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Les médias, le monde et nous

Anne-Sophie Novel Actes Sud, 2019, 390 p., 23 €

« Journalistes, vous avez toléré trop de choses pour être tolérés. » Ce graffiti, fait lors d’une manifestation des « gilets jaunes » à Toulouse, en janvier 2019, rend compte du désamour dont souffre la profession, qui en a réellement pris conscience au travers de ce mouvement. Anne-Sophie Novel ouvre d’ailleurs son premier chapitre sur cet autre graffiti inscrit dans le métro parisien : « L’État nous pisse dessus et les médias nous disent qu’il pleut. » De fait, la confiance dans les médias est au plus bas depuis trente-deux ans. C’est ce lien que la journaliste essaie de renouer (elle y a d’ailleurs consacré un documentaire cette année également). Elle le fait ici avec sincérité, dans un ouvrage à propos, bien écrit et structuré. Avec intelligence également, mobilisant différentes formes de savoirs : journalistiques, universitaires, associatifs (Reporters sans frontières par exemple), et restituant résultats de sondages et approches statistiques. Tout en traitant « exhaustivement » son sujet, rappelant au passage la fragilité de nombreux journalistes et de la liberté de la presse, mais aussi de nos démocraties, elle a soin d’élargir son propos. Car les médias participent de la société dans son ensemble. Les problèmes qu’ils rencontrent sont directement liés à un modèle économique d’abord tourné vers un profit à court terme ainsi qu’à une défiance généralisée dans les institutions. Elle ne dédouane pas pour autant ses coreligionnaires, dont la posture doit changer et la formation évoluer. Comment ouvrir l’actualité plutôt que la « couvrir » ? Comment, notamment, prendre la mesure du passage d’une relation verticale et centralisée à l’information à une relation horizontale et diffractée ? Nous vivons aujourd’hui dans une sorte d’univers informationnel spectaculaire, médiatique et numérique, en grande partie anxiogène et sidérant. Un univers paradoxal : malgré un accès potentiellement infini à des informations fiables, nous nous retrouvons prisonniers de « cages informationnelles ». Pour autant, il y a de l’espoir : c’est parce qu’il y a une profonde demande de médias de qualité, indépendants, intègres et pluralistes, que le niveau d’exigence est si élevé et les critiques si vives ! À travers les médias se joue, en un sens, notre rapport au monde, à la réalité et à la vérité.

Jean Vettraino
12 décembre 2019
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