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Choléra
Haïti 2010-2018. Histoire d’un désastre

Renaud Piarroux CNRS éditions, 2019, 298 p., 22 €

Épidémiologiste, Renaud Piarroux est un enquêteur méthodique, limpide, implacable. Appelé en Haïti pour découvrir l’origine de l’épidémie de choléra qui venait d’y émerger, fin 2010, il relate ses recherches, entretiens, débats avec des confrères et des institutions, espoirs, déceptions et révoltes. Comment, avec lui, ne pas être affligé quand l’origine du mal, qui provoque la mort de milliers de personnes, provient d’un camp de soldats de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) ? Devant les tergiversations de l’Organisation des Nations unies, qui réfute cette thèse (avec pour preuve des cartes manipulées, des articles scientifiques aux sources biaisées, avec enjeux politiques sous-jacents), l’auteur mène sa démarche dont le sens dépasse largement le spectre médical. Cet ouvrage se lirait comme un thriller si ce qu’il relate n’était pas tragiquement réel. On en sort éclairé sur les multiples facettes d’une crise sanitaire qui aurait pu être évitée (ou a minima jugulée) si la dignité et le respect des différents acteurs – et, en premier lieu, des populations haïtiennes – avaient été un critère prévalant sur la scène politico-diplomatique internationale. Après les questions de la reconnaissance des responsabilités onusiennes et des excuses de l’institution, se posent celles de l’indemnisation des victimes et de l’intervention pérenne contre le mal. Avec Renaud Piarroux, indignons-nous, et comme il nous le dit dans sa belle conclusion : n’oublions pas que l’épidémie doit toujours être vaincue, n’oublions pas un devoir de vigilance auprès des instances de la « communauté internationale », n’oublions pas Haïti.

Alice Corbet
16 décembre 2019
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