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Les nouveaux travailleurs des applis

Sarah Abdelnour et Dominique Méda Puf, 2019, 112 p., 9,50 €

Regroupant les contributions d’une dizaine d’auteurs, ce petit livre vient combler un vide pour analyser les transformations sociales induites par le développement des plateformes en ligne. Il est vrai que l’une des difficultés inhérentes à cette étude tient à la grande diversité des entreprises et des innovations sociales en ce domaine. Une diversité que reflète la prolifération des expressions utilisées pour les désigner : économie/consommation collaborative, économie du partage, ubérisation, échanges pair à pair, etc. Il est pour le moins nécessaire de « distinguer les plateformes en fonction de la dimension marchande ou non des échanges et de la dimension lucrative ou non des entreprises ». Or, l’ouvrage ne présente pas de véritable typologie des entités dont il parle. D’où le risque de tenir un discours trop général à partir des terrains étudiés : les plateformes de microtravail (crowdsourcing), la marchandisation des activités de loisir (cuisine, création de meubles, de vêtements, etc.) via les blogs ou plateformes comme Etsy et La Belle Assiette et enfin l’action revendicative des chauffeurs de VTC. L’ouvrage s’attache principalement à étudier « les relations de travail qui sont mises en place à l’initiative des plateformes et les modèles sociaux qui les encadrent ». La thèse générale est que « les promesses concernant le travail n’ont pas été tenues » et que ces nouvelles formes d’activité participent d’un mouvement de marchandisation, d’individualisation et de précarisation du travail. Si elle est étayée par les études de cas, cette thèse reste quelque peu partielle. En abordant ces activités du point de vue presque exclusif des formes sociales du travail, ne minimise-t-elle pas d’autres aspects, pourtant évoqués ici ou là, tels que la « valorisation de motivations non économiques », les effets de sociabilité et l’enrichissement du sens de la consommation inhérent aux échanges « pair à pair » ? Ces impacts sociaux, qui vont bien au-delà de la seule transformation des rapports de travail, apparaissent encore plus nettement dans certaines pratiques innovantes non évoquées ici, tels que Wikipédia ou d’autres formes de production contributive (logiciels libres, etc.). Enfin, la question décisive du rapport entre l’économie collaborative et l’économie sociale et solidaire (ESS) aurait mérité un traitement plus approfondi. Au total, il manque sans doute à ce livre d’inscrire la question du travail dans une analyse systémique des transformations sociales induites à terme par ce mouvement d’hybridation de la logique marchande.

Bernard Perret
10 décembre 2019
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