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L’art de ne pas être trop gouverné

Jean-Claude Monod Seuil, 2019, 324 p., 20 €

Le concept de « gouvernementalité », défini par Michel Foucault, désigne l’ensemble de stratégies mises en œuvre pour conduire l’action des individus au sein d’une société. Jean-Claude Monod s’appuie sur ce terme pour définir les « crises de la gouvernementalité » qui, depuis les premières révoltes de la Réforme luthérienne jusqu’aux manifestations des Gilets jaunes, témoignent du refus de certaines manières d’être gouverné. Tout au long de l’histoire, ces crises manifestent le rejet d’un abus exercé sur certains membres du corps social, par l’exercice d’un pouvoir inique, par l’imposition de taxes jugées inéquitables, etc. Les derniers chapitres se concentrent sur les formes de rejet à l’encontre d’un système néolibéral global, qui vampirisent les lieux mêmes d’exercice de la démocratie. L’appropriation des ressources naturelles et humaines par les défenseurs d’intérêts industriels, commerciaux et financiers, engendre des « externalités » négatives sur les plans social et environnemental. Et c’est précisément pour lutter contre ces dérives que des mouvements de lutte se créent depuis les années 1970, par exemple à partir de la reprise symbolique de certains lieux qui incarnent la participation citoyenne aux affaires politiques. L’ouvrage appelle ainsi à redéfinir des modes de gouvernementalité qui ne reposent pas sur « l’usufruit du monde », mais sur des relations garantissant le lien social des individus avec eux-mêmes et avec leur environnement.

Émeline Baudet
9 mai 2020
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