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L’économie sociale et solidaire : de l’utopie aux pratiques

Matthieu Hély et Pascale Moulévrier La Dispute, 2013, 222 p., 15 €

En France, l’intérêt se renforce pour l’économie sociale et solidaire, de la part des individus comme des entrepreneurs et du monde politique. En attestent la création du premier ministère chargé de l’Économie sociale et solidaire en 2012, ou le Forum départemental consacré à la question dans les Hauts-de-Seine en 2011… Ce secteur en expansion, extrêmement hétérogène (plus de 200 000 établissements, 2,3 millions de salariés en 2010), regroupant associations, mutuelles, coopératives et fondations, jouit d’une image flatteuse. Le prendre au sérieux conduit à le confronter à ses mythes comme à ses contradictions pratiques. Cet ouvrage, très complet, fondé sur des analyses empiriques, y réussit parfaitement. Une mise en contexte historique permet de comprendre comment les « travailleurs solidaires » se sont imposés, avec l’État et les entreprises, dans la prise en charge, effective et symbolique, de l’intérêt général et de montrer que « l’économie sociale et solidaire, consubstantielle au capitalisme (…) ne constitue ni un espace économique ni un marché du travail autonomes ». La question des employeurs et des travailleurs, revendiquant tous une spécificité – organisationnelle, morale, démocratique – de leur secteur, est abordée : l’analyse du leitmotiv « travailler autrement » permet une réflexion sur le rapport au travail et le sens de l’engagement contemporain (individuel et collectif), ainsi que sur « l’intérêt au désintéressement » des différents acteurs. Au final, le développement de l’économie sociale et solidaire participe d’une « privatisation du public », résultant d’un effacement des frontières entre secteur marchand et non marchand. Un livre indispensable pour tous ceux qui s’intéressent au sujet.

Jean Vettraino
24 mai 2013
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