellement tourné vers les risques psychosociaux, quelques pistes sont suggérées, parmi lesquelles l’amélioration de la gouvernance et de l’organisation du travail ainsi qu’un investissement dans les directions des ressources humaines. Cela relève sans doute, d’abord, de choix et de volonté politiques.

Jean Vettraino
1er juillet 2020
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